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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 08:57

Requiem pour la Géorgie

 Pendant que 4 Milliards de téléspectateurs regardaient l’époustouflante cérémonie d’ouverture  des Jeux Olympiques de Pékin, une colonne de blindés russes pénètre dans le territoire géorgien et, après 30 km arrive à la capitale de l’Ossétie du Sud, Tskhinvali qu’elle « libère » après avoir bombardé et tiré sur tout ce qui bougeait aux alentours.

La cérémonie de Pékin, par son faste et son formidable déroulement devrait nous donner froid dans le dos : rappeler les Jeux de 1936 quand les nazis ont inauguré le style ou rappeler les manifestations à la gloire du Guide Nord Coréen (d’abord le père et ensuite le fils, comme dans toute république populaire et … dynastique). Mais puisqu’elle a eu lieu, puisqu’elle a été préparée par le prochain maître du monde, la Chine, ne boudons pas notre plaisir même si notre Président a été éconduit par leur No1 et reçu, seulement, par le chef du gouvernement chinois. Auquel il a parlé, sérieusement, des droits de l’homme …

Depuis trois jours les radios et les télévisions du monde entier nous font savoir que la Russie est en train d’écraser le Géorgie. Et les journaleux bien pensants du Figaro ou de Marianne s’évertuent à démontrer, l’un plus que l’autre, que la Géorgie a agressé l’Ossétie du Sud. Quand l’idiotie se double de l’ignorance … nous n’avons qu’accepter de voir nos cerveaux bien lavés. Car, enfin, c’est bien l’Ossétie du Sud qui a fait sécession voulant se détacher de la Géorgie, non ? Bien sûr, George Bush lève la voix pour dire que les relations USA-Russie vont en souffrir, bien sûr notre Kouchner national prend l’avion pour prêcher la bonne parole aux « deux parties ». Impossible de lui faire dire que l’agresseur est russe, impossible de lui faire dire que la Géorgie est agressée et cela depuis des lustres …

Oui, depuis des lustres. En 1922, le petit père des peuples, Staline, redessine les frontières de la poussière de petits pays du Caucase et intègre l’Ossétie à la Russie. Mais … originaire de Géorgie, il crée une « Ossétie du Sud » qui reste en Géorgie. 100.000 habitants à l’origine se partageant entre géorgiens (un tiers) et ossètes, 4.000 km² de superficie, voilà un pays de cocagne où il fait bon vivre et où les gens vivent en paix. Et dont la capitale s’appelle de 1934 à 1961 « Stalinri ». En 1989, à la faveur de l’écroulement de l’empire soviétique, une partie des Ossètes préfèrent se rattacher à la Russie, la « république » fait sécession et après trois années de guerre, sous l’influence de l’Europe, des Etats-Unis et de l’OSCE, on fige la situation et on confie à la Russie la mission « d’observateurs » pour maintenir la paix. On assigne au loup la tâche de garder les moutons … La Géorgie est amputée d’une partie de son territoire, exode massif des géorgiens vivant en Ossétie du Sud (surtout ne pas prononcer les mots « nettoyage ethnique ») et le territoire est administré depuis par un « gouvernement ossète » qui n’est reconnu de personne au monde sauf de la Russie …

Et comme on connaît la pugnacité de l’Europe quand il s’agit de respecter la légalité internationale …les choses sont restées sans solution depuis plus de quinze années avec l’espoir que la Géorgie avalera la couleuvre. Comme elle devait avaler une deuxième couleuvre, l’Abkhazie – une autre république qui, avec l’aide généreuse de la Russie a fait sécession aussi. Ce qui, dit en passant, donne à la Russie un morceau de rive de la Mer Noire.

 Malheureusement (pour la Géorgie …) un oléoduc a été conçu et construit pour acheminer le pétrole de la Mer Caspienne (Bakou) jusqu’au port turque sur la Méditerranée, Ceyhan. Et cet oléoduc évite de passer par la Russie ce qui fait que son propre oléoduc (« le Nord ») se retrouve sans but lucratif (ou sérieusement réduit). En fait, cela revient à mettre une croix sur le transport de pétrole azerbaïdjanais vers Novorossisk par l’oléoduc russe … Ce qui fait dire à un expert «Pour éviter ce genre de revirement à l’avenir, la Russie doit en premier lieu augmenter son influence dans les pays de la CEI, dans les anciens pays socialistes et en Turquie » Nous y voilà, la Russie fait donner ses armées, écrase la Géorgie et « libère » la capitale d’Ossétie du Sud dans le silence assourdissant de l’Europe qui … accepterait, in fine, que la Russie s’assure la main mise sur cette voie d’approvisionnement. L’Europe qui depuis la fin des années 70 s’est livrée, pieds et poings liés, à la Russie pour satisfaire ses besoins en gaz et pétrole. Certes, on a bien essayé de trouver un modus vivendi avec les russes au moment de la conception de l’oléoduc. Mais tout accord devenait hypothétique au fur et à mesure que s’affirmait la tendance du gouvernement russe présidé par Vladimir Poutine de rétablir une autorité étatique ferme, entre autres, sur les productions des hydrocarbures et surtout de ne pas tolérer d’intrusion politique étrangère dans les affaires économiques russes.

