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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 08:20

La guerre qui devait durer trois jours dure depuis trois mois. C’est, je crois, le moment de crayonner les perspectives possibles pour son éventuelle fin en regardant, pour commencer, où nous en sommes aujourd’hui.

Trois mois et ça continue. L’armée russe est en train de connaître un fiasco militaire et moral en Ukraine. Mal dirigés, mal approvisionnés, mal motivés et mal équipés, les soldats échouent face à un ennemi considéré comme beaucoup plus faible. Ils ont dû se retirer de leurs positions près de la capitale de Kiev. Ils viennent de se retirer des environs de Kharkiv, deuxième ville de l’Ukraine et ont laissé l’armée ukrainienne arriver à la frontière des deux Etats. Et ce qui avait été prévu comme blitzkrieg s’est transformé en une guerre d’usure. Car l’armée russe s’est découverte être une armée « Potemkine ». Les causes ? La corruption systémique et le mensonge aux dirigeants civils et militaires qui est l’état normal des affaires dans une autocratie kleptocratique. Des équipements essentiels ont été volés, vendus ou tout simplement jamais fournis. La dictature de M. Poutine avait rétabli et réaffirmé les traditions soviétiques de ne jamais prendre d’initiative, d’attendre toujours les ordres, de faire le moins possible pour satisfaire les chefs et de ne pas prendre de responsabilités. L’obéissance et l’évitement des responsabilités sont allés si loin que, confrontés à des défenseurs ukrainiens acharnés et à des problèmes logistiques et toute sortes d’autres imprévus, les soldats et les commandants russes se sont retrouvés incapables de réagir.

Avant d’essayer de crayonner un avenir probable pour ce qui se passe en Ukraine (et en Europe), il me semble utile de faire le point sur la situation actuelle. Comme toujours, regardons les chiffres :

Que comprend-on quand on compare le total des pertes (24.02 – 17/05, colonne 17.05) avec les pertes du dernier des trois mois de la guerre (colonne ∆/30j.? L’armée russe perd deux types d’équipements (les tanks et les drones) en nombre plus important que la moyenne des pertes depuis le commencement de la guerre. Les pertes des systèmes d’artillerie, les véhicules blindés, les véhicules divers sont quasi constantes tandis que beaucoup moins d’avions sont perdus. En clair (i) l’aviation russe n’est plus autant active car elle n’a pas la maitrise du ciel (qui semble être celle de l’Ukraine, avions, missiles Stinger, S-300), (ii) les diverses tentatives d’offensives pour conquérir du territoire utilisent toujours des tanks, cibles préférées des drones ukrainiens et des missiles anti-char (Javelin, NFL, Panzerfaust, et même Milan !) et (iii) l’utilisation des missiles de croisière (comptez 1,5 millions de $ l’exemplaire…) et de l’artillerie lourde conduit à la destruction systématique d’infrastructures immobilières sans faire de différence entre théâtres, hôpitaux, écoles, musées, immeubles administratifs ou d’habitation. Ce qui permet à l’armée russe de réduire ses pertes en soldats car ayant vu se réduire (morts, blessés, etc.,) ses forces de 25 à 30% des effectifs initiaux, elle se retire de certaines zones car incapable de maintenir sa présence (autour de Kharkiv, par exemple, où ne pouvant pas résister à une contre-offensive ukrainienne elle s’est retirée derrière la frontière des deux Etats !). Mais ce qui résulte, aussi, de la comparaison évoquée, c’est que tant que l’Ukraine est assurée d’une fourniture suffisante d’armes par les pays qui se sont déclarés solidaires d’elle, le poids de l’incertitude concernant l’issue du conflit pèse sur la capacité de la Russie de faire face à ce qui lui serait nécessaire pour continuer la guerre. Mais là …

« Les fabricants d’équipements russes relativement high-tech, qui ont travaillé en coopération avec des fournisseurs mondiaux et des entreprises technologiques mondiales souffriront le plus. Cela ne se fera pas rapidement, mais toute l’industrie liée aux équipements pétroliers et gaziers suivra également cette tendance.

Il y a beaucoup de composants importés et les fournitures de la Chine ne pourront pas tout remplacer, parce que l’équipement de haute technologie le plus avancé pour l’industrie pétrolière et gazière a été entièrement importé ou contenait une proportion très élevée de composants importés.

Je crois que beaucoup de gens seraient surpris d’apprendre que nous cultivons même des pommes de terre à partir de semences importées. E. Zubarewich, Professeur Economie Université de Moscou (Memri, 18.04.22).

Les sanctions économiques imposées au pays à la suite de son invasion ont eu déjà des effets dévastateurs, susceptibles d’être ressentis par les citoyens russes pour les décennies à venir, selon un rapport du 14 mars de la CNBC (www.cnbc.com). Selon ce rapport l’économie russe pourrait reculer de 30 ans au fur et à mesure que le rouble russe s’effondrerait (maintenu aujourd’hui artificiellement car, pratiquement, non convertible), certains estimant que le niveau de vie de la Russie pourrait être abaissé sérieusement pour les cinq prochaines années. Le tout conduisant à un décrochage total des perspectives russes et ukrainienne. Les Russes disent approuver la guerre dans les sondages, mais ils ne font rien en tant que citoyens pour aider leur pays à la gagner car ils la considèrent dans leur for intérieur, injustifiée. La société civile russe, telle que    M. Poutine l’a amenée à être, est largement, sans doute, contre l’injuste d’agression par lui décidée. Lorsque l’Ukraine émergera de la guerre défensive avec une société civile renforcée, la Russie sera plongée de plus en plus profondément dans l’abîme d’un régime autocratique. Les Ukrainiens apprennent qu’il faut se réunir en tant que citoyens pour résoudre les problèmes concernant l’intérêt supérieur du pays et que cela mène au succès. Les Russes constateront qu’il n’y a pas de grand bien dans une dictature diabolique et que le fait de s’unir en tant que citoyens mène à la prison ou pire encore.

Un mot encore. Les soucis de la Russie ne font que commencer. Economie fondée, essentiellement, par l’exploitation de ressources naturelles (pétrole, gaz, charbon, métaux rares, etc.,) elle est, cependant, d’une complexité plus grande que celles des pays occidentaux : important l’essentiel des produits high-tech nécessaires pour l’armement, par exemple, ou pour les voitures ou 70% des produits alimentaires (?!) l’économie russe est structurellement complexe. C’est le moment de se souvenir de Sénèque (1er siècle ap. JC) qui avait énoncé un concept valide pour nos jours. On le comprend en regardant la « courbe de Sénèque » qui dit « un système de plus en plus complexe se développe lentement dans le temps mais si des facteurs perturbateurs importants interviennent il va décliner à grande vitesse ».

L’économie russe qui, depuis le changement de régime, s’est développée constamment, va se voir (en partie) détruite d’une manière rapide suite à ce qu’elle endure, suite aux sanctions et aux pertes subies à partir de l’agression dictée par M. Poutine. C’est écrit sur les murs !

Bon, militairement et économiquement les choses ne se passent pas bien pour la Russie. Que faut-il en conclure ?

La raison nous commande d’accepter qu’il n’y a que trois perspectives possibles pour ce que l’on constate aujourd’hui : (a) la Russie gagne la guerre, (b) la Russie perd la guerre, (c) la Russie (et l’Ukraine) acceptent un « pat » (référence échecs) :

 

  1. Rien ne peut faire croire à une telle éventualité mais, n’insultons pas l’avenir. Sortie exsangue de cette guerre, la Russie (surtout si M. Poutine reste en place jusqu’en 2036, comme la nouvelle constitution lui en donne le droit) n’aura de hâte que de pousser ses avantages : un climat de guerre (froide ? chaude ?) prenant comme otages les pays baltes, la Pologne ou la Roumanie, imposant à l’Europe (avec l’accord tacite de ses dirigeants, surtout allemands et français) un climat guerrier et utilisant tous les moyens possibles pour des chantages économiques (énergie, matières premières, import/export, etc.,). Mais, d’un autre coté, occuper l’Ukraine lui demandera des ressources (personnel, équipements, armement, etc.,) dont elle ne dispose (et ne disposera) pas. Et si elle continue, comme aujourd’hui, de transformer les villes de l’Ukraine en désert, elle ne trouvera même pas la possibilité d’y rester. Le « génocide » qui s’ensuivra, car il y a quand même plus de 40 millions d’ukrainiens, ne pourra jamais être « digéré » par les 145 millions de russes qui seront réduits à vivre comme leurs grands-parents pendant la deuxième guerre mondiale, Bien sûr, le chantage nucléaire (déjà annoncé par M. Poutine et M. Lavrov) face à une Europe dont les penchants « munichois » se manifestent chaque fois qu’un danger sérieux se profile à l’horizon a de quoi, naturellement, nous faire peur : vivre en Europe sous la menace nucléaire d’une Russie aux abois, ce ne sera pas une partie de plaisir. Et espérer qu’une Europe armée militairement pourra s’opposer, frontalement, aux 6.000 engins nucléaires russes (auxquels on oppose, aujourd’hui, les 300 français) c’est prendre des vessies pour des lanternes, n’est-ce-pas ?
  2. L’éventualité d’une perte de la guerre pour la Russie, curieusement, semble faire plus peur en Europe que celle de la trouver victorieuse. Mais rappelons-nous que M. Poutine a mal jugé l’état du pays qu’il agressait : il n’attendait pas d’être libéré par les soldats russes. Tant que la Russie sera considérée, à juste titre, comme ayant agressé un pays qui ne la provoquait pas, un voisin pacifique, lui infligeant des souffrances humanitaires massives et de nombreux crimes de guerre, l’indignation (presque) universelle sera un obstacle à toute politique étrangère russe à l’avenir, qui essayera de revenir à une forme, disons, d’impérialisme au moins visant l’horizon géographique proche. Et, ce que l’on voit déjà, la destruction de toute approche démocratique pour la société civile russe dans le cadre d’une économie de subsistance d’une effrayante permanence. Certes, il lui restera l’éventuelle aide des pays comme la Chine ou les « non-alignés » (Inde, Pakistan, Égypte, Brésil). L’Europe ? Elle était convaincue, au départ, que la guerre allait se terminer rapidement, avec une frappe foudroyante qui décapiterait le gouvernement ukrainien ou le ferait capituler, après quoi Moscou imposerait la neutralité à l’Ukraine ou établirait une suzeraineté russe sur le pays. Une violence minimale aurait conduit à des sanctions minimales pour montrer que l’Europe n’accepte pas le changement des frontières par la violence. Mais les choses s’étant mal passées pour la Russie, avec le courage que lui inspire une certaine pusillanimité, l’Europe s’est trouvé, tout d’un coup, prête à faire front au crime de         M. Poutine. Tout en se disant, face à cette éventualité (esprit de Munich) avec en pointe, Olaf Scholz et Emanuel Macron, qui (on se demande pourquoi) promeuvent une attitude, coute que coute, qui vise à sauver la face de M. Poutine que les choses s’arrangeront. Pour ne pas humilier ni la Russie ni M. Poutine. Qui n’en a pas besoin, qui s’en fout comme d’une guigne de ce que ses deux défenseurs lui proposent. Et que l’Ukraine, par la bouche de V. Zelelenski reprouve ouvertement : « Macron voulait voir des résultats dans la médiation entre nous. Il ne les a pas trouvés de notre côté. Il ne les a pas obtenus de la Fédération de Russie et m’a suggéré certaines choses liées aux concessions sur notre souveraineté afin d’aider Poutine à sauver sa face. Je ne pense pas que ce soit très correct. Nous ne sommes pas prêts à aider quelqu’un à sauver quelque chose et à perdre nos territoires pour cela. » (VZ – interview avec RAI-Italie, Interfax-Ukraine 13.05.22)
  3. Trouver les éléments possibles pour un « pat » ? Les difficultés majeures évoquées auxquelles la Russie aura à faire face pourraient dicter à M. Poutine soit (x) de clamer « victoire » en annexant les deux républiques fantoches du Donbass » et en décrétant un cessez-le-feu que l’Ukraine pourrait accepter, détruite à moitié (ou à trois-quarts) comme elle est, soit (xx) « céder » à l’insistance de multiples intervenants et faire une pause pour retrouver des ressources pour continuer la guerre. Tout en menaçant d’utiliser des armements dont personne ne dispose (comme il le dit à répétition).

