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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 07:41

On vient de l'apprendre, les trois grands de l’Europe (MM. Macron, Scholz et Draghi) vont aller à Kiev pour rencontrer M. Zelenski. Le terrain est préparé… par la télévision russe : 

Et puis SEVERODONETSK - M. Poutine inflige des souffrances indicibles aux Ukrainiens tout en exigeant des sacrifices de son peuple dans le but de s’emparer d’une ville (100.000 habitants, il y en a plus de 30) qui ne vaut pas le prix payé, même pour lui. L’invasion russe de l’Ukraine qui visait à saisir pour contrôler le pays entier, est devenue une offensive désespérée et sanglante pour capturer une seule ville à l’Est tout en défendant des gains importants mais limités dans le Sud et l’Est, où la Russie a commencé à distribuer des passeports russes (?!) ce qui ferait que toute tentative ukrainienne de récupérer le territoire deviendrait "une agression contre la Fédération de Russie." Pervers, non ?

Au fait, que vont-ils dire aux ukrainiens, en se mettant à trois ? Quel est l’état actuel de la guerre ?

La désunion de l’Europe

Cato l’Ancien finissait chaque discours au Sénat romain par le libellé « la Cartage doit être détruite » Je prends le droit de commencer chaque texte concernant la guerre en Ukraine par « M. Poutine a (ou aura) perdu la guerre »

Je sais bien qu’en ce faisant je vais, sans doute, à l’encontre de la vulgate dominante qui, ouvertement ou d’une manière subliminale, nous propose d’admettre que la Russie ne peut pas perdre la guerre. Bigre.

Je garde mémoire des pertes russes en Ukraine qui s’accumulent : 110 jours après le commencement de la guerre elles sont, pour tout dire, impressionnantes et leur évolution pratiquement constante (à peu de choses près, autant de pertes par semaine aujourd’hui qu’au commencement de la guerre) :

A l’intérieur de la Russie, l’attitude envers la guerre change lentement – de plus en plus de militaires refusent d’être envoyés en Ukraine et plusieurs centres de recrutement militaire ont été incendiés dans tout le pays. Par conséquent, cela signifie que, dans le cadre actuel, la guerre ne peut pas être menée avec l’intensité avec laquelle elle a commencé. L’augmentation des pertes parmi les officiers subalternes russes affaiblira probablement davantage les capacités russes et entraînera d’autres problèmes de moral. Le ministère de la Défense du Royaume-Uni a déclaré le 30 mai que les forces russes ont subi des pertes dévastatrices parmi les officiers intermédiaires et subalternes à part une douzaine de généraux (!). La Russie n’a pas réussi d’atteindre ses objectifs en Ukraine en raison d’une mauvaise planification militaire, de problèmes logistiques importants, d’une faible disponibilité opérationnelle au combat et d’autres lacunes, qui ont miné son efficacité militaire. Les faits sur le terrain suggèrent fortement que ce que Moscou cherche à accomplir est le démantèlement pur et simple de l’Ukraine en tant qu’État national fonctionnel, même si l’effort prend des mois, voire des années. Cette poursuite stratégique se reflète dans l’anéantissement des infrastructures, l’élimination de l’industrie, les attaques qui ont ciblé les sites culturels, l’exode massif intentionnel des Ukrainiens et la démoralisation de la population ukrainienne restante. Le 27 mai, le ministère de la Culture a documenté 367 crimes de guerre contre le patrimoine culturel de l’Ukraine, y compris la destruction de 29 musées, 133 églises, 66 théâtres et bibliothèques, et même un cimetière juif centenaire. Ce cimetière à Hlukhiv, Sumy Oblast, qui est un lieu de pèlerinage pour les Juifs, a été frappé par deux missiles russes le 8 mai (Twitter, 27.05.22). Et il est devenu évident, pour le monde entier, que la Russie bombarde les musées, les archives et les théâtres non pas par accident mais d’une manière délibérée. Pour le monde entier, y compris les pays qui ne se désolidarisent pas d’elle, la Russie est maintenant perçue comme une puissance imprévisible et dangereuse qui ne mérite pas tant des négociations que de l’évitement.