Quant au tracé de l’oléoduc, on rappelle que lors de l’inauguration du canal de Suez, en 1869, parmi les félicitations dont on abreuvait Ferdinand de Lesseps, Bismarck lui fit remarquer qu’il avait fixé géographiquement le lieu des futures batailles. Bismarck n’avait pas tort, l’analogie est parfaite pour l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan.

Ce qui a surpris les occidentaux a été la rapidité et la réaction russe disproportionnée à la soidisant « agression » géorgienne. En fait, tout était préparé et depuis longtemps : plus de 60.000 hommes de troupe attendant l’arme au pied du côté de l’Ossétie du Nord (en Russie), plus de 300 chars d’assaut, une armada de chasseurs bombardiers et de avions gros porteurs transportant des moyens de locomotion et des pièces d’artillerie, bref, « la réaction » était préparée, elle n’attendait que « l’action », le prétexte.

Mais … chasser le naturel, il revient au galop ! La diplomatie russe commence à afficher des comportements qui ne peuvent que rappeler celle qui l’a précédée, la diplomatie soviétique. Non seulement c’est la Géorgie qui est l’agresseur mais … au Conseil de Sécurité on entend, ébahi, le représentant russe M. Churkine dire « ce n’est pas à ceux qui ont bombardé Belgrade ou qui tuent des civiles en Irak et en Afghanistan de protester contre nos bombardements de l’agresseur géorgien qui n’avait qu’à ne pas commencer » et en oubliant où il se trouvait, dire « l’agression géorgienne a donné un coup fatal à l’intégrité territoriale de ce pays ». Et son patron, le Ministre des Affaires Etrangères russe -Sergueï Lavrov- téléphone à Condoleeza Rice pour lui dire que le président élu de la Géorgie … doit partir !

Et pour ajouter l’ignominie à l’exagération, le nouveau président russe Medvedev parle de « nettoyage ethnique des russes d’Ossétie » tandis que le nouveau premier ministre, M. Poutine,  de « génocide » car il y aurait 2.000 morts parmi les habitants de l’Ossétie du Sud.

  L’hydre russe a deux têtes : qui écoute et qui parle ?

Un pays va se faire écraser, aux portes de l’Europe. Que ce soit « un, prêté, pour, un, rendu » (Kosovo), que ce soit pour de bonnes raisons pétrolières, une chose est certaine. La Russie actuelle que tout le monde pensait sur la voie de la démocratie n’est en réalité que la digne héritière de l’Union Soviétique. Certes, on ne tue plus les dirigeants qui « dévient » de la ligne du Parti. Car il n’y a plus de parti, il n’y a qu’une mafia d’origine KGB-iste qui a trusté les postes de pouvoir et/ou de profits économiques. La France en sait quelque chose, elle dont la Côte d’Azur est la destination préférentielle des « hommes d’affaires » russes qui achètent de propriétés en payant cash des dizaines de millions d’euros. Mais cela nécessite que l’on tue et l’on emprisonne tous ceux dont la tête dépasse. Anna Politovskaya, Mikhail Khodorkovsky, deux exemples parmi d’autres, cela ne vous rappelle rien ?

La Russie se veut de nouveau puissance impériale. Elle n’admet pas que des anciens « confettis » de l’empire soviétique s’émancipent  et aillent voir du côté de l’Ouest. Elle veut montrer que la force est de son côté et que rien, ni personne ne peut arrêter son retour au premier plan du monde. Son action militaire en Géorgie mettant en œuvre l’infanterie, l’aviation, sa marine et ses fusées est la plus imposante à l’extérieur de ses frontières depuis l’implosion de l’Union Soviétique (et seule depuis l’Afghanistan). Mais disposant d’un droit de véto à l’ONU, étant le deuxième producteur mondial de gaz et pétrole et ayant plus d’armes nucléaires que ce qu’il faut pour anéantir la planète 100 fois, elle fait ce qu’elle veut et ne se donne même plus la peine de masquer ses intentions. Et montre l’exemple à l’Iran après avoir laissé la Corée du Nord se doter du nucléaire militaire.

Et que trouve-t-elle pour lui faire pièce ? Bernard Kouchner qui va à Tbilissi pour «raisonner» la Géorgie avant d’aller à Moscou pour prêcher la bonne parole. Pour apaiser, dit-il… Notre président, lui aussi, est allé à Moscou pour faire connaître à celui qui annonçait que la Russie «allait poursuivre les Tchétchènes jusque dans les chiottes» son plan pour une sortie de la crise… Et en conférence de presse avec « le président » russe il reste de glace quand celui-ci éructe « ces gens-là sont des déments, des dégénérés, qui dès qu’ils reniflent l’odeur du sang ne peuvent plus s’arrêter» Pendant ce temps, la Géorgie sera écrasée et la Russie ira cracher sur sa tombe.

 

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