 

 

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 11:26
La guerre continue, les dirigeants du monde (G7 et/ou autres) s’agitent beaucoup mais  sans résultats visibles, on nous fait croire que les « canaux diplomatiques » sont ouverts et que, par exemple, notre Président parle -constamment- à M. Poutine. Pourquoi faire ?
Il m’a paru intéressant de mettre sur le blog un article du Dr. A. Motyl, Prof Universitaire américain, spécialiste de l’Ukraine et de la Russie.

 

Comment l’Ukraine peut-elle « parler » avec la Russie alors que l’objectif de Poutine semble être de s’assurer que l’Ukraine n’existe pas? Imaginez que nous sommes en 1944 en Europe, et un dirigeant allié dit ce qui suit : «Nous aurons une paix à bâtir demain, n’oublions jamais cela. Nous devrons le faire avec les Juifs et les Allemands autour de la table. La fin de la discussion et de la négociation sera fixée par les Juifs et les Allemands eux-mêmes. Mais cela ne se fera pas dans le déni, ni dans l’exclusion les uns des autres, ni même dans l’humiliation. »

Je suppose que la plupart des gens conviendront que la proposition est absurde, obscène et vouée à l’échec. Comment Adolf Hitler et un représentant de la communauté juive pourraient-ils parler de quoi que ce soit? Hitler est déterminé à anéantir les Juifs, et les Juifs veulent survivre. Une réunion des esprits est impossible dans de telles conditions à somme nulle.

Remplacez les Juifs par l’Ukraine et les Allemands par la Russie, et vous aurez la déclaration faite par le président français Emmanuel Macron à Strasbourg le 9 mai. Bien que le génocide russe en Ukraine soit loin d’être aussi destructeur que l’Holocauste, après tout, la guerre ne dure que depuis trois mois — la logique de la négociation est identique dans les deux cas. Tout comme les Juifs ne pouvaient négocier avec les Allemands qu’après la défaite, les excuses et la renonciation de ces derniers à l’antisémitisme et au nazisme, l’Ukraine ne peut négocier avec la Russie qu’après sa défaite, ses excuses et sa renonciation à l’anti-ukrainisme et au nazisme.

Jusqu’à ce que cela se produise, la Russie de Poutine restera un État fasciste, voyou, déterminé à détruire l’Ukraine et les Ukrainiens et à étendre son empire à toutes les nations contrôlées auparavant par la Russie soviétique. Comme un député du Conseil Municipal de Moscou l’a récemment dit, la Russie doit « dénazifier » aussi l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Moldavie et le Kazakhstan.

Les décideurs russes ont répété à maintes reprises que l’Ukraine est une construction artificielle et que les Ukrainiens n’existent pas. Un député de la Douma a déclaré que « la notion même de l’Ukraine ne devrait pas exister à l’avenir ». Il dit que ses opinions sont « radicales », alors qu’en fait, elles sont répandues dans la Russie d’aujourd’hui. Ainsi, la maison d’édition éducative « Lumières» a ordonné à ses employés de supprimer les  références à l’Ukraine et à Kiev des textes parce que, pour reprendre les mots d’un éditeur, «nous devons faire croire que l’Ukraine n’existe pas». Et, il y a quelques semaines, un publiciste russe a proposé un plan détaillé de l’extermination de la nation ukrainienne.

Des soldats russes ont tué, violé et pillé, commettant ainsi de multiples crimes de guerre. En même temps, les Russes ont détruit et pillé près de 200 sites du patrimoine culturel ukrainien. Deux exemples : un musée dédié au philosophe ukrainien du XVIIIe siècle, Hryhory Skovoroda, a été bombardé au début de mai ; quelques jours plus tard, une cache d’anciens bijoux et objets en or scythe a été volée dans un musée à Melitopol.

Des dizaines de milliers de civils ukrainiens ont été tués à Marioupol; des milliers d’autres sont morts dans d’autres villages, villes et villes ukrainiens. Des centaines de milliers de personnes ont été « nettoyées ethniquement » et expulsées de force vers la Russie. Des milliers d’enfants ont été enlevés.

Les actions de la Russie aujourd’hui ne sont guère différentes de celles du début des années 1930, lorsque Moscou a lancé une campagne anti-ukrainienne reconnue comme un génocide par Rafael Lemkin, l’érudit judéo-polonais qui a inventé le terme. À l’époque comme aujourd’hui, Moscou visait à détruire physiquement les Ukrainiens ainsi que leur « tradition, traditions et musique folkloriques, la langue et la littérature nationales, l’esprit national ». Alors comme maintenant, si les plans de Moscou réussissent, « l’Ukraine sera aussi morte » — pour citer Lemkin - «comme si tous les Ukrainiens avaient été tués, car elle aura perdu cette partie qui a gardé et développé sa culture, ses croyances, ses idées communes, qui l’ont guidée et qui lui ont donné une âme, qui, en somme, en a fait une nation plutôt qu’une masse de personnes. »

Compte tenu des objectifs clairement génocidaires de Poutine en Ukraine, de quoi les Ukrainiens et les Russes sont-ils censés parler? En effet, de quoi le Président Macron ou ses homologues occidentaux pourraient-ils parler avec Poutine? Du nombre d’Ukrainiens qu’il devrait tuer? Le nombre de missiles qu’il devrait abattre sur les villes ukrainiennes? Le rythme du génocide? La construction de ghettos?

Tout comme Hitler, Poutine doit d’abord être vaincu et son pays doit être débaptisé avant qu’un dialogue raisonnable puisse avoir lieu entre la Russie et l’Ukraine, ainsi qu’entre la Russie et l’Occident. Cela ne signifie pas que la diplomatie doit cesser : des miracles se produisent. La défaite ne signifie pas non plus l’effondrement ou la destruction de la Russie. Mais cela signifie, au minimum, le retrait de la Russie de l’Ukraine et, sans doute plus important, le départ de Poutine. L’Occident ne devrait pas se faire d’illusions la Russie demeurera une menace pour la paix mondiale, et la reprise de la guerre -avec l’Ukraine ou avec d’autres États post-soviétiques - sera presque inévitable. La présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, avait tout à fait raison de dire que la Russie « est aujourd’hui la menace la plus directe pour l’ordre mondial ».

Elle aurait pu ajouter qu’elle le restera tant que Poutine restera au pouvoir. Ce n’est qu’après son départ qu’il sera possible, comme le recommande un commentateur russe, pour la Russie « d’admettre sa défaite, de conclure la paix et de passer aux réformes dès que possible ».

 

Par Alexander Motyl (https://www.19fortyfive.com/2022/05/putins-russia-has-one-goal-to-ensure-ukraine-doesnt-exist) - traduction MB/Reverso

Dr. Alexander Motyl is a professor of political science at Rutgers-Newark. A specialist on Ukraine, Russia, and the USSR, and on nationalism, revolutions, empires, and theory, he is the author of 10 books of nonfiction, including Pidsumky imperii (2009); Puti imperii (2004); Imperial Ends: The Decay, Collapse, and Revival of Empires (2001); Revolutions, Nations, Empires: Conceptual Limits and Theoretical Possibilities (1999); Dilemmas of Independence: Ukraine after Totalitarianism (1993); and The Turn to the Right: The Ideological Origins and Development of Ukrainian Nationalism, 1919–1929 (1980); the editor of 15 volumes, including The Encyclopedia of Nationalism (2000) and The Holodomor Reader (2012); and a contributor of dozens of articles to academic and policy journals, newspaper op-ed pages, and magazines. He also has a weekly blog, “Ukraine’s Orange Blues.”

 

 

 

 

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 08:33

L’Ukraine, encore et encore. D’autant plus que, curieusement, on commence à afficher une sorte de peur concernant l'éventualité non pas que M. Poutine perde sa guerre mais que M. Zelenski gagne la sienne. Ou que l’on arrive à une sorte de « pat » que les joueurs d’échecs redoutent car il laisse les choses non définies. Mais il n’y a pas que l’Ukraine. Il y a eu l’élection de notre Président (qui en doutait ?) et on attend avec la même fièvre fictive la nomination de M. Mélenchon comme premier ministre. Franchement, vraiment, comment peut-il y croire ? Et aussi les 74 ans d’Israël.

Il n’empêche nous sommes au seuil de 75 jours de guerre. En ce n’est pas fini. Mais on peut regarder de près ce qui se passe.

Et ça continue. Les changements sont plus lents, on a le sentiment que les besoins de l’armée russe (effectifs, systèmes d’armes, munitions, logistique, etc.,) sont tellement difficilement vite reconstituables que cela se ressente dans son manque de progrès sur la nouvelle cible : la conquête intégrale du Donbass.J’ai trouvé intéressant de regarder non seulement les pertes totales de l’armée russe depuis le 24 février mais aussi celles, incluses, des 20 derniers jours en me disant que l’on devrait ainsi comprendre mieux ce qui se passe. Regardez le tableau suivant :

Il nous permet de constater que (a) la perte des tanks (colonne 1) est supérieure pendant les 20 derniers jours (17,5/j) à la moyenne depuis le 24 février (15,4/j) ce qui est le cas aussi pour les drones (9,7/j vs 4,7/j). Autant dire que les outils que les ukrainiens utilisent (fusées anti-char et armes anti-air) sont d’une efficacité remarquable à laquelle l’armée russe n’a pas encore trouver parade. Et quand on sait qu’un char russe vaut de 3 à 5 millions de $ … (www.pourleco.com). Comme elle n’a pas trouvé parade contre les missiles anti-bateaux NEPTUNE qui ont réussi deux exploits : faire couler le navire amiral Moskva (un de deux exemplaires de la flotte russe) et la frégate Amiral Makarov (un des trois bâtiments identiques de la flotte russe). On ne sait pas combien de marins en sont morts ou disparus mais cela doit être une saignée à laquelle la marine russe (première ? deuxième ? du monde ?) ne s’attendait pas.

Quant à la perte de 199 avions (bombardiers, avions de chasse, etc.,) on reste pantois comprenant que l’armée russe n’a toujours pas acquis la maîtrise de l’air au dessus des champs de bataille. Peut-être une des raisons pour lesquelles elle s’adonne à la destruction des infrastructures immobilières et/ou logistiques visant à mettre à terre les villes des frères de sang mais « qui se sont laissé nazifier ». On peut, raisonnablement, inférer que M. Poutine ne doit pas être heureux quand il apprend le nombre de généraux tués (de 8 à 12 selon les sources) ou celui des officiers supérieurs (plus de 300) par delà les pertes de matériels et des effectifs. Car la perte de généraux et d’officiers supérieurs en dit long sur le fonctionnement effectif de cette armée considérée jusqu’à hier comme la deuxième armée du monde.

 Est-ce ce qu’on peut conclure de la photo publiée il y a six jours ?

Apparemment, oui : agrippé à la petite table VVP regarde et écoute son Ministre de la Défense (regardez comme il est assis sur son fauteuil…) qui lui dit, probablement, que les choses ne vont pas bien.

Eh, oui, les choses vont vraiment mal : en se retirant du Nord (Kiev), en avalant l’échec de 45 jours de guerre, l’armée russe s’est regroupée au Sud Est pour conquérir le Donbass. Mais ça empire : « La contre-offensive ukrainienne au nord et à l’est de la ville de Kharkiv a obtenu de nouveaux gains au cours des dernières 24 heures et pourrait pousser avec succès les forces russes hors de portée de l’artillerie de Kharkiv dans les prochains jours. Les forces ukrainiennes ont capturé plusieurs colonies au nord et à l’est de Kharkiv au cours des dernières 24 heures, réduisant la capacité des forces russes de menacer la deuxième plus grande ville d’Ukraine. Cette opération ukrainienne se transforme en une contre-offensive réussie et plus large » (ISW – https://www.understandingwar.org, 06.05.22). Effectivement, les forces russes n’ont fait aucun progrès sur l’axe d’Izyum mais ont poursuivi des opérations offensives inefficaces dans les oblasts de Kharkiv, Donetsk et Lougansk sans obtenir de gains territoriaux significatifs au cours des dernières 24 heures. Autant dire, les choses vont très mal.

Quant au front intérieur russe, les sanctions commencent à mordre l’économie : avec une baisse de l’export des produits d’énergie due aux sanctions, la Russie pourrait bientôt devoir commencer à fermer des puits de pétrole parce qu’elle manque d’espace de stockage, et que le nouvelles installations construites à la hâte ne sont pas encore disponibles.

