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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 16:14

 

On a connu des époques où le pays trouvait le ressort pour se fixer des objectifs à court ou à long terme. On a connu un temps où le « Commissariat au Plan »  crée par le Général, inscrivait  « une ardente obligation » dans le plan de marche du gouvernement. Et on a connu l’Airbus après le Concorde. Et  on a connu des réalisations qui dépassaient ce que les autres pays de l’Europe voulaient ou pouvaient faire. C’était l’époque des Centrales Nucléaires – projet unique  au monde, inégalé encore aujourd’hui, qui a tenu la France à l’abri des crises pétrolières ou de l’inflation des prix par les monarchies pétrolifères du Proche Orient. C’était  l’époque de l’équipement massif du pays en systèmes médicaux, scanners ou IRM, médecine nucléaire  ou radiologie numérique. C’était l’époque de la grandeur de la France.

Allez, on va me dire que je fais du passéisme et  que tout ce qu’il y avait avant c’était mieux. Non, ce n’est  pas cela qui m’anime quand j’essaye (j’y viendrai) de comprendre où nous en sommes aujourd’hui et  où va le pays.

On va me dire aussi que c’était  l’époque des « trente glorieuses ». Quand,  en moyenne, il y avait  quatre personnes qui travaillaient et une à la retraite. Quand tout n’était pas donné à tout le monde, tout de suite. Et quand « l’ascenseur social » fonctionnait grâce aux dernières générations des enseignants qui  s’occupaient, principalement, des élèves et non pas de la cogestion d’un ministère qui voit émarger  plus d’un million de personnes sur ses registres de paye. On va  me dire tout cela et encore tant  d’autres choses.  Mais la vraie question à laquelle on doit  répondre est « comment est-on arrivé  là où nous sommes aujourd’hui » ?

En quelques mots, tout d'abord, le constat cruel que l’on doit faire  est que la France, un des pays les plus riches du monde, se trouve dans un trou et  plus le temps passe plus le trou est   profond.

Depuis des dizaines d’années, sentant « confusément » que les choses vont  mal on essaye de les améliorer en augmentant impôts et  taxes. Certes, ce n’est   pas nouveau, depuis la gabelle (l’impôt  sur le sel) et  l’impôt sur les portes et les fenêtres (!?) jusqu’à celui considéré comme le plus inégalitaire (la TVA) la France a fait merveille en utilisant, à chaque moment nécessaire, une nouvelle taxe ou un nouvel impôt pour se sortir d’une mauvaise passe. Ce qui est arrivé de nouveau a été la découverte de « l’endettement ». Remarquez, les rois de France ont souvent  fait  appel aux emprunts pour faire  marcher le royaume. Mais, sauf des rares exceptions, ils payaient leurs créanciers. Ce qui se passe depuis une quarantaine d’années c’est que notre pays ne paye plus ses créanciers. C’est-à-dire il les paye mais… en empruntant de l’argent. Une sorte de système Ponzi car… à la fin on ne voit  pas qui payera la dette  cumulée de la France (plus de 3.000 milliards d’euros, retraites des fonctionnaires incluses).

En clair, notre pays, tout en créant de nouveaux impôts et en les augmentant comme il se doit, a trouvé que les revenus des impôts et  taxes ne suffisaient plus à couvrir son train de vie et a fait appel à l’endettement qui, pense-t-on, ne sera jamais payé. Pourquoi se gêner alors ?

La France est  aujourd’hui le premier pays au monde pour la part prise sur le produit national pour faire tourner le pays. Ne devrait-on tenter de trouver des moyens soit  pour augmenter  le produit soit pour réduire les coûts que l’on couvre avec ? Facile à dire… La France est aussi le seul pays au monde (à ma connaissance) qui taxe les taxes. Regardez un extrait d’une facture de l’EDF :

La consommation d’électricité (y compris le coût de l’acheminement !) est  de 313,81 €.  On y applique des « Taxes et contributions » de 122,61 € pour arriver à un total HORS TVA de 464,28 € (y compris le coût de l’abonnement …) auquel on applique une TVA de 20% pour arriver à 552,00 ! En clair, (1) le coût de l’électricité est majoré de 76% et (2) on applique la Taxe sur la Valeur Ajoutée aux « taxes et  contributions ».

Mais il y a mieux : un nouvel impôt (ou taxe) pourrait  être décidé, il toucherait les propriétaires de leur résidence principale. D’inspiration du dernier génie économique (Thomas Piketty) il s’agirait de tenir compte  du fait que lesdits propriétaires ne payent  pas de loyer : une taxe (impôt) tiendrait compte de cela – équivalent d’une taxe d’habitation qui disparaîtrait en 2022. Il faut faire un trou pour pouvoir, avec la terre disponible, boucher un autre trou… le Sapeur Camembert.

