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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 17:16

 

 

On n’aime pas les « je vous l’avais bien dit » car ils nous rappellent que ce qui était écrit sur les murs et que nous ne voulions pas voir est réellement arrivé. J’ai l’avantage, comme d’autres, d’avoir dit et répété à l’orée du printemps arabe qu’il se transformera dans un hiver plus dur que ce que l’on avait connu avant ledit printemps.

 

La prévision était facile : on ne passe pas directement d’un régime dictatorial à la démocratie décrite par Tocqueville. Les preuves sont multiples et l’on a toujours constaté que seules les forces préexistantes, organisées, prenaient le dessus sur l’élan des « masses » voulant changer l’ordre existant – ceci semblant être un postulat. La révolution provoquant la chute des tzars en Russie a conduit à un régime encore plus dictatorial que le précédent. Même le « modèle » célébré par le monde entier, la révolution française, a commencé par instaurer la « terreur » et ce n’est que plus de 100 ans après que l’on a commencé à pouvoir parler d’une démocratie en France. Plus près de nous, l’implosion de l’empire soviétique, n’a conduit à la démocratie que les pays de l’Est de l’Europe et les Pays Baltiques car des « gènes » démocratiques préexistants ont pu se développer rapidement. Pour les autres territoires, qu’il s’agisse des républiques d’Asie Centrale, de l’Ukraine ou de la Biélorussie ou même de la Russie, des simulacres de démocratie (avec de élections à un seul candidat ou des présidents à vie) existent mais sans plus. La Russie (et les dernières élections sont là pour prouver ce que j’avance) a donné l’impression d’avoir commencé sa marche vers la démocratie, ce n’est plus le cas vu les dernières élections truquées et la préparation de l’installation, là aussi, d’un « président à vie ».

 

Tunisie, Libye, Egypte. Trois pays salués par un Occident toujours bienveillant quand il s’agit de « positiver » ce qui se passe dans les pays arabes. Trois pays où des mouvements de masse ont conduit au changement de régimes dictatoriaux en faveur de structures de gouvernement sorties d’élections libres. Il n’est pas difficile de voir que le postulat évoqué est démontré dans les trois cas.

 

Tunisie – le parti majoritaire sorti des urnes qui formera le gouvernement est un parti islamiste « modéré » (qualificatif accolé par l’Occident uniquement et qu’aucun mouvement se réclamant de l’islam ne prend à sa charge). Il s’agit d’une organisation politique, bannie en Tunisie depuis Bourguiba mais qui a continué une existence souterraine jusqu’à la « révolution ». La Tunisie séculaire fière d’avoir accordé aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes, la Tunisie qui interdisait le port du nikab, se trouve maintenant en situation de régression rapide : des étudiants et/ou des « forces extérieures » vont imposer l’autorisation du nikab, la non mixité des cours et des cantines universitaires séparées (homme – femme). Au plan extérieur, un des premiers signes de ce que sera la politique du pays est le fait de refuser toute «forme de normalisation avec l’Etat sioniste» décision que d’aucuns réclament d'inscrire dans la nouvelle Constitution selon le «pacte républicain» adopté par la Commission de reforme politique tunisienne. Et pour qu’il n’y ait pas de malentendu, A. Kahlaoui, le président du Comité tunisien de lutte contre la normalisation avec Israël, a « menacé de mort tout Tunisien essayant de nouer des liens avec l’Etat hébreu » Seul pays arabe a avoir noué de relations, presque, amicales avec Israël (datant du temps de Bourguiba et bien avant les traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie) il se voit, suite à une révolution « démocratique » énoncer des exclusives qui n’annoncent rien de bon au plan international. Et pour ce qui est de l’intérieur, la réduction massive du tourisme (pas seulement israélien ou juif) car par delà le niqab aux universités il y a tendance à vouloir demander aux femmes occidentales aussi de porter un voile (certes, seyant, comme les journalistes de France 2 portent quand elles vont dans certains pays dont la tolérance religieuse est ce que l’on sait) met à mal profondément et significativement les finances du pays. Ajouter à cela que l’un des principaux secteurs des exportations tunisiennes, le textile, a bénéficié d’une contribution commerciale, non négligeable, des commerçants juifs tunisiens installés en France pour comprendre la baisse des exportations du secteur qui est déjà de plus de 25% cette année par rapport à l’année passée. Et les investissements étrangers dans le pays montrent, déjà pour 2010, une chute de 50% par rapport à 2006, par exemple. Ce qui va se passer est écrit sur les murs : les « islamistes modérés », au départ gentiment, ensuite par intimidation, vont imposer l’exclusion des « infidèles » et de certaines règles tirées de la charia car … ce qui sera inscrit sur le frontispice de la nouvelle constitution c’est que la Tunisie est une république démocratique dont la religion est l’islam » Les paris sont ouverts : nonobstant le crise économique actuelle, le tourisme -principale source de revenus du pays- se contractera encore plus, les exportations diminueront, l’indépendance agro-alimentaire n’étant pas assurée, ce pays auparavant relativement prospère viendra allonger la liste des bénéficiaires de l’aide de la communauté internationale …