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, les sanctions occidentales pourraient réduire les exportations russes de quelque 3 millions de barils par jour ce trimestre ce qui, fait dire à M. Barkindo (Secrétaire Général OPEC- Vienne) « Nous pourrions potentiellement voir la perte de plus de 7 millions de barils par jour (bpj) des exportations russes de pétrole et d’autres liquides, résultant des sanctions actuelles et futures ou d’autres mesures volontaires » Soit quelques 700 millions de $/jour de manque d’entrées pour l’économie russe, équivalent à env. 60% du volume total des exports. Effectivement, M. Poutine peut commencer à se faire des cheveux (bien qu’il n’en ait plus beaucoup).

Alors ? Comment arrêter la marche vers une fin apocalyptique (si M. Poutine se résout à utiliser une arme nucléaire) ? Même le Pape a renoncé : LE PAPE : Corriere del Sera 04.05.22 « D’abord je dois aller à Moscou, d’abord je dois rencontrer Poutine (…). Je fais ce que je peux. Si Poutine ouvrait la porte… » Lui-même en tout cas la maintient grande ouverte, quitte à reprendre certains des griefs nourris par Moscou quant aux causes de la guerre lorsqu’il mentionne « les aboiements de l’OTAN à la porte de la Russie », qui auraient pu pousser le pouvoir russe « à mal réagir et à déclencher le conflit » – « une colèreajoute-t-il, dont je ne sais dire si elle a été provoquée, mais peut-être facilitée » Bon, on savait bien que ce Pape inclinait vers la gauche mais on ne pensait pas qu’il inclinait vers l’Est aussi. Appréciez le langage utilisé, il en dit des tonnes.

Puisqu’il s’agit d’un pot pourri, laissons un peu de côté l’Ukraine : Israël vient de fêter son 74ème anniversaire et fait montre, sans honte, d’une situation insolente démographique, économique et géopolitique singulière dans le sein de l’OCDE : sous-emploi moins de 4%, ∆PIB=5,1% pour 2022 après 7,1% en 2021, PIB/habitant=43.466 € dépassant celui de l’Italie et celui de la France (countryeconomy.com). Certes, les attentas terroristes continuent, comme on continue de prétendre qu’Israël veut détruire la mosquée du Mont du Temple (même le roi de Jordanie se dit préoccupé, lui dont le trône est en réalité garanti par Israël devant les tentatives de la Syrie, de l’Irak ou même des palestiniens à le faire sauter). Et on prétend que les israéliens qui vont sur l’Esplanade de mosquée « souillent » l’endroit (Bisher Khasawneh, Premier Ministre Jordanien, 18.04.22).

Qui « souille » quoi ?

Et pendant que l’on déprime un peu partout dans le monde, la startup nation continue à innover pour son bien ou celui de tous. Deux exemples :

- une révolution pour l’éclairage des villes y compris abris de pluie et de soleil

- une révolution dans la défense contre des projectiles (mortier, fusées, drones, etc.,) – les intercepteurs du Dôme de Fer coûtent dans les 50.000$, la destruction par faisceau Laser de petits objets revient à 3,50 $ ! Un vrai « game changer »

Mais quelque chose est en train de changer, quand même : le sultan d’Ankara a entrepris sa marche à Canossa, car il s’est rendu compte qu’après avoir attaqué au vitriol Israël (comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats) il s’est trouvé exclu des deux nouvelles alliances : Grèce-Israël-Egypte (gaz et pétrole) en Méditerranée et Israël-Egypte-UAE, itou pour ne pas parler des accords Abraham quand il a menacé les Emirats Arabes de rompre les relations diplomatiques. Et, façon danse du ventre, il est passé d’appeler en mai 2021 Israël d’État terroriste cruel (JP 05.05.22) à souhaiter le bien-être et la prospérité de son peuple en mai 2022 (idem).  Qui veut que les résidents d’un      « État terroriste cruel » se portent bien et prospèrent ? Curieux, non ?

Mais pourquoi s’occuper d’Erdogan ? En France, notre Président a transmis ses vœux à Israël d’une manière vraiment chaleureuse, personnelle et diplomatique https://youtu.be/ivdbcEot7GU?t=63. Naturellement, vous le ne l’apprendrez pas des médias français : aucun n’a repris le texte du Président et peu ont annoncé l’évènement. Pourquoi ?

Parce que depuis la fin des années 1980, toute la vie politique française repose sur une fiction. En France, quiconque s’oppose à l’establishment progressiste, quiconque s’oppose à la politique d’immigration, quiconque critique, disons, la violence - ou la suppression de la liberté d’expression des femmes - dans l’islam, quiconque parle en bien d’Israël, est considéré comme l’équivalent du neveu d’Adolf Hitler. Et comme dans le clip du Président il dit et veut du bien à Israël …

 

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30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 20:03

Nous voilà au troisième mois de la guerre en Ukraine, en train d’observer une situation totalement différente de ce que M. Poutine annonçait le 24 février en lançant son « opération militaire spéciale » visant à libérer le peuple frère ukrainien de la main mise sur son destin d’une bande de toxicomanes nazis, certains juifs de surcroît, en 3 ou 4 jours. Nous avons eu droit à tout : de la paranoïa, de la folie furieuse, du manque d’informations réelles, pour l’impétrant - une certaine culpabilité de l’Occident/OTAN pour nos bien-pensants et dernièrement « une affaire entre les Etats Unis et la Russie en Ukraine interposée » à laquelle l’Europe devrait faire attention et trouver une solution qui convienne à M. Poutine. En clair, lui donner ce qu’il demande et faire taire l’Ukraine dont le PIB aura été réduit de moitié cette année et dont les structures industrielles, immobilières, de transport ont été systématiquement détruites par une armée russe dont le plan de bataille se résume à « raser les villes, torturer, violer, tuer les habitants et occuper ensuite » Et comme plusieurs fois le siècle dernier, les Etats Unis habitués à venir en aide à l’Europe, tout en étant ceux qui vont accorder une aide pratiquement illimité à l’Ukraine, sont, déjà, accusés d’être en train de se livrer - somme toute – à une confrontation avec la Russie dont l’Ukraine et l’Europe auront à supporter les conséquences.

 

Il me semble que l’on devrait regarder de plus près les tenants et aboutissants de ce à quoi nous assistons. Au moins pour le moment.

 

On vient d’entrer dans le troisième mois d’une guerre qui aurait dû durer, selon son initiateur, « 3 à 4 jours ». Les commentateurs des radios et des TV commencent à nous fatiguer à force de dire les mêmes choses car clairement leur connaissance de la chose guerrière ou de la situation réelle du champ de bataille est nulle. Cela, surtout après qu’avec une unanimité, que personne n’avait mis en cause, pendant les trois mois avant le déclenchement de la guerre, ils avaient contesté la réalité de la menace formulée avec assiduité par M. Poutine. Unanimité ? Non, seuls les Etats Unis s'évertuaient à dire le contraire au grand dam des « sachants » qui les traitaient de va-t-en-guerre. Pas seulement les commentateurs mais aussi des dirigeants éclairés de l’Europe. Je ne citerai pas de noms…

Les historiens, si toutefois la planète restera ce qu’elle est, étudieront le comment, le pourquoi, le quand de ce à quoi nous assistons. Entre temps, les « influenceurs » en répétant ce qu’ils disent depuis que l’on a constaté qu’ils se sont trompés, avec la même unanimité instillent deux idées de force : (a) Poutine est coupable mais il faut trouver une solution pour qu’il s’en sorte honorablement et (b) il ne faut pas oublier que l’OTAN (donc l’Ouest) y est pour quelque chose dans la « réaction » de la Russie. Et avec cela, une conclusion qui s’est déjà installée : l’Ukraine c’est une confrontation entre la Russie et les Etats Unis, et cela nous dépasse. Je laisse de coté, tout en le rappelant, que chaque fois qu’il y a eu une guerre en Europe (pas civile) on a eu besoin de faire venir l’Amérique : 14-18, 39-45 et la dernière fois en 1999 en Serbie.

Pour ce qui est de (a) on voit « l’esprit de Munich » à l’œuvre. C’est dommage, surtout en France, notre pays ayant oublié qu’il y a belle lurette qu’il n’a plus gagné une guerre, la dernière qui ne disait pas son nom, au Mali, ne faisant pas exception. Quant à la 2ème guerre mondiale c’est le génie du Général qui, avec l’aide de Churchill qui aimait la France comme son pays, et la complicité de Roosevelt, nous avait persuadés d’avoir été parmi les gagnants. Pour ce qui est de (b) ce n’est que l’ignorance de ceux qui promeuvent un mensonge qui, répété ad nauseam depuis vingt ans devrait devenir vérité d’Evangile. Car à aucun moment, aucun Président des Etats Unis ou de France ou Premier Ministre Anglais, Canadien ou autre n’a fait une déclaration/promesse y correspondant. En revanche, le fameux Mémorandum de Budapest, signé en 1994, qui garantissait la sécurité de l’Ukraine qui renonçait à son armement nucléaire est violé, d’évidence, par la Russie. Avez-vous déjà entendu Poutine ou l’Occident le mentionner ? Bien sûr que non. La raison ? Pour Poutine qui ment comme il respire, aucune raison de l’évoquer. Pour les Biden, Johnson, Macron, Borell, Scholz - le mentionner demanderait soit la solidarité économique/militaire avec l’Ukraine soit l’admission de leur irresponsable couardise complice de Poutine (MB). Mais, les deux idées devenues les vulgates du moment ont, en réalité, volens nolens, une raison majeure : occulter le fait que ce qui arrive est, principalement, la faute de l’Europe, et surtout celle de l’Allemagne.

Suivez ma logique :

La deuxième guerre mondiale avait comme objectif, pour le Reich d’obtenir un Lebensraum et il a donné la priorité à l’Est avec le succès que l’on connaît. Fast forward – l’Allemagne, avec l’argent des Etats Unis et à l’abri de tout danger venant de l’Est, devient 40/50 ans après la 2ème guerre mondiale le pays le plus puissant de l’Europe. Elle accepte, comme partenaire, la France pour « diriger » l’Europe mais a aucun moment elle ne dévie de ce que ses intérêts lui commandent : le Lebensraum est toujours nécessaire pour le développement implacable de l’industrie allemande et le seul possible (à l’époque) c’est l’Est, la Russie. Deux Chanceliers (M.Schröder devenu VP de Gazprom et Mme Merkel) sont pendant 22 ans les meilleurs partenaires de la Russie et de M. Poutine. Si j’osais, je dirais que Mme Merkel a été le meilleur soldat de M. Poutine car, à cause d’elle, aucune action sérieuse n’a jamais été entreprise contre celui-ci pendant ses multiples écarts par rapport, par exemple, au principe de l’inviolabilité des frontières (Géorgie, Abkhasie, Ossetie, Crimée, etc.,). Malheureusement, avec la complicité de la France qui - probablement- pour garder son « rôle » de primum inter pares en Europe, nonobstant son déclin économique, social, culturel des 40 dernières années, a accepté tout ce que l’Allemagne voulait. Y compris, après 2005, le renoncement à sa souveraineté en faveur du « machin » de Bruxelles (que le Général me pardonne le plagiat). Comme tous les pays de l’Europe SAUF l’Allemagne car sa Cour Constitutionnelle a le droit à la parole et donc s’opposer à ce que Bruxelles peut décider.

Si vous avez suivi ma logique vous ne pouvez pas ne pas admettre que ce que M. Poutine a fait, il a pu le faire par la volonté de l’Allemagne : (i) l’Europe n’était personne politiquement/stratégiquement, (ii) l’OTAN en « état de mort cérébrale » aucun état ne lui payant pas 2% de son PIB, (iii) entièrement sous la mainmise de la Russie pour son énergie (50% de sa consommation de gaz, 60% pour l’Allemagne). En clair, sachant ce qui précède, M. Poutine (après le désengagement ubuesque des Etats Unis de l’Afghanistan) a, raisonnablement, considéré qu’il pouvait, sans risque, lancer son opération phare de reconstruction de l’empire russe (la Russie, disait-il, « c’est un pays et une civilisation »). En clair, il a fondé sa décision sur trois hypothèses - l’Ukraine (dirigée par « une bande de toxicomanes qui ont nazifié le pays ») ne pourra pas résister plus de 3 ou 4 jours, les pays de l’Europe ne seront pas solidaires entre eux et par rapport à l’Ukraine, des sanctions économiques n’auront que des effets mineurs (vu la prépartion russe à une telle éventualité). Et, de plus, l’Amérique du « vieillard cacochime » élu en 2020, occupée comme elle est avec le wokisme, la théorie du genre et autres ejusdem farinae se tiendra à l’écart pour s’occuper, essentiellement, de son pivot vers l’Asie, vers la Chine.

