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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 08:45

Peu d’entre nous pensaient que la guerre en Ukraine allait durer aussi longtemps qu’elle dure. On acceptait, d’une manière subliminale, volens-nolens, la victoire de l’armée russe car c’est la deuxième armée du monde, puissance nucléaire (plus de 6.000 engins capables de détruire plusieurs fois la planète) tout en lui cherchant des circonstances atténuantes pour ce qu’elle annonçait vouloir faire. Le cas de l’OTAN, le comportement des Etats Unis, le démembrement de l’URSS, bref, on regrettait le sort de l’Ukraine mais la Russie …

Mais M.Poutine sait, maintenant, cinq semaines après le lancement de son opération spéciale qui devait durer quelques jours, que même s’il arrivait à écraser l’Ukraine et/ou à déporter toute sa population, il ne peut pas gagner cette guerre. Négocier ? Quoi ? C’est une autre paire de manches. Mais comment est-on arrivé là ?

 

Depuis le premier texte consacré à « l’opération spéciale » russe en Ukraine (elle s’appelait initialement « opération militaire spéciale » pour éviter d’utiliser le mot « guerre ») je n’arrête pas de dire que M. Poutine va perdre la guerre. Un faisceau d’indices concordants laissait voir, assez clairement, et de plus en plus vérifiable, l’issue de l’aventure de M. Poutine.

 L’annonce, la semaine dernière, par la Russie du déplacement de ses opérations offensives vers l’est de l’Ukraine – pour « libérer le Donbass » vient de prouver que M.  Poutine a admis qu’il ne peut pas gagner la guerre dans les termes  qu’il avait énoncés lors de son ouverture : prendre Kiev en 24 heures, faire partir le gouvernement « nazi » du juif Zelinsky, dénazifier et démilitariser le pays, rendre la « liberté » aux ukrainiens russophones de deux républiques fantoches au Donbass, entériner la conquête de la Crimée. Avant d’aller plus loin, il me semble utile de rappeler les « tenants » pour mieux comprendre « les aboutissants » de l’aventure de M. Poutine. Plantons le décor.

Après l’éclatement du Pacte de Varsovie (1990) et le démembrement de l’Union soviétique (1991), les anciennes républiques de l’URSS ont officiellement reconnu l’indépendance de l’Ukraine – comme cette dernière a fait de même pour les 14 autres sœurs. Un traité russo-ukrainien (1990 ) garantissait les frontières existantes entre la Russie et l’Ukraine. Ensuite, l’Accord de Minsk (1991) a obligé la Russie/l’Ukraine/la Biélorussie à reconnaître et à respecter l’intégrité territoriale de l’autre et l’inviolabilité des frontières existantes. Mais l’Ukraine était le troisième plus grand pays du monde pour les armes nucléaires (plus de 2.500 engins, chacun plus dangereux que les autres). Trois pays -le Royaume-Uni, les États-Unis et la Russie- ont signé le Mémorandum de Budapest en 1994, garantissant de respecter la souveraineté territoriale de l’Ukraine en échange de l’abandon de ses armes nucléaires données à la Russie.  Ensuite, un Traité d’amitié russe/ukrainien (1998) a fixé les principes d’un partenariat stratégique, l’inviolabilité des frontières existantes et le respect de l’intégrité territoriale. Clair ? M. Poutine, en lançant sa guerre a fait fi de 30 ans d’histoire. Pensait-il que les autres pays, l’Ukraine y compris, allaient rester cois ? C’est le temps long.

Mais il y a eu un temps court aussi. Au début de novembre 2021, quelques mois avant le début de la guerre, le directeur de la CIA, William Burns, s’est rendu à Moscou pour lancer un avertissement : « Les États-Unis croient que le président russe Vladimir Poutine se prépare à envahir l’Ukraine. S’il allait de l’avant, il allait faire face à des sanctions paralysantes de la part d’un Occident uni. »

M. Burns était connecté sur un téléphone sécurisé du Kremlin avec M. Poutine, qui était à Sotchi (station balnéaire de la mer Noire - MB), isolé de tous sauf quelques confidents. Le Président russe n’a fait aucun effort pour nier l’accusation de M. Burns. Au lieu de cela, il a récité calmement une liste de griefs sur la façon dont les États-Unis avaient pendant des années ignorés les préoccupations de la Russie en matière de sécurité. WSJ 01.04.22.

