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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 18:27
Si les arabes laissent tomber les armes aujourd’hui,
 il n’y aura plus de violence.
Si les juifs laissent tomber les armes aujourd’hui,
 il n’y aura plus d’Israël.
B. Netanyahou

Corriere del Serra, le 22 janvier 2009 (Lorenzo Cremonesi) : " Il y a une différence énorme au Moyen-Orient entre les sociétés arabes qui n'ont pas la tradition culturelle des droits de l'homme et Israël. Sous le régime d'Arafat la presse était censurée et persécutée. Le Hamas est pire encore », dit Eyad Sarraj, un psychiatre renommé de la ville de Gaza. Et il y a un autre fait qui apparaît de plus en plus évident en visitant les cliniques, les hôpitaux et les familles des victimes de tirs israéliens. En vérité, le nombre de victimes apparaît beaucoup plus faible que les 1300 morts, et plus de 5.000 blessés, annoncés par le Hamas et répété par les officiels de l'ONU et la Croix-Rouge locale. "Il n’y a pas eu plus de 500 ou 600 morts. Principalement des garçons entre 17 et 23 ans recrutés dans les rangs du Hamas, qui les a littéralement envoyé au massacre », dit un médecin de l'hôpital Shifah. Une chose, cependant, a été confirmée par les journalistes locaux: nous avons déjà demandé au leadership du Hamas « pourquoi gonfler le nombre de victimes? Curieux, entre autres, que les organisations non gouvernementales, y compris des Occidentaux, acceptent de faire leurs  des rapports sans vérification. » En fin de compte, la vérité ne peut être cachée. C’est sans doute comme à Jénine en 2002. Au départ, on nous a parlé de 1500 décès. Puis on a constaté qu’il n’y avait que 54, dont au moins 45 guérilleros qui sont morts aux combats. »

Génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, rien n’est épargné aux israéliens parce qu’ils ont eu le culot de dire « assez c’est assez ». Et parce que d’une manière considérée disproportionnée il on ramené Gaza 40 ou 50 ans en arrière. Tout en sachant, dès le départ, que la réprobation mondiale de leur droit à se défendre constituera la principale victoire du Hamas à Gaza. Fer de lance de la culture de victimisation qui constitue la vulgate dominante de la culture arabo-musulmane, aujourd’hui, la Hamas crie cependant victoire et organise des parades avec les drapeaux verts et des enfants portant des armes et des ceintures d’explosifs factices (du moins on l’espère …).






On occulte le fait que pendant la guerre avec Israël le Hamas avait déclenché une autre guerre : avec le Fatah de Mahmoud Abbas. D’abord en dénonçant ses affidés comme « espions » d’Israël. Ensuite, comme « suppôts » de l’Egypte. Les ONG ont connu (mais se sont tues …) une pléthore de cas d’enlèvements, torture et assassinats perpétrés par le Hamas pendant les trois dernières semaines. Un des plus connus est celui de Shakhura Achmad, 47 ans, résident de Khan Yunis et de son frère Khaled, ancien bras droit de Mohammad Dahlan (ancien chef des services de sécurité de Yasser Arafat, aujourd'hui en exil à Ramallah …) qui a été enlevé et torturé sur ordre du chef la police secrète du Hamas, Abou Abdallah Al Kidra : on lui  aurait déchiré son œil gauche, puis il a été tué le 15 Janvier (Corriere des Sera).

Très bien. Et ensuite ?

Tout d’abord les deux conséquences régionales majeures de la guerre à Gaza. La Turquie s’est totalement départie de sa position « neutre » lui donnant la possibilité de parler aux uns et aux autres, en prenant position en faveur du Hamas. En utilisant deux discours : le Hamas a été démocratiquement élu par le peuple palestinien, donc, on doit lui parler car il défend son peuple et, pour Israël, coupable de « crime contre l’humanité » ou mieux «les agissements d’Israël seront punis de Dieu et ne font qu’aider à sa destruction »  (R. Erdogan au Caire) ce qui, naturellement, conduit à  « … on doit l’exclure de l’ONU. » Il est évident que ce changement, significatif, de position de la Turquie a fait l’effet d’une douche froide pour ceux des dirigeants israéliens qui lui faisaient confiance en tant qu’honnête intermédiaire dans le cadre des négociations indirectes menées avec la Syrie.