Mais la guerre c’est comme l’amour, on sait quand ça commence… et nous voilà au troisième mois quand on constate que les hypothèses de M. Poutine ont été infirmées par les faits. La Russie (x) a fait montre d’un premier échec au bout de six semaines (ne pouvant pas conquérir Kiev, retraite du Nord de l’Ukraine), (y) elle essaye (l’issue n’est pas certaine) de conquérir rapidement, complètement, les deux républiques fantoches du Donbass et (z) elle prépare des actions en vue de conquérir la totalité d’une bande de terrain au Sud, jusqu’à Odessa pour interdire à l’Ukraine l’accès à la mer Noire (interdire tout export au pays qui assure 20/25% des besoins mondiaux de céréales – blé, maïs, orge, etc.,). Et selon des informations récentes elles préparerait le terrain pour arriver en Moldavie, pays limitrophe de la Roumanie qui fait partie de l’OTAN : ayant justifié sa guerre, entre autres, par le fait que l’OTAN pouvait arriver à la frontière de la Russie, le voilà qu’il essaye, lui, d’arriver à la frontière de l’OTAN ! Comprendre qui peut.

Bon, pendant tout cela une autre discussion a lieu : l’Amérique a tort, dit-on, de prévoir des aides de 20 milliards de $ d’armement. Remarquez, la Pologne (le mal aimé de Bruxelles) a fourni pour 1,6 milliards d’euros – la France pour 100 millions d’euros (?!) et l’Allemagne des équipements et des munitions de l’Allemagne de l’Est (fabriqués des années 70 jusqu’à l’unification). Mais ce que les Etats Unis font, disent certains, en donnant la possibilité à l’Ukraine de combattre et de ne pas laisser la Russie gagner, ne fera que prolonger le conflit au désavantage du monde entier. Capito ? De nouveau l’esprit de Munich qui s’instille, insidieusement, et vas-y, il faut trouver une solution pour sauver la face de M. Poutine. Car pour l’instant, sur le champ de bataille il est plutôt mal parti.

Regardez : depuis le 24 février les russes auraient perdu 1.008 tanks, 2.445 véhicules blindés, 155 hélicoptères, 232 drones, 190 avions, 8 bateaux (dont un « amiral », joyau de la flotte russe), 27 systemes missiles sol-air. Et 2300 soldats ces dix derniers jours faisant monter leurs pertes à 23.200 morts (et, probablement au moins le double de blessés). Mais ce qui est remarquable (pas souvent remarqué) c'est que le premier fournisseur d’armement de l’Ukraine est la Russie : son armée à abandonné ou laissé l’armée ukrainienne capturer ces 10 derniers jours :

Les 20 milliards des Etats Unis ? Avant que les armements en question n’arrivent sur le front, la Russie fournit, gratuitement, à l’Ukraine, une partie de ce dont elle a besoin pour se voir interdire de gagner la guerre qu’elle a, d’une manière irresponsable, lancé le 24 février 2022.

Triste conclusion quant à l’intelligence de l’espèce humaine, non ?

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23 avril 2022 6 23 /04 /avril /2022 12:51

 Semaine de Pâques pour tous mais, la guerre de M. Poutine ne s’arrête pas bien que le Pape lui ait demandé, gentiment, une pause pour célébrer Pessah, Pâques et/ou le Ramadan. Elle ne s’arrête pas mais deux choses concomitantes ajoutent une grande inconnue quant à son devenir : l’incapacité de l’armée russe à atteindre les objectifs de guerre que M. Poutine lui a assignée, d’un côté et le réveil (un peu tardif, mais) de l’Occident qui met à la disposition de l’Ukraine, en quantités massives, les armes (légères ou lourdes, avions, tanks, radars, canons, drones…) en gros ce de quoi elle a besoin pour transformer en cauchemar le rêve russe de conquête de l’Ukraine, d'un autre côté.

 

Semaine de Pâques. Il y a 80 ans (1942) plus de 33.000 juifs furent assassinés par balles par des troupes allemandes et enterrés à Baby Yar (près de Kiev). Evgheni Evtouchenko, poète, à l’origine de la reconnaissance, 30 ans plus tard, du massacre de juifs de Baby Yar écrivait en 1961 son fameux poème (Je n’ai pas une goutte de sang juif., Mais, détesté d’une haine endurcie, je suis juif pour tout antisémite.). Reconnaissance que le régime soviétique ne voulait prononcer car il ne s’agissait que de juifs… Mais Evtouchenko a écrit, aussi :

 

Les Russes veulent-ils la guerre ?
Demandez-le au silence régnant

au-dessus des labours et des champs,
près des bouleaux et des peupliers.
Demandez-le à ces soldats
gisant sous les bouleaux,
que leurs fils vous disent
si les Russes veulent la guerre.

 

Et à la question, à caractère rhétorique, que me posent certains lecteurs, « si 83% des russes, selon une enquête d’opinion (crédible), soutiennent M. Poutine, le concept « démocratie » n’est-il pas une justification suffisante ? » je me dois de répondre : 83 % des Russes soutiennent M. Poutine ? Une seule réponse possible, celle de Vassily Grossman (Vie et Destin) « Il y a des gens dont l’âme vient de se flétrir, des gens qui sont prêts à accepter n’importe quoi de mauvais - n’importe quoi pour ne pas être soupçonnés d’être en désaccord avec celui qui est au pouvoir »

 

L’armée russe, retirée sur des positions proches de la frontière Ukraine-Russie, en pays russophone (Sud du Donbass) est en train de « déterminer les nouvelles cibles d’une offensive imminente » selon la déclaration de son commandement général. Analysant la situation, au jour le jour, ISW (Institut for the Study of the War) conclut pour le 22.04.22 « La réduction par le Kremlin du rythme des opérations à Marioupol est peu susceptible de permettre le déploiement d’une puissance de combat importante pour soutenir d’autres opérations offensives dans les jours et les semaines à venir. Les forces russes seront certainement en mesure de redéployer certaines unités de Marioupol pour des opérations offensives ailleurs, mais les forces ukrainiennes ont réussi à immobiliser et à dégrader une force russe substantielle et la déclaration de victoire du Kremlin n’a pas libéré en soi 12 BTG (Batalion Tactical Group – MB) de puissance de combat pour d’autres opérations

 

Ce qui veut dire, nonobstant les informations souvent alarmistes quant à l’impossibilité pour les ukrainiens de résister aux russes au Donbass - et, donc, à l’impossibilité de garder le territoire en Ukraine - que de surprises sont en cours de mijoter et qu’elles risquent de nous surprendre – comme le fait qu’après deux mois l’aventure de la soldatesque russe (qui devait mettre à genoux l’Ukraine en trois jours) pourrait ne pas avoir l’issue prévue par M. Poutine. Regardons la carte du Sud Est de l’Ukraine :

En résumé : les troupes russes retirées du Nord après l’échec de la conquête de Kiev + se trouvent dans le Donbass (flèches rouges - les deux républiques fantoches) mais, selon des évaluations diverses (vu qu’elles ont eu plus de 20.000 morts soit entre 40 et 60.000 soldats indisponibles sur le 150.000 qui se trouvaient derrière la frontière avant le 24.02.22) ils ne sont plus que 80 à 90.000 (y compris les éventuelles nouvelles recrues -conscrits, des syriens, des tchétchènes, des libyens). En face d’elles se trouvent (en terrain connu depuis 2014) quelques 80.000 soldats ukrainiens aguerris, fer de lance de cette armée qui surprend le monde depuis deux mois (segments bleus). « L’art de la guerre » considère qu’une armée attaquante devrait avoir trois fois plus de troupes que l’armée défendant un territoire. Autant dire que, pour l’instant, l’issue probable de la tentative de M. Poutine de conquérir le Donbass et détruire l’armée ukrainienne est loin d’être favorable à l’armée russe. Et ISW de conclure :

  • Il est peu probable que la déclaration de victoire du Kremlin à Marioupol permette le déploiement d’une puissance de combat importante pour renforcer les opérations offensives dans l’est de l’Ukraine au cours des prochains jours ou des prochaines semaines
  • Les forces russes impliquées dans la bataille de Marioupol sont probablement lourdement endommagées car les forces ukrainiennes ont réussi à immobiliser et à dégrader une force russe substantielle.
  • Les forces russes ont poursuivi leurs opérations offensives dans l’est de l’Ukraine, mais n’ont réalisé que des gains marginaux.
  • Les forces ukrainiennes ont continué de stopper les attaques russes autour d’Izyum.

 

Certes, l’armée russe continue à faire ce qu’elle fait depuis le début, à savoir utiliser l’artillerie lourde et les fusées détruisant toutes structures immobilières et rasant des villes. Remarquez, elle n’utilise plus les bombardements aériens car elle a perdu jusqu’ici 177 avions ! Quant à l’artillerie, dès que les fameux César français (canons « radarisés » pour répondre, avec précision, à tout tir de canon adverse jusqu’à 40 km !) que la France est en train de faire parvenir à l’Ukraine, la situation changera du tout au tout. Pour avoir une idée de ce que les russes ont perdu en six jours de « calme » regardez le tableau fait pour les principaux équipements (en partant de la situation au 17.04 qui indique les nombres depuis le 24.02 - j’ai laissé de coté les camions d’essence, les radars, les batteries de fusées sol-air, etc.,)

Pour avoir une idée plus précise de ce dont il est question, j’ai reproduit quatre graphiques qui couvrent les équipements de toute nature, les tanks, les avions et le bilan pertes/gains qui en résulte :

Ce qui est poignant c’est que par rapport au commencement de la guerre l’Ukraine a, aujourd’hui, plus de tanks et d’avions (la même chose est valable pour les autres équipements) car elle a récupéré les équipements abandonnés par les troupes russes en détresse ou ceux ne fonctionnant plus en les réparant car les équipements des deux armées sont, pratiquement pour l’essentiel, interchangeables puisque de même origine.

Mais pour montrer qu’elle est active, l’armée russe utilise ses missiles pour détruire également les champs où l’Ukraine produit du maïs et du blé pour le monde entier : un tiers des besoins mondiaux en céréales sont menacés. L’ONU commence à se demander ce qu’on peut encore faire pour mettre fin à ce qui sera à un désastre de la faim de dimension mondiale.

 

Monsieur Guttierez, son Secrétaire Général, aussi, va voir M. Poutine, comme auparavant MM Macron, Scholz, Erdogan, Benett et autres. En espérant un succès là où tous ceux qui ont essayé se sont trouvés devant le mur autistique d’un assassin solitaire qui veut refaire le monde à l’image de ce qu’il était il y a 40 ans. Après avoir réussi à installer un régime autoritaire mais qui a pour lui la deuxième production mondiale de pétrole et de gaz et 145 millions d’habitants qui, dit-on, à 83% supportent ses agissements. Comment est-il possible, vous demandez-vous ? J’ajoute un deuxième extrait de Vassily Grossman : « L’extrême violence des systèmes totalitaires s’est avérée capable de paralyser l’esprit humain sur des continents entiers » et j’ajouterais : notamment dans la Russie de M. Poutine ; le peuple russe est responsable d’avoir créé, pratiquement, chaque siècle un monstre. Regardez l’histoire, depuis Ivan le Terrible à nos jours, où nous avons hérité de vivre avec le dernier.

 

Pourtant, pratiquement, tout le monde en Russie doit avoir une vision suffisamment claire de la guerre et voir que c’est un désastre, que cela coûte des milliers de vies de jeunes russes, qu’elle détruit l’économie russe et poussera en pauvreté des millions, qu’elle unifie et renforce l’OTAN (le contraire de la condition avancée par la Russie pour ne pas lancer sa guerre) qui pourrait fort bien se trouver élargi, qu’il exacerbe le nationalisme ukrainien et qu’il a fait de Volodymyr Zelensky une légende. A tel point que NYT (19.04.22) publie sous la signature de Brett Stephens un texte dithyrambique à sa gloire :

 

« Nous l’admirons parce que, face à l’inégalité des chances, le président de l’Ukraine tient bon. Parce qu’il prouve la vérité de l’adage qu’un homme courageux fait la majorité. Parce qu’il montre que l’honneur et l’amour du pays sont des vertus que nous abandonnons à nos risques et périls. Parce qu’il montre le pouvoir de l’exemple personnel et de la présence physique. Parce qu’il sait comment les mots peuvent inspirer les actes — leur donner forme et but — afin que les actes puissent, à leur tour, confirmer le sens des mots. Nous admirons Zelensky parce qu’il nous rappelle à quel point ces traits sont devenus rares chez nos propres politiciens. Zelensky était un acteur qui a utilisé sa célébrité pour devenir un homme d’État. La politique occidentale est envahie par des gens qui se font passer pour des hommes d’État pour devenir des célébrités (MB).