 

Libye à peine le colonel trucidé que le « Président du Comité de Transition » déclare "En tant que nation musulmane, nous avons adopté la 'charia' islamique comme source du droit, donc n'importe quelle loi contredisant les principes de l'islam est légalement nulle". Hein, vous avez dit charia ? C’est pour cela que la France (et les pays de l’OTAN moins l’Allemagne) a envoyé le porte-avions Charles de Gaulle et des dizaines de Rafales pour bombarder les forces du colonel ? C’est pour cela que l’on a mis à sac ce qu’il y avait comme infrastructures du temps du colonel ? C’est pour que l’homme fort, actuellement, de Tripoli soit un ancien de Al-Qaida prisonnier, un temps, des américains ?

 

Et oui, pays dont l’essentiel de la gouvernance était constitué par les décisions des treize plus importants tribus et par la police secrète du colonel, la Libye aura montré, elle aussi, que la transition de la dictature d’un clown pris de folie (mais que tout l’Occident, notre pays étant parmi les premiers, ont cajolé et brossé dans le sens du poil) vers une démocratie ne peut être que le rêve d’un cerveau malade. Et peu importe que des BHL (seul parmi l’intelligentzia française, quand même) ont convaincu notre président de se lancer dans ce qui sera un de plus percutants exemples de l’inconscience occidentale (française de surcroit). Non seulement ce pays appliquera la charia, non seulement il est devenu déjà le pourvoyeur d’armes de toutes sortes et de tous calibres pour les terroristes de partout (et en premier lieu ceux du Hezbollah au Liban et du Hamas à Gaza) mais il y a là-bas aujourd’hui 10.000 hommes en armes (des milices) qui, compte tenu de la rivalité des tribus et de l’instauration progressive de la charia, feront éclater, sans doute, son unité. Par delà la vision romantique et idéaliste (merci BHL) ce pays est condamné à rester sur la liste des fauteurs de troubles pendant les années à venir. Surtout si la répartition entre les tribus du pactole pétrolier n’est pas celle que le colonel avait imposée pendant son règne bouffonesque.

 

L’Egypte – on change de catégorie, le postulat de la transition est encore plus brillamment démontré. Voilà un pays de 80 millions d’êtres où la seule force organisée –et adoubée par Monsieur Obama1- le Frères musulmans, était créditée d’une position majoritaire dans les élections qui devaient se dérouler sous le contrôle des militaires. On en a vu mieux, mais, passons. Elections faites les « islamistes modérés » (les Frères musulmans, selon les Etats Unis) et les salafistes (musulmans non modérés, selon tout le monde) obtiennent 65 % des voix et vont avoir le contrôle de la confection d’une nouvelle constitution, du gouvernement et du parlement.

 

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, un porte-parole des Frères musulmans a fait valoir que le renversement du président Moubarak et de son régime a été principalement alimenté par le désir « de retour de l'Egypte à ses racines islamiques, et non par l’idéal occidental de la démocratie ». Ce pays dont seulement 5% du territoire est exploité par l’agriculture, qui importe plus de 50% de ses besoins en produits agricoles et alimentaires mais où 34% de sa population vit dans l’agriculture …, où 96% des femmes sont excisées et ou 82% de la population soutiennent l’exécution par lapidation des femmes adultérines tandis que 77% sont d’accord pour fouetter et couper les mains des voleurs et que 84% sont pour l'exécution de tout musulman qui change de religion ... ce pays ne pouvait voter autrement qu’en propulsant au pouvoir les islamistes, modérés ou pas. Les enquêtes PEW étaient connues, mais les Etats Unis de Monsieur Obama avaient décrété que la « Frères musulmans sont des modérés » et, par conséquent, ont poussé de tout leur pouvoir pour faire partir l’ancien quasi-dictateur, Moubarak. Mais on est maintenant à la fin d’une année après la «révolution ».

