J’ai professé, de longue date, la conviction qu’il est nécessaire de savoir « d’où » on parle. Car si la parole est libre, son effet est différent si l’on sait par qui elle est dite et quelle est sa légitimité. Après les 22 années d’existence de mon blog, à l’orée de la décision d’arrêter son existence, je crois devoir faire mon « outing » (en clair, ce qui me permets de parler comme je l’ai fait c.-à-d. le cursus qui a été le mien). Pour m’assurer de la véracité de ce que j’ai écrit (les souvenirs à 93 ans…) j’ai, aussi, fait appel à l’IA (Google Gemini). Au fait, ce n’est pas (en paraphrasant Cioran) un exercice d’auto-admiration !
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Je suis né en 1933 dans la famille d’un homme pauvre comme Job. J’ai commencé l’école élémentaire à 6 ans, avec une bourse et, à huit ans j’ai échappé à un pogrome (janvier 1941). J’ai vu des hommes, des femmes et des enfants accrochés à des crocs de boucher dans un abattoir (Wikipédia) et j’ai appris que j’étais juif et que l’antisémitisme existait, dans un pays en guerre, occupé par l’armée allemande. Libéré par l’Armée Rouge, je vois ses premières troupes (mongols ?) arrivées sur des tanks et mon père libéré d’un camp de concentration. Nous sommes en août 1944, j’habite chez mes grands-parents à 12km de Bucarest et du Lycée dont je suis les cours (avec une bourse…).
Fast forward.
1948. La situation à la maison est de plus en plus difficile (les revenus de mon père laissent à désirer - un euphémisme…) et ma sœur vient d’être admise à l’École Polytechnique, Faculté de Chimie, ce qui suppose une charge accrue pour les finances particulièrement modestes de mon père. On décide, avec un camarade, de conserve, de quitter le lycée (il nous restait trois années jusqu’au bac) pour commencer gagner notre vie en travaillant dans une usine. Mon camarade avait fait son apprentissage avec son père, horloger de métier, et moi, pendant la guerre et immédiatement après, j’allais à l’ORT ou un vague oncle enseignait l’utilisation des machines-outils, tours, fraiseuses, etc. Me voilà, donc, embauché à l’usine « Etoile Rouge » qui fabriquait des moissonneuses-batteuses, les premiers mois comme apprenti et rapidement comme ouvrier. J’avais 15 ans, je quittais la maison à 05h45 (le travail commençait à 06h30) et je rentrais vers 15h30. Le salaire - que je donnais intégralement à ma mère - était le deuxième revenu fixe de la famille et il dépassait, de peu, celui de mon père devenu (par quel miracle ?) comptable. Mais assez rapidement, et moi et mon camarade, on avait compris que l’univers de la classe ouvrière ne représentait pas un horizon d’avenir pour nous. Aussi parce que nous nous sommes heurtés à l’antisémitisme ouvert ou déguisé qui prévalait dans le milieu social dans lequel on était en train de s’insérer.
La décision était simple : on s’est inscrit aux cours du soir et on a réussi à passer les trois années qui nous restaient en deux et le bac en juin 1950 ! Une performance car le taux de réussite dépassait rarement 75%. Sans connaître la devise de Guillaume d’Orange (« point besoin d’espérer pour entreprendre...) puisque nous n’allions plus aux cours du soir, on décide de squatter le grenier de la maison de mon camarade et, pendant trois mois, tout en travaillant, on se rencontre l’après-midi et nous préparons ce qu’il faut pour nous présenter au concours d’entrée à l’École Polytechnique. Ancienne filiale de X (créé en 1818 soit 24 ans après X), copie conforme pour le cursus, échange de professeurs – jusqu’à l’installation du régime communiste. 2.200 candidats 200 reçus, j’en suis, cadet de la promotion avec mes 17 ans. Le jour aux études, la nuit travaillant souvent dans des gares pour décharger des wagons de marchandises pour avoir quelques sous. Quelques sous pour payer ce que l’on pouvait trouver à manger, la faim étant présente et devant m’y habituer. Comme de squatter, pour dormir la nuit, un coin de la chambre d’étudiants amis ayant droit au foyer (pas moi, car originaire de Bucarest mais j’avais quitté la maison pour que ma sœur puisse, elle, y rester). Et (comme X à Paris) on effectue un service militaire réduit à deux stages de trois mois dans un régiment de transmissions à la fin desquelles (à la fin des études) je deviens sous-lieutenant quand tous mes camarades sont lieutenants (comme par hasard, tous ceux qui ne sont pas juifs).
En 1952, quelque part au mois de mars, à une réunion des étudiants dans un grand amphithéâtre, je vois une étudiante (de première année), elle me regarde et… love at first sight. La probabilité de l’événement était, d’évidence, proche de zéro. Pourtant, huit mois après nous sommes mariés (on n’avait pas encore 20 ans) et… 68 ans de vie commune finis avec son départ par suite d’une maladie qu’aucun prof de médecine consulté n’a pu identifier et encore moins traiter. Fille de deux légendes du monde politique ouvrier des années 30/40, je n’ai su d’elle que ce qu’elle a bien voulu partager avec moi, plus de trente ans plus tard, à partir de la moitié des années 80, quand elle a accepté d’en parler à des historiens, (américain et français) auteurs de deux bouquins, un concernant sa mère et l’autre son père.