Souvenons-nous, à l’époque personne ne voulait croire que M. Poutine allait envahir l’Ukraine SAUF les Etats Unis dont le manque de crédibilité, pour le monde entier, n’était plus à démontrer (armes de destruction massive en Irak, ligne rouge en Syrie, débandade pour quitter l’Afghanistan, etc.,). Personne ne voulait croire que la Russie lancerait la plus grande offensive militaire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tellement l’idée semblait irréelle. Les chars massés du côté russe de la frontière allaient s’emparent du territoire ? C’est anachronique, disaient les sceptiques. Bombarder la population des villes ? Que diable, nous sommes dans le 21ème siècle, en Europe.

Pourtant … il a lancé une guerre « conventionnelle » et tous les stratèges de l’Occident ont supputé non pas l’issue de la guerre mais la durée de la résistance de l’Ukraine : trois jours ? une semaine ? deux ? Cela semblait tellement peu probable que l’Ukraine résiste aux 200.000 soldats massés derrière la frontière ou aux 1.300 chars et aux centaines de pièces d’artillerie.

Et il n’a pas hésité à utiliser de nouveaux armements : fusées ultra rapides, munitions « thermobariques», lanceurs de mines …  Les forces russes ont utilisé  le système de pose de mines ISDM Zemledeliye en Ukraine, marquant les débuts du système au combat. La vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis le 27 mars montre deux véhicules lançant chacun une salve complète de 50 roquettes chargées de mines. ) La séquence a été prise dans l’oblast de Kharkiv.) Janes.com 30.03.22

L’armée russe a déployé ses forces et ses actions selon sa « stratégie » (Berlin, Groznyï, Syrie) pour détruire les villes, faire fuir la population et provoquer, sciemment, une vague de réfugiés dont la dimension est inconnue depuis la fin de la 2ème guerre mondiale. Ensuite, occuper le terrain.

Regardez le tableau du Service Suisse de l’Immigration (au 29.03.22) :

Et pourtant … Un mois plus tard, la situation est radicalement différente. Les troupes russes n’étaient pas bien préparées, les soldats pensaient se trouver en entrainement, l’armement était inadéquat ou dans un mauvais état, le commandement, pour le moins, en deçà de ce qui est normal et la logistique pour tout dire absente. En revanche, les Ukrainiens se sont découverts aptes à se battre, non pas pour résister mais pour gagner ! Utilisant des armes antichars et antiaériennes fournies par les États-Unis et certains  pays européens (pas encore la France …), ils ont réussi  non seulement à freiner l’avancée russe mais, pour tout dire, obliger l’armée russe d’opérer une retraite, certes honteuse, mais nécessaire. Mais pas seulement.

Au cours de la dernière semaine, le sort des armes semble avoir tourné. Les Ukrainiens ont pu prendre l’offensive et reprendre les villes au nord de Kiev, près de Marioupol dans le Sud, et proches de Kharkiv dans l’Est. Et on apprend (en partie vérifié par ORYX) que depuis le début de la guerre, la Russie aurait perdu environ 17.200 soldats, 597 chars, 1.710 véhicules blindés de combat, 303 systèmes d’artillerie, 96 systèmes de roquettes à lancements multiples, 127 avions et drones et 129 hélicoptères et sept navires (Ministère de la Défense de l’Ukraine).

Bon, même si les choses ne se passent pas aussi bien pour les ukrainiens (selon des calculs savants leur PIB de l’année sera de 45% inférieur à celui de l’année dernière et les destructions opérées par l’armée russe -routes, infrastructures, immobilier, équipements privés ou publics, etc.,- sont évaluées à 500 milliards d’euros) on doit s’arrêter une seconde et se demander « que s’est-il passé » ?