 

Les trois sources principales de revenus de ce pays, le gaz (vendu, principalement, à Israël et à la Jordanie), le tourisme et les exportations accusent des chutes difficiles à compenser. Avant de devenir une décision gouvernementale pour mettre fin à la livraison de gaz à Israël le gazoduc a été saboté (par des « islamistes extrémistes ») sept fois -en attendant la huitième- et les revenus y relatifs ont fondu comme neige au soleil. Le tourisme, qui se nourrissait de la visite de 13 millions de personnes chaque année, dont 600 000 Français, a pratiquement cessé. Les exportations du pays se sont contractées de 40% cette année. Le tout ? 41% de la population vit sous le seuil de la pauvreté (env. 640 Livres Egyptiennes mensuellement, soit 80 €), des travailleurs agricoles embauchés à la journée payés 3€/jour, désertification des terres agricoles et des réserves actuelles de 13 milliards de $ pour payer des importations (surtout agro-alimentaires) au rythme de 1,3 Milliard de $ par mois. Un dessin pour ce qui va se passer ?D’ici peu, on risque de voir une « Somalie-sur-le Nil » pour le grand bonheur des gens du Hamas (filiale palestinienne des Frères musulmans égyptiens). Avec le cortège d’actions connues dont la principale … l’aide de la communauté internationale. Et naturellement, le dernier G8 a promis  une  aide  de    20 Milliards de $ que notre président (Cannes, 3 novembre) voudrait augmenter d’autant. Heureusement la crise de l’euro retarde l’aide promise …

 

Alors …si pendant le soulèvement contre Moubarak aucun slogan anti-américain, anti-occidental ou, même, anti-israélien ne fleurissait Place Tahrir, les choses on bien changé depuis : l’influence des Frères Musulmans se fait sentir de plus en plus et de jour en jour (destruction d’églises coptes, reprise des vociférations anti-israéliennes, promesses d’aide au Hamas). Et ce qui ne ment pas c’est les affirmations répétées, aujourd’hui faisant florès, de la « classe politique » égyptienne selon lesquelles le traité de paix avec Israël (qui tient depuis plus de trente années) devrait être soit dénoncé soit, au minimum, revu. Avis à tous ceux qui demandaient (demandent) à Israël de « prendre des risques pour la paix »

 

ooooo

 

Trois pays, trois « révolutions démocratiques » tous, maintenant, avec des gouvernements islamistes. Comme on sait (Bernard Lewis l’a démontré depuis longtemps) que l’islam et la démocratie en font deux, il n’y a pas grand risque de se tromper si l’on escompte une régression majeure dans le développement des trois pays. La chape de l’islam se remettra en place comme avant les dictatures de Ben Ali, du colonel fou ou de Moubarak, pour la grande satisfaction de nos amis de l’Arabie Saoudite ou de nos ennemis perses.

 

Et ça continuera car l’Afrique Noire n’est pas encore tout à fait conquise par l’islam. Mais faisons confiance à l’Occident, il aidera comme il pourra, comme il l’a fait pour les musulmans de Nigéria contre les chrétiens de là-bas ou comme il l’a fait pour la victoire du musulman Ouattara contre le chrétien Gbagbo en Côte d’Ivoire. A part leur religion, l’un ne valait pas plus que l’autre …

 

Et ça continuera car l’Europe n’est pas encore conquise mais les demandes d’avoir la charia comme loi dans certaines villes, cités ou banlieues se multiplient, comme d’imposer la construction de mosquées au coût de contribuables, comme d’imposer les restrictions du halal dans les cantines des écoles de la république, comme … en Grenade, Espagne, que les musulmans de l’endroit réclament comme leur territoire.

 

 

 

1 « Une force politique non séculaire mais qui doit faire partie du paysage politique égyptien » (Ph. Crowley, porte parole de la Maison Blanche).

La France ne pouvait pas être en reste : Alain Juppé fait un saut au Caire et déclare « Le dialogue que j'ai eu avec l'ensemble de cette délégation, et en particulier avec les membres des Frères musulmans, a été intéressant, et m'a permis de bien mesurer que la présentation qui est faite parfois de ce mouvement mérite d'être éclairée et approfondie »

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