 

Les russes. M. Poutine a réussi à ce que le monde entier les déteste comme étant des brutes désinformées et incompétentes sur la scène mondiale. Tous ceux qui ont accès à des renseignements fiables en Russie, pourtant, peuvent voir qu’une victoire éclatante pour leur pays n’est pas à portée de main, et que le scénario le plus optimiste est un scénario long, difficile et sanglant qui pourrait, éventuellement, au maximum, consolider certains gains dans l’est de l’Ukraine. La conquête de Kiev ou la division de l’Ukraine ne sont pas plausibles et encore moins réalistes. Même les serviteurs de l’Etat russe (surtout eux) ou qui travaillent dans les médias d’État, doivent commencer à se demander pourquoi cette « opération militaire spéciale » contre une bande de soi-disant nazis toxicomanes (juifs de surcroît) en est à son deuxième mois, pourquoi Kiev n’a pas été conquise et pourquoi le navire amiral le Moskva a été coulé. Même si sur les 510 marins à bord il n’y aurait eu qu’UN mort selon le ministère russe de la défense.

 

Cela étant, les ressources maléfiques de M. Poutine peuvent nous réserver d’autres surprises. Surtout si son aventure en Ukraine se solde par un échec. Il faudrait se souvenir des paroles de W. Churchill « Ce voyage étrange » est un voyage dans l’inconnu, comme toutes les guerres ». Le mieux que l’Occident puisse faire est de se préparer au pire.

 

 

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17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 08:05

Presque deux mois depuis que M Poutine a lancé la soldatesque russe dans une aventure pour laquelle toutes les hypothèses de départ (blitzkrieg de 3 jours, fuite du gouvernement du juif nazi Zelenski, « libération » souhaitée par le peuple russophone/ukrainien, conquête de Kiev immédiate, inaction des occidentaux, effets minimes d’éventuelles sanctions) se sont révélées inexactes. Et devant l’étendue de ce qui pourrait se révéler une catastrophe il ne fait qu’escalader vers des sommets qui pourraient être encore plus dangereux que ce l’on a déjà vu.

Recommençons. La guerre, commencée le 24 février pour déloger le gouvernement du « juif nazi Zelenski » de l’Ukraine devait durer trois jours, au maximum. C’était la première phase de « l’opération militaire spéciale » lancée par M. Poutine. Ne réussissant pas, elle s’est prolongée par une tentative de conquérir, sinon toute l’Ukraine, au moins sa moitié à l’Est mais y compris sa capitale, Kiev. Ne réussissant pas mieux pendant, presque trois semaines, les troupes russes faisant face à des immenses pertes de personnel et de matériel se sont retirées vers le Sud-Est pour se regrouper, réparer ce qui pouvait l’être, refaire des stocks de munitions et logistiques diverses et incorporer de nouvelles recrues, d’évidence mal formées, de la vraie « chair à canon » Un nouveau commandant a été nommé et… on attend le recommencement de la guerre, phase finale selon les stratèges en fauteuil qui sont encore éberlués par la résistance de l’armée et du peuple ukrainien. Stratèges qui devraient accepter le fait que les Ukrainiens sont maintenant les experts mondiaux de la lutte contre les Russes - pas eux. Ils ont prouvé, grâce à leurs compétences et à leurs succès, qu’ils peuvent faire beaucoup plus que ce dont on les créditait.

Bon. Pour l’instant l’invasion de l’Ukraine par la Russie stagne et ses forces se tournent vers le champ de bataille à l’Est (pour conquérir le Donbass). La guerre entre dans une nouvelle phase, que l’on considère plus dangereuse. Marioupol est l’exemple de ce que l’armée russe sait faire : une ville rasée à terre (comme Grozny, premier succès de M. Poutine), 24.000 morts (selon des données crédibles) et plus de 250.000 réfugiés ayant fuit l’endroit. Marioupol, Guernica de notre temps, nous est offert par la grâce de M. Poutine. Car la guerre en Ukraine est maintenant, sans équivoque la guerre de Poutine qu’il ne peut pas perdre, sans risquer son régime et même sa vie. Réfléchissez à la conclusion logique de ce que vous venez de lire : les combats continuant, s’il est poussé à choisir entre une retraite ignominieuse ou escalader le niveau de violence, il faudrait nous préparer au pire. Il l’a déjà dit, il a rappelé que la Russie est une puissance nucléaire.

Mais un événement d’importance insoupçonnée vient de se produire : la destruction du navire amiral Moskva par deux missiles de fabrication ukrainienne.

Pourquoi était-il vital de détruire Moskva pour la puissance aérienne ukrainienne dans le Sud et la mer Noire ? Regardez la carte :

Moskva était dotée de 64 fusées pour le système S-300, et constituait, essentiellement un atout de déni massif pour l’aviation ukrainienne dans le Sud. En clair, l’interdiction de voler dans la région ! Moskva commandait la flotte russe en Mer Noire, sa destruction (on ne sait pas exactement ce qui s’est passé avec les 510 marins à son bord…) et sa disparition empêche (a) les autres bateaux de tenter un débarquement de troupes (elles étaient préparées à cela, pour prendre Odessa, principal port de l’Ukraine en Mer Noire) et (b) empêche l’aviation russe d’évoluer sans riposte possible dans le Sud-Est de l’Ukraine qu’elle doit bombarder pour rendre possible l’occupation du Donbass par l’armée russe. La perte du navire est un coup difficile à supporter pour la Russie : Moskva a été conçu pour transporter des ogives nucléaires qui pourraient s’insérer dans le nez de ses missiles supersoniques P-1000 – conçus pour éliminer les porte-avions américains, (Dailywire.com, Sidharth Kaushal, chercheur en énergie maritime au Royal United Services Institute, un groupe de réflexion basé à Londres). « C’est important parce que pour le genre d’opération pour laquelle la flotte de la mer Noire est conçue, le Moskva a la capacité de rester en retrait et de créer une défense aérienne pour le reste de la flotte, tout en assurant le commandement et le contrôle. » Bloomberg 14.04.22

Alors ? La stratégie militaire russe prévoit aussi un autre concept : « escalader pour dé-escalader ». Malheureusement pour M. Poutine, ce concept se trouve contraire au mur (qui commence à devenir infranchissable) de la destruction de l’économie russe. L’économie russe croule sous le coût de la guerre et des sanctions : l’inflation devrait dépasser 20%, elle devrait se contracter de 11,2% cette année SI la guerre s’arrête maintenant, (Banque Mondiale, Reuters.com, 12.04.22), les actions russes négociées à Londres sont en baisse de plus de 90%. L’effet des sanctions très sévères et très globales imposées à la Russie par la plupart des grandes puissances économiques du monde ne fera qu’augmenter avec le temps. La réduction des livraisons de gaz et pétrole (3 millions de barils/jour de moins, soit plus de 200 millions de $/jour) commence à être significative). Certains analystes, prenant en charge l’hypothèse d’une guerre ne finissant pas avant la fin de l’année, tablent sur une perte de PIB de l’ordre de 50% avec une inflation, probablement, de 24%, la plus grande depuis 1999 !

Alors ? L’armée russe qui s’est révélée incompétente sur le plan tactique, peu imaginative sur le plan de la conception opérationnelle, obtuse sur le plan de la stratégie et incompétente pour la logistique et l’entretien de base ne peut faire que deux choses : utiliser l’artillerie lourde et sa puissance de feu contre les objectifs, premièrement, civils et faire partir la population, au besoin en commençant par la massacrer. C’est ce qu’elle fait et ce qu’elle prépare. Malheureusement, si « Poutine trouve que son armée subit une terrible défaite sur le champ de bataille conventionnel, par exemple, on ne peut exclure qu’il puisse tenter de forcer le président ukrainien Volodymyr Zelensky à se rendre, en utilisant une arme nucléaire tactique - avec des conséquences néanmoins dévastatrices - sur l’une des plus petites villes d’Ukraine. Et si les États-Unis devaient réagir de la même façon, nous pourrions assister à un jeu de « poulets nucléaires » encore plus dangereux que la confrontation sur Cuba de Kennedy/Hrusciov. (Foreign Policy, 05.04.22 - MB)

Et le peuple russe, dont les bonnes âmes à l’Ouest n’arrêtent pas de considérer comme non responsable de ce que leur pays fait ? Les « citoyens russes » qui ont « élu » M. Poutine dans toutes les « élections » depuis 22 ans, qui acceptent ses politiques nationale et étrangère, qui ne luttent pas pour leur droit ou pour les droits de l’homme en général. [Je l’ai déjà écrit… les Allemands après 1945] ils font semblant de ne rien savoir. Car la population russe croit dur comme fer (83% soutenant M. Poutine) savoir pourquoi la Russie se bat : soi-disant, pour sa propre sécurité face à l’agression occidentale, et contre le nazisme.

Le peuple russe devrait savoir qu’il est le premier responsable de ce que son armée fait. Il devrait savoir que There is no free lunch, dit l’adage américain.

Ils devrait, au moins savoir, que les pertes russes au 15.04.22 sont : 19.500 morts (multipliez par 2 ou 3 pour le nombre de blessés), 154 avions/drones, 137 hélicoptères, 725 tanks, 1.923 véhicules blindés, 347 systèmes d’artillerie, 11 lanceurs multi-roquettes, 55 systèmes anti-aériens, 4 fusées balistiques courte distance (Yeni Shafak, Turquie). Si les données (fournies par le Commandement Général Ukrainien) sont véridiques, l’armée de 200.000 soldats massés derrière la frontière ukrainienne avant le déclenchement de la guerre aurait été amputée d’au moins 35%, sinon plus. Et l’arrivée du « boucher de la Syrie », le général qui vient de prendre la commande des troupes russes, ne changera rien. Sauf la destruction méthodique des infrastructures, surtout, civiles et l’augmentation du flot de réfugiés, aujourd’hui de presque 5 millions.

La Russie échouera (échoue) dans sa tentative d’occuper l’Ukraine. Ce faisant, la Russie subit des pertes incommensurables sur le plan de sa capacité militaire, de sa force économique et de sa réputation internationale. Il est maintenant clair que la Russie n’est pas une grande puissance dans la même ligue que les États-Unis et la Chine. Et que l’aphorisme de John Mc Cain est toujours de rigueur : « La Russie est une station d’essence qui prétend être un pays » (Le Point 27.08.18). Etrange transformation quand on pense à son passé de pays instruit et cultivé et de sa contribution, majeure, à l’histoire et à la culture de l’Europe.

 

 

 

 

 

 

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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 12:02
Le 26 février, à peine deux jours après le début de la guerre, l’agence de presse d’État russe RIA Novosti a publié un article d’opinion intitulé « The Coming of Russia and of the New World  (MB) ». Son auteur, sans aucune trace d’ironie, loue le président russe Vladimir Poutine pour la « solution opportune de la question ukrainienne ». Quelques heures plus tard, l’article a été supprimé et n’est maintenant disponible que dans les archives web. Lire l’article, qui supposait que la victoire allait venir sous quelques jours, permet de comprendre mieux à quoi il eût fallu s’attendre si elle était là.
 
Mais la guerre continue …
 

Petr Akopov

A new world is being born before our eyes. Russia’s military operation in Ukraine has ushered in a new era – and in three dimensions at once. And of course, in the fourth, internal Russian. Here begins a new period both in ideology and in the very model of our socio-economic system – but this is worth talking about separately a little later.

Russia is restoring its unity – the tragedy of 1991, this terrible catastrophe in our history, its unnatural dislocation, has been overcome. Yes, at a great cost, yes, through the tragic events of a virtual civil war, because now brothers, separated by belonging to the Russian and Ukrainian armies, are still shooting at each other, but there will be no more Ukraine as anti-Russia. Russia is restoring its historical fullness, gathering the Russian world, the Russian people together – in its entirety of Great Russians, Belarusians and Little Russians. If we had abandoned this, if we had allowed the temporary division to take hold for centuries, then we would not only betray the memory of our ancestors, but would also be cursed by our descendants for allowing the disintegration of the Russian land.

