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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 22:48

Trois semaines d’échauffourées, trois samedis de plus en plus destructeurs : quelques casseurs parmi les gilets jaunes pendant le premier, plusieurs milliers pendant le dernier. Et le Président en voyage (très important, bien sûr) à Berlin, en visite d’Etat dans la grande Belgique, au G20 à Buenos Aires. Pour montrer partout que, nonobstant ce qui se passait dans son pays, il n’oubliait pas qu’il avait un rôle mondial à jouer : s’opposer aux populistes et nationalistes en Europe et défendre la planète contre la menace de son réchauffement. Pour montrer, aussi, que personne ne pouvait le remplacer.

Allez, on ne tire pas sur une ambulance… Essayons, plutôt, de passer en revue ce qui se passe dans le pays et, éventuellement, supputer vers quel avenir il s’oriente.

Le plus court résumé que l’on puisse faire doit souligner (a) la volonté du gouvernement de tenir un cap qui devrait amener le pays dans une zone équivalente à celle de la moyenne des pays de l’Europe (déficit budgétaire, endettement, croissance, réduction du chômage pour mentionner les objectifs les plus importants), (b) le nécessaire effort matériel à faire par tous ceux qui travaillent ou se trouvent à la retraite, (c) le refus d’une classe moyenne et populaire d’y consentir. Le gouvernement pensait qu’avec sa majorité (pléthorique) à l’Assemblée Nationale, avec la neutralité de la masse de retraités (pratiquement égale en nombre à la moitié de tous ceux qui travaillent en France) et, même, avec un peu de grogne… il allait réussir là où tous ses prédécesseurs avaient failli. Mais, c’était sans compter avec l’esprit de fronde, trait de caractère fondamental d’un peuple qui ne s’en laisse pas compter.

De fil en aiguille, d’une revendication, en apparence, plus qu’inoffensive (arrêter l’augmentation de la partie « taxes » pour le prix des combustibles) on est arrivé en trois semaines à envisager la dissolution de l’Assemblée Nationale et, même, aux cris de « Macron - démission ». Et pour « mettre la pression » sur le gouvernement plus de 300.000 « gilets jaunes » dans les rues de France et de Navarre au départ pour arriver trois semaines après à moins de 75.000 gilets jaunes mais aussi des milliers de casseurs enrégimentés à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Casseurs qui n’ont strictement rien à faire des préoccupations du gouvernement, du bonheur du pays ou de l’image de la France à l’étranger. Et, comme en 1995 (qui s’en souvient-il encore ?) pour la réforme des retraites que Jacques Chirac et Alain Juppé ont abandonné en rase campagne (ce dont le pays souffre encore aujourd’hui) entre 75 et 80% de la population exprime sa solidarité avec les gilets jaunes. Pas avec les casseurs, encore heureux.

Tant et si bien que le gouvernement se trouve, en ce moment, devant une alternative dont les deux branches sont également nocives pour le sort du pays. Soit il reste « droit dans ses bottes » et, il est presque certain, les échauffourées qui prennent un air de guerre civile se superposeront sur les actions des gilets jaunes, soit il plie face aux demandes (multiples et variées) de la rue érigée au rang d’interlocuteur qualifié et il abandonne, ainsi, une partie de la souveraineté de l’État aux « séditieux » (qualificatif utilisé par le Ministre de l’Intérieur).

Alors ? On devrait se souvenir que la dérive à laquelle on assiste aujourd’hui et le résultat de tout ce que l’on a laissé faire. La destruction systématique du système d’enseignement, la soumission aux modes venues d’ailleurs (Etats Unis, essentiellement), la « déconstruction » de tout et de son contraire par des philosophes portés au pinacle (Serres, Deleuze et d’autres) le tout en vertu des vulgates imposées par l’intelligentsia du pays, l’égalitarisme (à la place de l’égalité dans la société), le bonheur de la « diversité » devenue -sans avoir eu un effort à faire- « une chance pour la France », la primauté des « sciences humaines et sociales » pour la formation de générations entières dont l’avenir se trouve confiné aux emplois non qualifiés, aux CDD et à une vie chez leurs parents jusqu’à 30 ans et plus. Et si l’on croit que j’exagère, regardez le sujet d’une thèse soutenue à Paris 8 en 2015 : « Des équilibres instables : construction de soi et relations familiales chez les lesbiennes maghrébines migrantes d'ascendance maghrébine en France » (Le Point 02.12.18). Si l’on se souvient de tout cela on comprendra qu’une réaction du Gouvernement limitée à l’annulation de l’augmentation des taxes sur les combustibles ne servira à rien ni pour maintenant ni pour l’avenir. Sauf de démontrer qu’il ne sait pas rester   droit dans ses botes.

Après les violences à Paris de ce dernier week-end, le gouvernement avec la caisse de résonance des médias (tous ou presque subventionnés…) diabolisent les gilets jaunes (voir les épithètes d’un Benjamin Griveaux ou l’imbécilité des celles d’un Darmanin) en faisant un salmigondis en leur ajoutant les casseurs. On a commencé par accuser Marine Le Pen et l’extrême droite (et voir Monsieur Melenchon protester vivement contre ce mensonge), ensuite l’extrême gauche (enfin…), et il y a même des théories selon lesquelles les Russes et les Turcs seraient impliqués. C’est vrai, on se demande ce que font en France la RT de Monsieur Poutine ou le Medyaturk de M. Erdogan d’autre que fomenter du mécontentement pour les indigènes et de l’islamisme pour la « diversité ».

Quand on passe les bornes il n’y a plus de limites (Alfred Jarry). Soumis au supplice chinois du « goutte à goutte » via les impôts et les taxes*, déconstruit en deux catégories -le monde des villes participant au développement industriel et commercial plus les services et le monde rural et des petites villes dont les catégories socio-professionnelles se trouvent en bas de l’échelle du bien être, le peuple se révolte. Et il manifeste sans soumettre aux Préfectures leurs projets.

Tu parles… une jeune femme gilet jaune pour apostropher un officiel : « parce que quand on a coupé la tête du roi et on a pris la Bastille on aurait prévenu le Ministre de la Police » ?

 

 * La France, gérée par la droite et la gauche depuis 40 ans vit à crédit (endettement total plus de 3.000 milliards d’euros) tout en consommant pour la gestion de l’état plus de 57% de la richesse nationale. Et tout en ajoutant, tous les ans, à tous les budgets, une nouvelle taxe ou un nouvel impôt ou une nouvelle justification pour les deux.

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