La deuxième conséquence majeure est la cristallisation de la rupture (pour combien de temps ?) entre les pays arabes qui penchent du côté de l’Iran (la Syrie, le Qatar, l’Irak) et ceux qui ont commencé à comprendre (ou à l’admettre ouvertement) que la main mise de l’Iran sur le Hezbollah au Liban et sur le Hamas à Gaza (qui n’est qu’une succursale des Frères Musulmans) risque, à terme, de mettre en danger leurs propres structures de gouvernement (l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie). Cette rupture fait des « métastases » jusqu’au Maghreb : que le Guide Suprême renvoie tout le monde aux gémonies en proposant la création d’un seul état « Isratine » faute de quoi les israéliens devraient être envoyés     (déportés …) sur une île dans le Pacifique, ne surprend pas. Par contre, que l’Algérie de Monsieur Bouteflika se soit affichée à Doha avec MM Assad et Ahmedinejad … cela devrait faire réfléchir rapidement les chancelleries occidentales, la notre la première.

Avant de voir vers où on va, il n’est pas inintéressant de voir d’où on vient. Nonobstant les événements ultérieurs, force est de reconnaître que d’avoir quitté Gaza en 2005 a été, de la part d’Israël, une erreur stratégique majeure. Certes, la vie des 8.000 israéliens (et des soldats qui les gardaient) n’était pas simple. Mais Gaza était plus qu’auto-suffisante au plan agricole et les plantations, serres ou champs de fleurs assuraient du travail à dix fois plus de palestiniens que d’israéliens qui y étaient installés. Erreur stratégique (identifiée comme telle par un seul homme politique israélien, B. Netanyahou) car il était évident que deux choses allaient se passer à court et long terme : une prise de pouvoir du Hamas par ou sans élections, d’un côté, et compte tenu de sa nécessité de s’appuyer sur des alliés forts, la dérive vers la soumission à l’Iran. Erreur stratégique car il s’agissait non seulement de ce que l’apparition d’un « hamasthan » allait représenter pour Israël mais de ce que l’apparition d’un supplétif de l’Iran allait représenter pour Israël, l’Egypte et/ou les principaux pays arabes (Arabie Saoudite, Egypte, etc.,).

Erreur stratégique à court terme car il était évident (Khalil Shikaki - Foreign Affairs, November/December 2004) qu’en abandonnant Gaza sans laisser les clés du territoire à une autorité palestinienne (même si, déjà à l’époque, il s’agissait d’un organisme corrompu dont le seul mérite était d’obtenir des subsides, sans aucun contrôle, de la part des donateurs internationaux, l’Europe la première) l’absence de loi allait prévaloir et le Hamas, fort de ses activités « sociales » allait prendre le dessus. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les Etats Unis ont imposé la présence du Hamas aux élections de 2006 à l’encontre de la volonté d’Israël et/ou contre les conseils de l’Egypte. Deux ans après, après avoir essayé pendant des années de faire la paix avec les Palestiniens de la bande de Gaza (abandon de colonies, déracinement de milliers de civils qui y avaient vécu toute leur vie, structures agricoles laissées intactes pour assurer des activités lucratives aux locaux, etc.,), Israël s’est trouvée confrontée à un Hamas non lié par aucune des règles de droit international ou simplement des normes de décence humaine. Comme la Jordanie en 1970 s’est trouvée dans une situation équivalente avec les cohortes de Yasser Arafat : Septembre Noir, plus de 7.000 morts, le PLO déménageant  au Liban (et dont la suite est connue). Le bombardement sans relâche avec de roquettes et obus de mortiers par le Hamas contre des civils israéliens en violation de la souveraineté israélienne et de la loi internationale devaient culminer avec une conflagration. Elle a eu lieu, elle a été « disproportionnée ». On a beau souligner « l’inhumanité » de l’armée israélienne, on a tort de ne pas admettre que (a) la guerre, en général, vise la destruction des capacités de l’adversaire à revenir au statu quo ante et (b) l’armée israélienne a détruit (à très peu d’exceptions près) uniquement les endroits où le Hamas avait stocké des armes, munitions et explosifs. Autant dire, des mosquées, des écoles, des maisons d’habitation et/ou des bâtiments officiels. Et la seul raison pour laquelle seulement deux des cinq premiers leaders du Hamas ont été éliminés est simple : les trois autres se trouvaient au sous-sol du pavillon des enfants de l’hôpital Shifa. Et quand on dit que le Hamas n’a pas respecté la loi internationale, on doit admettre qu’il l’a fait deux fois : tirer des fusées contre des civils en Israël et s’abriter, bien que puissance militaire, derrière des populations civiles. D’où une réelle tragédie quant aux pertes civiles à Gaza.

Mais il y a plus. Le Hamas a  humilié, brutalisé et assassiné des chrétiens et des « ennemis »  du Fatah de sang-froid. Et pendant qu’Israël avertissait les gens par voie de tracts de quitter tel ou tel quartier qui allait être bombardé, exhortant les civils à trouver refuge loin de l'attaque aérienne, le Hamas les forçait à rester dans leur maison, les empêchant de trouver de la sécurité.