Vladimir Putin has assumed, without a drop of exaggeration, a historic responsibility by deciding not to leave the solution of the Ukrainian question to future generations. After all, the need to solve it would always remain the main problem for Russia – for two key reasons. And the issue of national security, that is, the creation of anti-Russia from Ukraine and an outpost for the West to put pressure on us, is only the second most important among them.


The first would always be the complex of a divided people, the complex of national humiliation – when the Russian house first lost part of its foundation (Kiev), and then was forced to come to terms with the existence of two states, not one, but two peoples. That is, either to abandon their history, agreeing with the insane versions that “only Ukraine is the real Russia,” or to gnash one’s teeth helplessly, remembering the times when “we lost Ukraine.” Returning Ukraine, that is, turning it back to Russia, would be more and more difficult with every decade – recoding, de-Russification of Russians and inciting Ukrainian Little Russians against Russians would gain momentum. Now this problem is gone – Ukraine has returned to Russia.

This does not mean that its statehood will be liquidated, but it will be reorganized, re-established and returned to its natural state of part of the Russian world. In what borders, in what form will the alliance with Russia be fixed (through the CSTO and the Eurasian Union or the Union State of Russia and Belarus)? This will be decided after the end is put in the history of Ukraine as anti-Russia. In any case, the period of the split of the Russian people is coming to an end.

And here begins the second dimension of the coming new era – it concerns Russia’s relations with the West. Not only Russia, but the Russian world, that is, three states, Russia, Belarus and Ukraine, acting in geopolitical terms as a single whole.

These relations have entered a new stage – the West sees the return of Russia to its historical borders in Europe. And it is loudly indignant at this, although in the depths of its soul he must admit to itself that it could not be otherwise.
Did someone in the old European capitals, in Paris and Berlin, seriously believe that Moscow would give up Kiev ? That the Russians will forever be a divided people? And at the same time when Europe is uniting, when the German and French elites are trying to seize control of European integration from the Anglo-Saxons and assemble a united Europe? Forgetting that the unification of Europe became possible only thanks to the unificati-on of Germany, which happened according to the good Russian (albeit not very smart) will. To swipe after that also on Russian lands is not even the height of ingratitude, but of ge-opolitical stupidity. The W-est as a whole, and even m-ore so Europe in particular, did not have the strength to keep Ukraine in its sphere of influence, and even more so to take Ukraine for itself. In order not to understand this, one had to be just geopolitical fools.

More precisely, there was only one option: to bet on the further collapse of Russia, that is, the Russian Federation. But the fact that it did not work should have been clear twenty years ago. And already fifteen years ago, after Putin’s Munich speech, even the deaf could hear – Russia is returning.
Now the West is trying to punish Russia for the fact that it returned, for not justifying its plans to profit at its expense, for not allowing the expansion of the western space to the east. Seeking to punish us, the West thinks that relations with it are of vital importance to us. But this has not been the case for a long ti-me – the world has changed, and this is well understood not only by Europeans, but also by the Anglo-Saxons who rule the West.

No amount of Western pressure on Russia will lead to anything. There will be losses from the sublimation of confrontation on both sides, but Russia is ready for them morally and geopolitically. But for the West itself, an increase in the degree of confrontation incurs huge costs – and the main ones are not at all economic.
Europe, as part of the West, wanted autonomy – the German project of European integration does not make strategic sense while maintaining the Anglo-Saxon ideological, military and geopolitical control over the Old World. Yes, and it cannot be successful, because the Anglo-Saxons need a controlled Europe.
But Europe needs autonomy for another reason as well — in case the States go into self-isolation (as a result of growing internal conflicts and contradictions) or focus on the Pacific region, where the geopolitical center of gravity is moving.
But the confrontation with Russia, into which the Anglo-Saxons are dragging Europe, deprives the Europeans of even the chance of independence – not to mention the fact that in the same way Europe is trying to impose a break with China. If now the Atlanticists are happy that the “Russian threat” will unite the Western bloc, then in Berlin and Paris they cannot fail to understand that, having lost hope for autonomy, the European project will simply collapse in the medium term.

That is why independent-minded Europeans are now completely uninterested in building a new iron curtain on their eastern borders – realizing that it will turn into a corral for Europe.

Whose century (more precisely, half a millennium) of global leadership is over in any case – but various options for its future are still possible.
Because the construction of a new world order – and this is the third dimension of current events – is accelerating, and its contours are more and more clearly visible through the spreading cover of Anglo-Saxon globalization.
A multipolar world has finally become a reality – the operation in Ukraine is not capable of rallying anyone but the West against Russia.
Because the rest of the world sees and understands perfectly well – this is a conflict between Russia and the West, this is a response to the geopolitical expansion of the Atlanticists, this is Russia’s return of its historical space and its place in the world.

China and India, Latin America and Africa, the Islamic world and Southeast Asia – no one believes that the West leads the world order, much less sets the rules of the game. Russia has not only challenged the West, it has shown that the era of Western global domination can be considered completely and finally over.
The new world will be built by all civilizations and centers of power, naturally, together with the West (united or not) – but not on its terms and not according to its rules.

 

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 08:45

Peu d’entre nous pensaient que la guerre en Ukraine allait durer aussi longtemps qu’elle dure. On acceptait, d’une manière subliminale, volens-nolens, la victoire de l’armée russe car c’est la deuxième armée du monde, puissance nucléaire (plus de 6.000 engins capables de détruire plusieurs fois la planète) tout en lui cherchant des circonstances atténuantes pour ce qu’elle annonçait vouloir faire. Le cas de l’OTAN, le comportement des Etats Unis, le démembrement de l’URSS, bref, on regrettait le sort de l’Ukraine mais la Russie …

Mais M.Poutine sait, maintenant, cinq semaines après le lancement de son opération spéciale qui devait durer quelques jours, que même s’il arrivait à écraser l’Ukraine et/ou à déporter toute sa population, il ne peut pas gagner cette guerre. Négocier ? Quoi ? C’est une autre paire de manches. Mais comment est-on arrivé là ?

 

Depuis le premier texte consacré à « l’opération spéciale » russe en Ukraine (elle s’appelait initialement « opération militaire spéciale » pour éviter d’utiliser le mot « guerre ») je n’arrête pas de dire que M. Poutine va perdre la guerre. Un faisceau d’indices concordants laissait voir, assez clairement, et de plus en plus vérifiable, l’issue de l’aventure de M. Poutine.

 L’annonce, la semaine dernière, par la Russie du déplacement de ses opérations offensives vers l’est de l’Ukraine – pour « libérer le Donbass » vient de prouver que M.  Poutine a admis qu’il ne peut pas gagner la guerre dans les termes  qu’il avait énoncés lors de son ouverture : prendre Kiev en 24 heures, faire partir le gouvernement « nazi » du juif Zelinsky, dénazifier et démilitariser le pays, rendre la « liberté » aux ukrainiens russophones de deux républiques fantoches au Donbass, entériner la conquête de la Crimée. Avant d’aller plus loin, il me semble utile de rappeler les « tenants » pour mieux comprendre « les aboutissants » de l’aventure de M. Poutine. Plantons le décor.

Après l’éclatement du Pacte de Varsovie (1990) et le démembrement de l’Union soviétique (1991), les anciennes républiques de l’URSS ont officiellement reconnu l’indépendance de l’Ukraine – comme cette dernière a fait de même pour les 14 autres sœurs. Un traité russo-ukrainien (1990 ) garantissait les frontières existantes entre la Russie et l’Ukraine. Ensuite, l’Accord de Minsk (1991) a obligé la Russie/l’Ukraine/la Biélorussie à reconnaître et à respecter l’intégrité territoriale de l’autre et l’inviolabilité des frontières existantes. Mais l’Ukraine était le troisième plus grand pays du monde pour les armes nucléaires (plus de 2.500 engins, chacun plus dangereux que les autres). Trois pays -le Royaume-Uni, les États-Unis et la Russie- ont signé le Mémorandum de Budapest en 1994, garantissant de respecter la souveraineté territoriale de l’Ukraine en échange de l’abandon de ses armes nucléaires données à la Russie.  Ensuite, un Traité d’amitié russe/ukrainien (1998) a fixé les principes d’un partenariat stratégique, l’inviolabilité des frontières existantes et le respect de l’intégrité territoriale. Clair ? M. Poutine, en lançant sa guerre a fait fi de 30 ans d’histoire. Pensait-il que les autres pays, l’Ukraine y compris, allaient rester cois ? C’est le temps long.

Mais il y a eu un temps court aussi. Au début de novembre 2021, quelques mois avant le début de la guerre, le directeur de la CIA, William Burns, s’est rendu à Moscou pour lancer un avertissement : « Les États-Unis croient que le président russe Vladimir Poutine se prépare à envahir l’Ukraine. S’il allait de l’avant, il allait faire face à des sanctions paralysantes de la part d’un Occident uni. »

M. Burns était connecté sur un téléphone sécurisé du Kremlin avec M. Poutine, qui était à Sotchi (station balnéaire de la mer Noire - MB), isolé de tous sauf quelques confidents. Le Président russe n’a fait aucun effort pour nier l’accusation de M. Burns. Au lieu de cela, il a récité calmement une liste de griefs sur la façon dont les États-Unis avaient pendant des années ignorés les préoccupations de la Russie en matière de sécurité. WSJ 01.04.22.

Souvenons-nous, à l’époque personne ne voulait croire que M. Poutine allait envahir l’Ukraine SAUF les Etats Unis dont le manque de crédibilité, pour le monde entier, n’était plus à démontrer (armes de destruction massive en Irak, ligne rouge en Syrie, débandade pour quitter l’Afghanistan, etc.,). Personne ne voulait croire que la Russie lancerait la plus grande offensive militaire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tellement l’idée semblait irréelle. Les chars massés du côté russe de la frontière allaient s’emparent du territoire ? C’est anachronique, disaient les sceptiques. Bombarder la population des villes ? Que diable, nous sommes dans le 21ème siècle, en Europe.

Pourtant … il a lancé une guerre « conventionnelle » et tous les stratèges de l’Occident ont supputé non pas l’issue de la guerre mais la durée de la résistance de l’Ukraine : trois jours ? une semaine ? deux ? Cela semblait tellement peu probable que l’Ukraine résiste aux 200.000 soldats massés derrière la frontière ou aux 1.300 chars et aux centaines de pièces d’artillerie.

Et il n’a pas hésité à utiliser de nouveaux armements : fusées ultra rapides, munitions « thermobariques», lanceurs de mines …  Les forces russes ont utilisé  le système de pose de mines ISDM Zemledeliye en Ukraine, marquant les débuts du système au combat. La vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis le 27 mars montre deux véhicules lançant chacun une salve complète de 50 roquettes chargées de mines. ) La séquence a été prise dans l’oblast de Kharkiv.) Janes.com 30.03.22

L’armée russe a déployé ses forces et ses actions selon sa « stratégie » (Berlin, Groznyï, Syrie) pour détruire les villes, faire fuir la population et provoquer, sciemment, une vague de réfugiés dont la dimension est inconnue depuis la fin de la 2ème guerre mondiale. Ensuite, occuper le terrain.

Regardez le tableau du Service Suisse de l’Immigration (au 29.03.22) :

Et pourtant … Un mois plus tard, la situation est radicalement différente. Les troupes russes n’étaient pas bien préparées, les soldats pensaient se trouver en entrainement, l’armement était inadéquat ou dans un mauvais état, le commandement, pour le moins, en deçà de ce qui est normal et la logistique pour tout dire absente. En revanche, les Ukrainiens se sont découverts aptes à se battre, non pas pour résister mais pour gagner ! Utilisant des armes antichars et antiaériennes fournies par les États-Unis et certains  pays européens (pas encore la France …), ils ont réussi  non seulement à freiner l’avancée russe mais, pour tout dire, obliger l’armée russe d’opérer une retraite, certes honteuse, mais nécessaire. Mais pas seulement.

Au cours de la dernière semaine, le sort des armes semble avoir tourné. Les Ukrainiens ont pu prendre l’offensive et reprendre les villes au nord de Kiev, près de Marioupol dans le Sud, et proches de Kharkiv dans l’Est. Et on apprend (en partie vérifié par ORYX) que depuis le début de la guerre, la Russie aurait perdu environ 17.200 soldats, 597 chars, 1.710 véhicules blindés de combat, 303 systèmes d’artillerie, 96 systèmes de roquettes à lancements multiples, 127 avions et drones et 129 hélicoptères et sept navires (Ministère de la Défense de l’Ukraine).