Et puis l’économie. (https://project-syndicate.org) : Les données budgétaires récemment publiées par le ministère des Finances de la Russie suggère que M. Poutine peut difficilement se permettre de couvrir les coûts croissants de la guerre. Les données confirment, tout d’abord, que la guerre a été coûteuse, les dépenses militaires ayant augmenté de près de 130% le mois dernier, à 630 milliards de roubles (10,2 milliards de dollars), ou 6% du PIB annuel sur une base proportionnelle. Les données montrent également que la Russie a un déficit budgétaire de plus de 260 milliards de roubles en avril, soit 2,5% du PIB au prorata des chiffres annuels. Alors que les prix mondiaux du pétrole sont très élevés, la Russie a vendu son pétrole à un prix très avantageux pour les acheteurs – acceptant 70 $ le baril pour le brut ouralien ces dernières semaines, soit 30 % de moins que le prix du marché – tandis que la production globale devrait diminuer de 10 % cette année. Entre-temps, les revenus autres que les hydrocarbures ont chuté, de sorte que les taxes sur le pétrole et le gaz représentent plus de 60 % des recettes fiscales, comparativement à moins de 40 % il y a un an.

En face d’elle, la Russie a trouvé (à sa grande surprise ?) une Ukraine qui a l’avantage d’avoir de grandes réserves de main d’œuvre, une armée bien organisée et bien dirigée et il ne fait aucun doute qu’elle est prête à se battre. La nature même de l’invasion russe a engendré une volonté farouche de combattre. Ce dont l’Ukraine en avait besoin. Certes, elle a du mal a faire face au déferlement russe, surtout à son artillerie lourde (souvenons-nous en, le plan de bataille est simple – tout détruire, faire fuir les habitants en vie et conquérir le terrain – la terre brulée vieux concept de l’armée russe depuis la guerre contre Napoléon). Certes, elle ne dispose pas, réellement, d’armes lourdes que des pays européens lui ont promis. Alors ?

Il semblerait que tout ce qu’on peut espérer c’est que la combinaison de revers militaires et de sanctions punitives amène, finalement M. Poutine à modérer les objectifs poursuivis, pour qu’un cessez-le-feu significatif devienne réalisable. Certes, M. Poutine pourrait cyniquement utiliser le cessez-le-feu pour gagner du temps en négociations de mauvaise foi, comme il l’a fait avant le début de l’invasion. Si cela est, Kiev et ses partenaires devraient se préparer à un conflit de longue durée. Quant à espérer un accord de paix…

Aucun accord de paix ne peut se fonder sur l’erreur (« historique et fondamentale » -E. Macron) de M. Poutine. Il a lancé la guerre en s’attendant à ce que l’Ukraine soit incapable de la faire, en croyant que l’OTAN et l’Europe n’arriveraient pas à former un front uni et en calculant mal la puissance économique que les États-Unis pourraient rassembler contre la Russie ou la quantité massive d’armes qu’elle était prête à fournir (un programme de 50 milliards de $ approuvé, déjà, par la Chambre des Représentants et par le Sénat).

Un accord de paix qui fournirait à M. Poutine une sortie « élégante » serait incompréhensible pour les 45 millions d’ukrainiens, vu la destruction de la moitié de leur pays, le nombre de leurs morts et l’avenir sombre d’une reconstruction prenant un siècle.

De son côté, M. Poutine ne peut accepter la paix car elle montrerait son incompétence en lui assurant une mauvaise place dans l’histoire du pays.

C’est dans ce paysage borné par deux impossibilités contradictoires que trois apôtres (ils étaient quatre à l’origine… mais à Munich ils n’étaient que deux, la France s’y trouvait déjà) ont décidé d’aller à Kiev. Pourquoi ?

Les trois (MM. Macron, Scholz, Draghi) vont, donc, voir le Président Zelenski.          

- M. Macron qui ne veut pas humilier M. Poutine.ne pas humilier M. Poutine ? Si un cessez-le-feu (ce pourquoi il plaide) arrive demain ceci veut dire que tout ce que la Russie a obtenu sera parti pour toujours : c’est ce qui s’est passé quand M. Sarkozy a réussi à « arrêter » la guerre en Géorgie… mais deux morceaux (Ossétie) ne sont jamais revenus à la Géorgie, c’est ce qui s’est passé en 2008, c’est ce qui s’est passé en 2014 quand M. Hollande/Mme. Merkel ont obtenu un cessez-le-feu et les accords de Minsk – la Crimée + une partie du Donbass sont restés à la Russie… Alors, les ukrainiens n’en veulent plus et leur lutte pour pousser les russes autant que faire se peut vers les frontières vise cela ; M. Macron veut « sauver la face » de M. Poutine mais il s’agit d’une illusion. Il n’y a pas de de sortie élégante qui ne mènerait pas à un abîme pour M. Poutine. Il ne peut parvenir à un accord de paix tant qu’il n’aura pas démontré – de façon convaincante – que ses échecs initiaux ont été recouvrés. Il doit non seulement paralyser l’armée ukrainienne, mais aussi s’emparer d’une partie importante de l’Ukraine. Et il doit le faire d’une manière qui élimine la guerre économique à laquelle il fait face – autant dire mission impossible !