De quelque angle que l’on regarde le conflit, on est forcé de constater que la guerre d’Israël a été une « guerre juste ». Il s’agit d’une acception universelle de cette notion : toute guerre de défense face à une agression est une guerre juste. Et rien ni personne ne peut dire que les huit années pendant lesquelles le Hamas a tiré des fusées sur le territoire souverain d’Israël ne constituait pas une agression.

Mais la guerre avait comme but, aussi, de tenter de changer  la narrative palestinienne : ils ont essayé toutes formes d’action militaires et/ou terroristes mais ils n’ont jamais, réellement, essayé la voie de la collaboration pacifique. Chaque fois qu’Israël a fait un pas en avant les factions palestiniennes le considéraient comme un acquit obtenu par la faiblesse d’Israël et, comme un mouvement à cliquet, demandaient plus. Mais vient un moment quand « assez est assez ». Ce moment a été le 27 décembre et par delà les résultats obtenus d’Israël il y a les résultats obtenus auprès de certains pays arabes. Qui, pour la première fois depuis la renaissance d’Israël ont eu le courage de dire, en arabe et en anglais, que le responsable des malheurs des gazaouis est le Hamas. Et qu’après la défaite pleine et entière du Hamas (et de son patron, l’Iran) ils devraient peut-être tenter de vivre en paix avec Israël. Comme l’Egypte et Jordanie l’on fait des années auparavant. Que l’on se comprenne bien : ce n’est pas par amour d’Israël que ces pays prennent cette attitude. C’est pour défendre leurs propres pays contre les tentatives hégémoniques et messianiques d’un intrus dans le monde arabe, l’Iran.

Oui, le Hamas n'avait pas à gagner cette guerre. La règle est telle qu’il suffisait de survivre pour prétendre avoir gagné. Mais il sera totalement défait quand une autre formation politique prendra le dessus en Cisjordanie ou à Gaza. Difficile ? Certes, mais pas impossible. Mais pour cela soit le Fatah de Mahmoud Abbas se transforme en force réellement politique en quittant son fonds de commerce qui est la corruption et racket, soit il disparaîtra rapidement. Le Fatah ayant perdu toute autorité morale, les palestiniens qui voient comme exemple la démocratie israélienne qui n’accepte pas de confier des responsabilités sans contrôle ou sanctions ne tarderont pas à se réveiller. Surtout si la « communauté internationale » arrête de les traiter en assistés à vie incapables de subvenir par eux même à leurs besoins. Naturellement, le dilemme d'Israël devant ce que sont les palestiniens vient du fait qu’elle ne lutte pas contre un état mais contre une idéologie messianique dont le corpus idéologique se résume à une lutte sans merci contre l’Occident et contre les Juifs.



 Trois membres du Hamas dans le bureau de Mahmoud Abbas à Gaza

Il est fort probable, peut-être même certain, qu’autant les pays arabes « modérés » comme la communauté internationale pousseront, autant que faire se peut, à la création d’un gouvernement palestinien d’union nationale. Personne n’ignore, cependant, que la présence du Hamas dans un tel gouvernement ne fera que compliquer les tentatives de coexistence avec Israël vu son objectif idéologique simple : la destruction d’Israël. Mais … au Liban on assiste à un processus analogue. On a tort de croire que le Hezbollah (lui aussi supplétif de l’Iran) va contrôler le pays. Trois ans après la guerre avec Israël (dont l’action a été, aussi, considéré « disproportionnée ») on voit que nonobstant le réarmement jusqu’aux dents de cette autre organisation terroriste, le Nord d’Israël est d’un calme ennuyeux … inexplicable autrement que par le fait que le Hezbollah et le Liban dans sa totalité ont compris que le prix à payer pour s’attaquer à Israël est insupportable. Et le processus qui doit conduire, inexorablement, à la transformation du Hezbollah en parti politique ne disposant pas d’une milice armée est en cours. Le maillon faible de la chaine que l’Iran veut tirer sur la Proche Orient est d’évidence la Syrie qui, si elle se décide à sauter le pas en allant vers l’Occident, elle saura mettre au pas le Hezbollah.

Dans l’Ancien Testament on dit qu’il n’y a ni de fin du commencement ni de commencement de la fin. La vie des nations n’est qu’un court moment sur une route sans fin. La vie d’Israël dure depuis plus de 3.000 ans, ce serait insulter l’avenir que de croire qu’elle pourrait s’arrêter de notre vivant.


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