Bon, on est  créatif dans la manipulation des impôts et des taxes mais pourquoi ? Pour faire quoi faire ?

La réponse la plus simple est d’évidence « l’état providence ». Donner tout, à tout  le monde, tout de suite.  Pas exactement car… il y a les inégalités. Inégalités qui sont  consubstantielles à tout système d’économie libre et qui sont  absentes (en  apparence) uniquement  dans les systèmes d’économie totalitaires (socialistes ou autres). Encore que…

Qu’est-ce à dire donner tout ? Par exemple, créer un système de santé  unique au monde et que tout le monde nous envie. Il comporte la « Sécurité Sociale » mais aussi la « Couverture Maladie Universelle »  Cette couverture, universelle comme indiqué, permet  à n’importe quel quidam arrivé en France des antipodes (ou de plus près) de bénéficier des services du meilleur système de santé du monde sans bourse délier. Mais quelqu’un paye… les impôts, les taxes, les taxes sur les taxes. Pense-t-on que l’on pourra maintenir le système de santé pour les citoyens du pays (qui payent  les impôts et  les taxes) pendant longtemps ?

Santé, éducation gratuite, compensation sous-emploi, principaux secteurs directement consommateurs des richesses produites par le pays et,  indirectement, par les bureaucraties nombreuses nécessaires pour administrer lesdits secteurs.

Mais il y a les inégalités. Il y a presque deux siècles, déjà, Tocqueville a formulé son paradoxe : « C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. »  (De la démocratie en Amérique, 1840). En clair, plus un système économique, par ses progrès, assure  le développement  de la société et de toutes ses composantes, plus les composantes les moins munies développent le sentiment d’inégalité.  Regardez où on en est  arrivé : la France dispose d’un système économique parmi les plus distributifs au monde et  les « pauvres » français sont plus riches que ceux de 16 pays de l’Europe (le cynisme n’est pas de rigueur, il s’agit d’économie), seuls ceux de la Finlande et  des Pays Bas sont moins pauvres…. (Observatoire des Inégalités, 2018). Pourtant, depuis quatre mois, des minorités agissantes de la « France pauvre » font entendre leur voix (pour être gentil) de manière si forte que la cinquième république s’est trouvé un peu chancelante… « Macron démission » et  « RIC » visent, par-delà les revendications à caractère économique cataloguées comme « plus de justice », ni plus ni moins, le changement de République. Certes, dire aux pauvres… « il y a plus pauvres que vous » cela ne se fait pas. Dire « regardez le système de protection sociale//santé/éducation/sous-emploi dont vous bénéficiez » cela ne se fait  pas non plus mais… il devrait  être possible de le dire. Malheureusement, l’état  providence dans lequel on vit a sorti, tout de suite, plus de 10 milliards d’euros pour satisfaire (pensais-t-on) les revendications immédiates du bas peuple. 10 milliards d’endettement supplémentaire car aucune économie n’était à l’ordre du jour. Fût un temps où quand on ne savait pas quoi faire on créait une commission…

Mais nous vivons le temps d’un Jupiter. Bien que son environnement immédiat se soit retiré, sans bruit, comme dans la symphonie inachevée de Schubert, notre Jupiter plus Jupiter que jamais a pris le taureau par les cornes : tout en faisant semblant  d’entendre ce que l’on lui disait il s’est évertué, avec beaucoup de talent, à refaire sa campagne électorale et  expliquer au peuple pourquoi il avait tort.

Il a déjà participé à quinze (MB) réunions, la plupart en régions, il a rencontré 2 310 élus, pour l’essentiel des maires, 1 000 jeunes, 60 intellectuels, 350 femmes, 55 enfants… (Le Monde, 03.04.19). C’était le « grand débat national »

Tout  cela pour apprendre que le déficit annuel dépasse 70 milliards d’euros (pas grave… on s’endette), que la  balance commerciale continue à se détériorer (le manque à gagner cumulé depuis 2000 atteint désormais 1.700 milliards € (Rexecode 02.04.19), que le chômage est  toujours à 9% et que les Gilets  Jaunes demandent la justice fiscale (quand 58% des foyers  fiscaux ne payent  pas le IRPP).

On  en est là. Dans dix jours nous sommes censés apprendre ce que notre Président a appris du débat national et, éventuellement, ce qu’il retiendra pour remettre  le pays sur les rails qu’il a quitté il y a une quarantaine d’années.

Gouverner la France… un pays avec 250 fromages différents, disait Winston Churchill au Général… on connaît l’aphorisme, il est toujours d’actualité.

 

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