- M. Scholz qui n’envoie pas d’armes lourdes (bien que promises, urbi et orbi) et retarde tout, autant que faire se peut, en jouant le deuxième violon avec    M. Macron ; au grand dam d’une partie du monde politique allemand et, surtout, de ses partenaires dans la coalition de gouvernement ; pendant trente ans, les Allemands ont fait la leçon aux Ukrainiens sur le fascisme ; lorsque le fascisme est arrivé, c’est les Allemands qui l’ont financé et les Ukrainiens sont morts en le combattant ; on ne sait pas qui va gagner la guerre en Ukraine, mais une nation a déjà subi une immensurable perte de prestige : l’Allemagne ; les dirigeants politiques et commerciaux de la plus grande économie d’Europe n’ont pas seulement tardé à fournir aux Ukrainiens l’aide dont ils ont désespérément besoin, mais pour ce qui est de leurs relations avec la Russie, ils ont été dénoncés comme étant au mieux naïfs - et au pire complices ; la crise du leadership allemand s’est aggravée lorsque Olaf Scholz  a affirmé tenir sa promesse d’envoyer des armes en Ukraine, mais le tabloïd Bild a révélé qu’il avait secrètement refusé tous les équipements lourds demandés par Kiev ; après que Scholz eut rayé les chars et l’artillerie de la liste, une aide d’un milliard d’euros avait été réduite de plus des deux tiers ;

- et M. Draghi qui a concocté un plan de paix (que personne ne lui a demandé) et qui suppose que l’Ukraine accepte de renoncer aux territoires actuellement détenus par la Russie de M. Poutine…

Et ils se mettent à trois pour tenter de convaincre l’Ukraine à accepter la destruction de la moitié du pays, de récompenser l’agresseur pour l’ignominie de ses agissements et, éventuellement, d’attendre quelques années pour qu’il recommence. Ce que cela veut dire c’est que les trois grands de l’Europe font mine de ne pas comprendre que géopolitiquement la Russie n’a pas réussi à prendre le contrôle de l’Ukraine ou à diviser l’OTAN. Le fait politique est que M. Poutine a échoué. Il ne peut pas atteindre ses objectifs stratégiques. Il vient de subir l’élargissement de l’OTAN (Suède et Finlande) en une force solide qu’elle n’a pas eue depuis très longtemps

Ce faisant, de plus, ils certifient la désunion de l’Europe : d’un côté, les pays de l’Est et les pays baltiques, tous vent debout contre la Russie (dont, tous, ont connu le joug pendant plus de 50 ans) et de l’autre, l’Europe de l’Ouest (sans l’Espagne socialiste) pour laquelle la vieille lune du Général (l’Europe de l’Atlantique à l’Oural) est encore de mise pour faire pièce aux Etats Unis.

Alors ? Les guerres ne se terminent que de deux façons : quand une partie impose sa volonté à l’autre, d’abord sur le champ de bataille, puis à la table des négociations, ou quand les deux parties adoptent un compromis qu’elles jugent préférable au combat. En Ukraine, aucun des deux scénarios ne peut se concrétiser actuellement. Le conflit, par l’incapacité de la Russie et le réveil d’une population ukrainienne que rien ne laissait entrevoir, est devenu une guerre d’usure. Sur le plan diplomatique, les Ukrainiens ont peu d’intérêt à accepter l’occupation russe de larges pans de leur territoire. M. Poutine, n’a guère intérêt à accepter quoi que ce soit qui pourrait être jugé comme une défaite.

La conclusion incontournable est donc que cette guerre se poursuivra — et que j’aurai, encore, l’occasion d’écrire que M. Poutine a (aura) perdu la guerre.

 

 

 

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