Bon, même si les choses ne se passent pas aussi bien pour les ukrainiens (selon des calculs savants leur PIB de l’année sera de 45% inférieur à celui de l’année dernière et les destructions opérées par l’armée russe -routes, infrastructures, immobilier, équipements privés ou publics, etc.,- sont évaluées à 500 milliards d’euros) on doit s’arrêter une seconde et se demander « que s’est-il passé » ?

Trois aspects à regarder de près :

  • on a remarqué que parmi les plus de 4 millions de réfugiés ayant quitté l’Ukraine il n’y avait, pratiquement, pas des hommes en âge de se battre ; la démographie nous indique que, probablement 1,2 à 1,5 millions d’hommes sont restés et en armes ; sans doute avec des entrainements sommaires au combat et au maniement des armes mais, à la fin, il y aurait -avec l’armée officielle de 200.000 hommes- quelques 1,5 millions de « soldats » qui s’opposent aux environ 150.000 soldats russes restant valides – à 10 contre un, avec des armes d’une utilisation plus que facile (viser-tirer, « fire and forget ») devant une armée en terrain étranger – ceci explique, en partie, cela ;
  •  
  • les armes – les systèmes anti-char (Javelin, NLAW, Strela) tirent des missiles dont le prix va de plusieurs centaines d’euros (Strela ou des RPG) à 150.000$ -Javelin – les ukrainiens en ont reçus des milliers et détruisent des chars qui valent entre 2 et 3 millions d’euros ou des systèmes d’artillerie, de communication, de transport valant aussi des millions d’euros ; l’armée russe a été obligée, forcée, de battre en retraite car elle commençait à manquer de tout (hommes, armes, munitions) (SALON 02.04.22) ;
  •  
  • la troisième raison pour laquelle M.Poutine ne peut pas gagner la guerre est économique – on sait, la moitié des réserves russes (env. 330 milliards d’euros) se trouve dans des banques occidentales ; non seulement (sanctions) la Russie ne peut pas avoir accès à ces réserves mais il est certain que, la paix arrivée (?!) elles seront gagées pour payer les destructions en Ukraine ; mais il y a mieux – la réduction des ventes de gaz et pétrole arrivant (si l’Occident et l’Allemagne sont sérieux) la Russie aura du mal à rembourser les prêts venant à échéance (environ 20% du PIB) et, certainement, encore plus de mal à pouvoir obtenir des prêts sur le marché vu son état de paria ; l’économie russe qui était déjà flageolante avant la guerre sera incapable de faire face à ses charges habituelles.

Alors ? D’un côté, la Russie devenue un état paria (pour de très longues années) - changement de moeurs, technologies nouvelles, concepts scientifiques, échanges artistiques, économiques, etc., devenus impossibles (450 très grandes sociétés mondiales s’en sont déjà retirées du marché russe). D’un autre côté, sous la propagande unique de l’état on constate que « on peut mentir sur tout, à tout le monde, tout le temps » ! Et la société russe (comme celles d’autres pays “autoritaires” (totalitaires ?) comme Cuba, Venezuela, par exemple, se recroqueville et - l’instinct de conservation jouant son rôle - vit selon ce qu’on lui permet/demande. C’est déjà le cas pour les 75% des russes qui approuvent ce que l’on fait en Ukraine et qui supportent VVP à 83% !

Quant aux sociétés occidentales « Quelle preuve existe-t-il que Xi Jin Ping et l’ayatollah Khamenei sont moins attachés à leurs idéologies diaboliques que Vladimir Poutine? Pourquoi devrions-nous nous inquiéter moins de l’invasion chinoise de Taïwan ou de l’attaque iranienne contre Israël que des desseins de Poutine en Ukraine? Lorsque les hommes forts vous disent qu’ils sont sur le point de semer le chaos, ne fermez pas vos oreilles. Ce qu’ils disent pourrait sembler improbable. Cela pourrait vous sembler hors de ce monde. Ce n’est pas le cas. Ne rejetez pas les dirigeants des États voyous. Ne doutez pas d’eux. Croyez-les. » Commentary, Avril 2022

Et pourquoi ne pas faire nôtre le précepte de la Torah : Si quelqu’un vient te tuer, lève-toi plus tôt que lui, pour le tuer ?

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 21:33

Un mois et un jour se sont écoulés et « l’opération spéciale » de M. Poutine qui devait prendre moins de trois jours continue. Avec son cortège de morts, de blessés, de villes détruites et de menaces de faire pire si…

Le pire, selon les spécialistes des affaires militaires : continuer l’escalade jusqu’à la destruction de l’Ukraine par des moyens conventionnels ou utiliser le nucléaire tactique pour obtenir la même chose mais plus rapidement. Quelle belle alternative !

 

Les réunions et les voyages des grands de ce monde continuent à nous faire penser à l’empreinte « carbone » de tout cela mais comme il s’agit d’une bonne cause, on l’accepte. Bonne cause ? Sommes-nous sûrs de cela ?

 

Sans tenter de faire un bilan exhaustif du mois passé depuis que M. Poutine à lancé sa guerre pour envahir l’Ukraine force nous est de reconnaître que :

a. l’armée russe ayant perdu l’avantage de la surprise, une (grande ?) partie de sa capacité de mobilité, une partie de ses équipements lourds et une partie significative de ses forces premièrement engagées (robustes, aguerries – forces spéciales, etc.,) en est réduite depuis quinze jours à utiliser essentiellement les bombardements aériens, l’artillerie lourde et les missiles de croisière ; les outils utilisés à part, elle est en train de faire une guerre du 17ème siècle (villes assiégées, population sans nourriture ou eau, en fuite ou déportée) et on voit le résultat (drones ou satellites) à Marioupol ou Mykolaïv en attendant de voir la même chose à Odessa ou Kiev ;

b. l’armée ukrainienne (et « le peuple en armes ») que tous les spécialistes en fauteuil considéraient comme incapable de résister à l’armée russe, non seulement font le contraire mais lui impose l’inconvénient de la station sans mobilité, obtenant l’avantage de détruire ses équipements comme au tir aux pigeons dans les foires des villages ; elle a imposé à l’armée russe les éléments d’une guerre asymétrique avec les avantages du « faible vis-à-vis du fort », communément appelé l’effet David vs Goliath.

Les deux paragraphes précédents sont le reflet de ce qui s’est passé depuis 28 jours. En effet, l’armée russe qui n’avance plus au pas de courses est en proie à l’incompétence, au manque d’approvisionnement, à la corruption, au bas moral des troupes, aux mauvaises tactiques et à une cause à laquelle ses soldats ne croient pas. Ayant perdu une partie des ses forces qualifiées dans les premiers jours de la guerre et réduite maintenant à utiliser des soldats de conscription (19/21 ans, mal formés et ne sachant pas ce qu’ils sont en train de faire là). Elle en est réduite à utiliser des réservistes mais… les réservistes russes ne sont pas comme les Israéliens, ou les Finlandais ou comme la Garde Nationale américaine : ils sont mal équipés et ne s’entraînent pas.

Ce que l’on vient de voir c’est qu’avec suffisamment d’armes, biens choisies, les Ukrainiens peuvent briser les envahisseurs. Ce que les Ukrainiens ont, à part la décision (semblant unanime) des hommes du pays de repousser l’envahisseur, « ils ont derrière eux les industries militaires de pays comme les États-Unis, la Suède, la Turquie et la République tchèque. Chaque jour, des milliers d’armes de pointe arrivent en Ukraine : les meilleurs missiles antichars et antiaériens au monde, ainsi que des drones, des fusils de sniper et tout le matériel de guerre ». (The Atlantic, 21.03.22).

J’ai résumé, dans le tableau qui suit, les pertes de l’armée russe telles que déterminées (identités, photos, endroits) par le portail Oryx (https://www.oryxspioenkop.com/2022/02/attack-on-europe-documenting-equipment.html :

Le portail consultancy.eu a tenté une évaluation du coût de la guerre pour la Russie pour une première période de 100 heurs (4 jours, champ de bataille + pertes humaines) :

Juste pour ne pas l’oublier, on compte entre 2,5 et 3,0 millions de $ pour un tank (et quand il est détruit il est rare que les trois servants - au moins - sortent vivants), 80 à 90 millions de $ pour un avion et, par exemple, 500.000$ pour des véhicules de transport de troupes (blindés). Et on comprend pourquoi on considère que le coût de la guerre (champ de bataille, équipements, vies humaines, dépréciation monnaie, pertes boursières, etc.,) se situe quelque part entre 5 et 20 milliards de $ /jour !

Les pertes de chars ont, en réalité, changé le cours de la guerre en faveur des soldats ukrainiens. On se souvient de la colonne de 56 chars « tchétchènes » détruits en totalité avec le général les commandant. Bien entendu, les pertes ukrainiennes sont importantes aussi mais, selon le même portail, elles ne dépassent pas le tiers des pertes russes. Et puis les pertes humaines : selon le même portail (corroboré par l’OTAN et, même, par une info publiée - et retirée rapidement - par Komsomolskaya Pravda, 21.03.22, journal pro-Poutine) elles seraient de plus de 15.000 morts pour l’armée russe et, compte tenu des indices militaires (2/3 blessés pour un mort), au moins 30.000 blessés. Autant dire que l’Armées russe doit faire face à une réduction de ses forces initiales (200.000 hommes) de l’ordre de 20/25%. Et on apprend qu’elle est en train de faire venir des soldats tchétchènes ou… 40.000 syriens ! D’évidence, dans les conditions actuelles, de la « chair à canon » (Le Parisien, 15.03.22).

Pour comprendre mieux l’échelle des évènements auxquels nous assistons de loin, on a comparé les pertes de l’armée russe pendant dix ans en Afghanistan (1979 à 1989) avec celles d’Ukraine pendant moins d’un mois :

La colonne de gauche Afghanistan, celle de droite Ukraine. Même plus de généraux (6) perdus en Ukraine (El Pais 23.03.22).

Je n’arrête pas, depuis les premiers jours de la guerre de dire que M. Poutine a (ou aura) perdu la guerre. « Les preuves que l’Ukraine est en train de gagner cette guerre sont abondantes, si l’on regarde de près les données disponibles. L’absence de progrès de la Russie sur les lignes de front n’est que la moitié du tableau, obscurci par des cartes montrant de grosses taches rouges, qui ne reflètent pas ce que les Russes contrôlent mais les zones qu’ils ont traversées. L’échec de presque tous les assauts aéroportés de la Russie, son incapacité à détruire l’aviation ukrainienne et le système de défense aérienne, et la paralysie de plusieurs semaines de la colonne d’approvisionnement de 40 miles au nord de Kiev sont suggestifs. ». (The Atlantic, 21.03.22)

Naturellement, on se demande comment tout cela va finir. On doit se souvenir de Clausewitz (comme toujours quand il y a une guerre) « Si une partie utilise la force sans scrupules, sans se laisser influencer par l’effusion de sang qu’elle implique, tandis que l’autre s’abstient, la première prendra le dessus ». On sait, M. Poutine se fiche comme de sa première chemise du fait qu’un quart de la population ukrainienne (plus de 10 millions !) est déplacée avec une partie (3 à 4 millions) réfugiés. Donc, il continuera.

J’avais évoqué dans un texte précédent la responsabilité (ou l’irresponsabilité) des gouvernants du monde occidental. En commençant avec ceux d’Allemagne auxquels depuis Bush (le père) jusqu’à (et y compris) M. Trump les Etats Unis avaient conseillé un désengagement des fournitures russes de gaz et pétrole :

Au sommet de l'OTAN, Trump accuse l'Allemagne d'être        "totalement contrôlée" par la Russie.

Faisant référence au projet de gazoduc Nord Stream 2, qui doit relier la Russie à l'Allemagne via la Baltique, un projet qui inquiète Washington, le président américain a profité du sommet de l'OTAN pour fustiger l'Allemagne déclarant qu'il était "très inapproprié" que les Etats-Unis payent pour la défense des Européens contre la Russie, tandis que la riche Allemagne négocie des contrats gaziers avec Moscou… La Tribune (11.07.2018)

Cette fois-ci je me permets d’incriminer le « pauvre peuple russe ». Les bonnes âmes, généreuses, du monde occidental promeuvent une attitude « morale » vis-à-vis des habitants de la Russie : les sanctions (tu parles, rien pour le gaz et le pétrole, soit des rentrées pour M. Poutine de, peu ou prou, 1 milliard de $ par jour !) ne doivent pas faire souffrir le peuple russe ! Mais, ce peuple semble approuver à plus de 60% la guerre que M. Poutine a lancée en son nom. Un juste retour des choses serait que ce peuple subisse les conséquences de son adhésion à la politique de M. Poutine. Comme les allemands on subi les conséquences de leur adhésion pendant 12 ans (1933-45) à la politique des nazis.