Trois aspects à regarder de près :

  • on a remarqué que parmi les plus de 4 millions de réfugiés ayant quitté l’Ukraine il n’y avait, pratiquement, pas des hommes en âge de se battre ; la démographie nous indique que, probablement 1,2 à 1,5 millions d’hommes sont restés et en armes ; sans doute avec des entrainements sommaires au combat et au maniement des armes mais, à la fin, il y aurait -avec l’armée officielle de 200.000 hommes- quelques 1,5 millions de « soldats » qui s’opposent aux environ 150.000 soldats russes restant valides – à 10 contre un, avec des armes d’une utilisation plus que facile (viser-tirer, « fire and forget ») devant une armée en terrain étranger – ceci explique, en partie, cela ;
  •  
  • les armes – les systèmes anti-char (Javelin, NLAW, Strela) tirent des missiles dont le prix va de plusieurs centaines d’euros (Strela ou des RPG) à 150.000$ -Javelin – les ukrainiens en ont reçus des milliers et détruisent des chars qui valent entre 2 et 3 millions d’euros ou des systèmes d’artillerie, de communication, de transport valant aussi des millions d’euros ; l’armée russe a été obligée, forcée, de battre en retraite car elle commençait à manquer de tout (hommes, armes, munitions) (SALON 02.04.22) ;
  •  
  • la troisième raison pour laquelle M.Poutine ne peut pas gagner la guerre est économique – on sait, la moitié des réserves russes (env. 330 milliards d’euros) se trouve dans des banques occidentales ; non seulement (sanctions) la Russie ne peut pas avoir accès à ces réserves mais il est certain que, la paix arrivée (?!) elles seront gagées pour payer les destructions en Ukraine ; mais il y a mieux – la réduction des ventes de gaz et pétrole arrivant (si l’Occident et l’Allemagne sont sérieux) la Russie aura du mal à rembourser les prêts venant à échéance (environ 20% du PIB) et, certainement, encore plus de mal à pouvoir obtenir des prêts sur le marché vu son état de paria ; l’économie russe qui était déjà flageolante avant la guerre sera incapable de faire face à ses charges habituelles.

Alors ? D’un côté, la Russie devenue un état paria (pour de très longues années) - changement de moeurs, technologies nouvelles, concepts scientifiques, échanges artistiques, économiques, etc., devenus impossibles (450 très grandes sociétés mondiales s’en sont déjà retirées du marché russe). D’un autre côté, sous la propagande unique de l’état on constate que « on peut mentir sur tout, à tout le monde, tout le temps » ! Et la société russe (comme celles d’autres pays “autoritaires” (totalitaires ?) comme Cuba, Venezuela, par exemple, se recroqueville et - l’instinct de conservation jouant son rôle - vit selon ce qu’on lui permet/demande. C’est déjà le cas pour les 75% des russes qui approuvent ce que l’on fait en Ukraine et qui supportent VVP à 83% !

Quant aux sociétés occidentales « Quelle preuve existe-t-il que Xi Jin Ping et l’ayatollah Khamenei sont moins attachés à leurs idéologies diaboliques que Vladimir Poutine? Pourquoi devrions-nous nous inquiéter moins de l’invasion chinoise de Taïwan ou de l’attaque iranienne contre Israël que des desseins de Poutine en Ukraine? Lorsque les hommes forts vous disent qu’ils sont sur le point de semer le chaos, ne fermez pas vos oreilles. Ce qu’ils disent pourrait sembler improbable. Cela pourrait vous sembler hors de ce monde. Ce n’est pas le cas. Ne rejetez pas les dirigeants des États voyous. Ne doutez pas d’eux. Croyez-les. » Commentary, Avril 2022

Et pourquoi ne pas faire nôtre le précepte de la Torah : Si quelqu’un vient te tuer, lève-toi plus tôt que lui, pour le tuer ?

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