 

 

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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 17:42

Cela fait trois semaines que le tonnerre manipulé par Monsieur Poutine a fait exploser la paix en Europe à coup de destructions barbares, avec leur cortège de réfugiés, dans un pays qui se croyait encore il y a un mois dans un état souverain de tranquillité (j’exagère à peine). Le criminel : M. Poutine – les complices, avant et après le déclenchement des hostilités, les dirigeants de l’Europe, premièrement, mais ceux d’Amérique aussi, bien sûr. Vous ne le croyez pas ? Regardez :

 

Qu’il me soit permis de paraphraser Erich Maria Remarque – A l’est rien de nouveau. Sauf que la Russie de M. Poutine a ressorti les livres de stratégie de l’armée russe et applique, mot à mot, ses préceptes. En clair, les avions et l’artillerie lourde, comme les missiles de croisière détruisent systématiquement tout ce qu’ils peuvent dans les villes de l’Ukraine. On cite souvent ce qui s’est passé à Grozny (Tchétchénie) rasée jusqu’à la terre. Mais l’illustration réelle de ce qu’est la vulgate permanente de la Russie pour la conquête d’un objectif, est sa capacité de destruction à Berlin, en 1945. 1.100 cannons en batteries (j’en sais quelque chose car un de mes beaux-frères en commandait une – il n’avait que 19 ans mais connaissait sa géométrie, pour régler le tir) ont tiré 1.800.000 obus sur la ville en dix jours ; … un million de civils terrés dans des caves... « La Chute de Berlin », Antony Beevor.c7 nov. 2002. Je reviendrai.

Si, si, quelque chose de nouveau, inimaginable il y a quelques années : l’ancien paria des Etats, Israël, parle aux deux principaux protagonistes qui, selon des déclarations officielles des intéressés, auraient donné leur accord pour que, le moment venu, la conclusion d’une paix se fasse à Jérusalem. Le Quai d’Orsay n’en revient pas et vous aurez du mal à trouver ce genre de nouvelles dans la presse française.

Israël. Je viens d’y passer quelques jours, premier séjour après la pandémie. Cela a été, toutes proportions gardées, un stage de rajeunissement et d’optimisme. Tout d’abord concernant le pays : profondément changé par rapport à mon dernier passage, une myriade de routes nouvelles (une seule payante) équipées comme en Suisse (!), des tours d’immeubles dans les grandes villes (Tel Aviv et Haiffa, mais pas seulement) et des banlieues, bijoux de propreté, de calme et de bien-être visible, des projets (réalisés) écologiques à profusion. Le tout disant clairement que les impôts collectés sont utilisés par l’Etat à bon escient, pour le bonheur, actuel ou futur, du plus grand nombre. Pays dont le PIB/habitant (44.945$ en 2022) est supérieur à la moyenne européenne (42.751$) et égal à celui de la France (44.770$). (Countryeconomy.com). Certes, Israël se trouve parmi les 5 pays les plus inégalitaires de l’OCDE, montrant un coefficient de Gini de 0,35 (0,3 pour la France) MAIS, le vieux fond social(iste) est toujours là et l’éducation est gratuite, la santé itou, le salaire minimum garanti est de presque 1.500 € net (1.481!) et les gens âgés, aidés de multiples manières, ne sont pas abandonnés. Conséquence de l’arrivée à la première position au monde « startup nation » qui (high tech, et services) emploie une population surtout jeune. Pays qui dépense presque 6% de son PIB pour sa défense (moyenne Europe 1,2%) depuis des années. Armée de conscription - école essentielle pour la formation intellectuelle, morale, civique. Bref, ce qui précède n’est que l’illustration de ce que ce pays est devenu et de son standing actuel dans le monde. Autant dire, « ce n’est pas par hasard qu’il peut parler, en étant pris au sérieux, aux deux belligérants »

Bien sûr, on n’est pas encore à faire la paix. L’armée russe déroule le manuel de son état-majeur, détruit tout ce qu’elle peut détruire sans distinction entre les russophones de l’Est du pays et les ukrainiens de l’Ouest. Sauf que « l’opération de police » lancée pour dénazifier et démilitariser l’Ukraine « I’m waging war to protect Russian-speaking people in Ukraine and bombing only military targets (M. Poutine, 09.03.22) qui aurait dû prendre 3 jours au maximum, entre dans la troisième semaine au grand dam de ce dernier. Et pourtant c’était le premier objectif assigné à l’armée russe. Le deuxième objectif était de démontrer les capacités et le professionnalisme de l’armée russe pour dissuader davantage les tentations des pays limitrophes ou plus lointains, en accroissant l’influence régionale de la Russie. Les deux objectifs étaient imbriqués. Pour le moment, en d’autres termes, il semble que Poutine ait fait une double erreur de calcul. Sa courte guerre victorieuse planifiée se transforme en un bourbier sanglant qui a scandalisé le monde, et sa fameuse forteresse économique de la Russie semble se diriger vers une dépression. Paul Krugman (Prix Nobel d’Economie) NYT, déjà le 04.03.22.

Naturellement, Monsieur Poutine veut terminer le travail qu’il a commencé en 2014 mais dont le résultat inattendu a été d’unir la société ukrainienne et renforcer son identité nationale. Il pensait que personne n’aller sonner le glas mais il oublia que « l’on ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière » (Héraclius). Comme il n’a pas intégré le fait qu’une éventuelle difficulté à obtenir ce qu’il souhaitait allait conduire à des coûts humains énormes et que des éventuelles sanctions qui seront appliquées par divers pays, affaibliront son régime de bas en haut et de l’intérieur et de l’extérieur. La Russie peut occuper l’Ukraine à grands frais humains mais aucun régime fantoche qu’elle installerait ne sera légitime ou stable. L’isolement international et la crise intérieure de la Russie s’intensifieront.

Alors ? Eh bien, il a choisi l’escalade.

Mais chaque fois qu’un échec se précise (durée, pertes chars d’assaut, avions, hélicoptères, soldats, etc.,) en Ukraine, l’escalade est à la fois la solution la plus risquée et elle laisse la Russie dans une situation pire. C’est cela qui a amené            M. Poutine à lancer une menace nucléaire à peine voilée contre une participation extérieure au conflit. Je l’ai écrit depuis le commencement de la guerre, la Russie a perdu sa guerre en Ukraine même, et surtout, si elle occupe la totalité des grandes villes. Au plan militaire, en montrant au monde son impréparation logistique et tactique (compensée par le bombardement d’artillerie et/ou missiles de croisière ou autre type détruisant, surtout des cibles civiles), son incapacité économique à faire face à des sanctions inédites par leur diversité et profondeur, sa mise au ban du monde civilisé face à l’autoritarisme totalitaire qu’elle a laissé à son président. Peut-être, qu’après avoir détruit la majorité des villes ukrainiennes et fait fuir plusieurs millions d’habitants devenus des réfugiés du jour au lendemain, peut-être, elle s’arrêtera en se trouvant en situation d’occupant mais qui sera confronté à une guérilla urbaine. Le bon sens montre que pour tenir une ville on a besoin d’un soldat occupant pour sept habitants. Faites un calcul sachant que la population des 20 premières villes d’Ukraine (Wikipédia - villes avec plus de 300.000 habitants) est de 13,5 millions. Monsieur Poutine aura besoin, peu ou prou, de 2 millions de soldats occupants ! De plus, il n’est pas possible de soutenir une occupation dans un pays où l’occupant a bombardé des villes et des villages car une grande partie de la population sera contre. De plus, le « nazi juif » Zelensky n’a pas fui, il ne s’est pas rendu, et comme le combat se poursuit, le moral et la résistance des ukrainiens ne font que croître. Ils ont fait un effort patriotique national pour l’Ukraine et la résistance ne fera qu’augmenter. De plus, la Russie essaye de cacher la guerre à sa propre population et, ce faisant, elle a cédé l’avantage d’une information libre ce qui a permis à l’Ukraine de galvaniser le soutien occidental dans sa propre population. Beaucoup de gens en Russie commencent à se rendre compte qu’on leur a menti, et, à mesure que les cercueils commenceront à retourner dans les villes et villages russes, quelque chose se passera contre le régime. Ne l’oublions pas - M. Poutine a construit sa légitimité autour de l’idée de rétablir la stabilité, la prospérité et la position mondiale de la Russie. Il menace, actuellement, les trois aspects, la guerre en Ukraine est le plus grand test de son régime à ce jour.

La Russie a (aura) perdu la guerre. Mais, elle aura gagné la haine et le mépris des 45 millions d’ukrainiens pour les décennies à venir.

Et Monsieur Poutine constatera que même dans son régime autoritaire construit de manière telle à ce que personne ne puisse l’atteindre, il y aura un Brutus ou une révolte impossible de maîtriser. Et ce sera sa fin.

Cela étant posé, je ne veux pas occulter la responsabilité (ou l’irresponsabilité) des gouvernants du monde occidental. Non pas pour la promesse, jamais faite, de ne pas admettre une extension de l’OTAN à l’Est (comme il l’invente) mais pour l’irresponsabilité qui a été la leur quant aux relations avec la Russie. On nous bassine avec le concept « Europe jusqu’à l’Oural » évoqué dans un contexte totalement différent il y a soixante années. Comme avec le paradigme « une géographie commune, une histoire commune » Depuis des lustres, les politiciens de l’Ouest méprisent ceux de Pologne et des pays baltes chaque fois qu’ils sonnent l’alarme au sujet de la menace expansionniste posée par Monsieur Poutine. Ils se rendent maintenant compte qu’ils auraient dû écouter les pays qui connaissent beaucoup mieux le Kremlin et qui ont une amère mémoire historique de la violence que Moscou est prête à déclencher pour atteindre ses objectifs. (POLITICO Europe 09.03.22)

Ne nous cachons pas la vérité, l’Europe et ses principaux pays, ont adopté la voie de l’apaisement commercial et politique de M. Poutine, le tout sous la direction (autorité) (commandé par les intérêts de l’Allemagne) de Mme Merkel. Que ce soit l’Allemagne ou la France ou l’Italie ou Bruxelles, le partage de la responsabilité de la guerre portée par M. Poutine en Ukraine (comme auparavant en Géorgie, en Ossétie du Sud, en Crimée) leur revient comme un boomerang. Et ce ne sont pas les soi-disant sanctions « extrêmes » qui l’attenue. D’autant plus qu’en examinant lesdites sanctions on constate qu’elle n’entament en rien ni les achats de pétrole ou gaz ni les banques par lesquelles les transactions idoines sont faites. Et selon des calculs savants cela représente 60% du total des échanges commerciaux entre l’Europe et la Russie. Bravo, l’Allemagne ! Regardez : Les annonces faites à la suite du sommet européen vendredi à Versailles sont à titre particulièrement éclairantes : pas une restriction sur les importations de pétrole ou de gaz russes, ce qui signifie que Moscou conservera un confortable flux financier à même de financer beaucoup de choses. La seule nouvelle mesure économique annoncée par l'UE est une fin des exportations des produits de luxe vers la Russie ! Il faut relativiser l'importance de la mesure, étant donné que plusieurs groupes de luxe avaient déjà annoncé la fermeture de leurs points de vente. Mais sur le fond, ce sont la France et l'Italie qui en supporteront le coût, alors que l'Allemagne n'a pas annoncé la moindre restriction à la vente de ses machines-outils, bien plus liées à l'effort de guerre russe… Et c'est une mesure positive économiquement pour la Russie puisque cela limitera ses importations et améliorera sa balance des paiements. Le Figaro 15.03.22

Pauvre Monsieur Poutine… lui qui se croyait le nouveau Pierre le Grand, lui qui a envoyé ses armées ou ses mercenaires au Proche Orient, en Afrique, en Amérique du Sud comme ses prédécesseurs communistes qui voulaient faire la révolution partout dans le monde, avec les résultats connus il est, déjà, sujet aux caricatures les plus cruelles :

 

 

 

 

 

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