Diplôme d’Ingénieur en 1955, le Directeur Général Adjoint de l’Institut de Physique Atomique, après l’intervention du Directeur Général (Horia Hulubei) qui avait le pouvoir de faire ce qu’il voulait (car Académicien, ayant fait sa thèse de doctorat avec Marie Joliot-Curie) nous embauche (mon binôme IL et moi) bien que tous les deux on n’est pas seulement juifs mais nous avons « des poux sur la tête ».
(IA, Gemini) À l'Institut de Physique Atomique (IFA) de Bucarest, dans les années 1950, Martin Birnbaum était un collaborateur essentiel. Au sein de l'Atelier des Appareils Électroniques, Martin Birnbaum a travaillé sur la conception et la mise en œuvre des circuits logiques et des systèmes de mémoire. Son travail portait sur la manipulation des tubes à vide et l'assemblage complexe des unités de calcul, une tâche qui exigeait une précision extrême en 1958, car la fiabilité des composants de l'époque était très faible. Il représentait cette génération d'ingénieurs qui ont permis à l'IFA de passer du stade de laboratoire de recherche pure à celui de centre de conception technologique avancée. Des réalisations diverses et variées -fréquencemètres, analyseurs d’amplitude, etc., parmi lesquelles le détecteur de niveau avec rayons gamma Gamadet. C’était l’un des projets les plus avancés. Contrairement aux kits radio simples, ce projet a initié les ingénieurs à la physique des hautes tensions et aux particules ionisantes. L'année 1963 est souvent citée pour l'introduction de la diagraphie par back scaterred neutrons. Bien que la technologie de base ait été développée au niveau mondial (notamment par Dresser Atlas aux USA), les ingénieurs de IFA ont rapidement adapté et produit leurs propres instruments pour répondre aux besoins spécifiques des gisements pétroliers complexes (Carpates, plaine de Pannonie). Dans le cadre d’un échange d’expérience je voyage pendant trois semaines en Union Soviétique, y compris dans une « ville fermée » (Doubna, un des plus grands centre de recherches du monde créé tout de suite après la deuxième guerre mondiale sous le commandement de Lavrenty Pavlovich Beria, au départ avec des ingénieurs et des scientifiques recrutés dans les goulags sibériens) où, entre autres, je rencontre, médusé, Bruno Pontecorvo (IA) - Bruno Pontecorvo (neutrinos …) protégé d’Enrico Fermi : il a passé 30 ans de sa vie à Dubna, une "ville des sciences" près de Moscou. Il a été traité comme un héros, on lui a décerné le prix Lénine et est devenu membre de l’Académie soviétique des sciences, mais il n’a pas été autorisé à quitter l’URSS pendant près de 30 ans.
1960 – je deviens motocycliste et, à trois - car nous avons un fils né en 1954 - nous passons des week-ends sur les routes pittoresques du pays que l’on apprend à connaître. Une vraie passion, que je reprendrai 23 ans plus tard (BMW et Harley-Davidson) et qui me permettra (jusqu’en 2004) de voir, presque, tous les pays de l’Europe, de traverser (15 jours) les Etats-Unis de la Nouvelle Orléans à Los Angeles et connaître (une partie de) l’Australie (19 jours, 6.000 km).
1962 – nous obtenons la permission de rendre visite à la famille qui a élevé ma femme en France, jusqu’à ses treize ans, et nous découvrons un monde qui nous était, naturellement, totalement inconnu. De retour à Bucarest, je commence par ne plus être admis à mon travail à l’Institut, le temps que le Directeur Général annule la décision des services de sécurité (car j’avais été dans un pays capitaliste) et je deviens « chercheur » pour ne plus être responsable de l’unité de plus de 50 personnes que je dirigeais auparavant. Ce qui me donne la possibilité de faire publier plusieurs articles techniques dans des revues soviétiques, anglaises et françaises. Ce qui me servira plus tard.
Suivant le souhait/décision de Marie, nous n’avons de répit que de nous préparer à quitter définitivement un des paradis socialistes de l’Europe. Et, un an après nous voilà dans un pays socialisant différent, Israël. J’y retrouve des camarades de lycée ou de Polytechnique ou des amis d’enfance, tous occupant ou destinés à des emplois prestigieux (IBZ, vice-président de l’Industrie Aéronautique d’Israël). On apprend ce que liberté veut dire et, sans aucune difficulté, je commence à travailler pour une société récemment créée et, en même temps, au Technion (l’équivalent de X) à Haïfa, deuxième ville d’Israël.
1963-4 (IA, Gemini) - Elron Electronic Industries, fondée en 1962 par Uzia Galil à Haïfa, est considérée comme le « grand-père » de la haute technologie israélienne. En 1964, Elron élargissait rapidement son rôle en tant que pont entre la recherche sur la défense et l’industrie commerciale.
Le premier succès d’Elron a été construit sur la création d’outils de mesure électroniques sophistiqués pour les applications nucléaires. Certains de ses premiers contrats concernaient le développement d’instrumentation pour la Commission israélienne de l’énergie atomique (IAEC) et les réacteurs de recherche à Soreq et Dimona ainsi que pour l’extraction de l’uranium de la mer Morte. J’ai connu le travail à - 430m du niveau de la mer (Méditerranée), à côté de Sdom-Mer Morte (la vieille Sodome de la Bible) sous une température de 43/45°C en participant à la construction d’équipements de mesure pour le « yellow cake ». Aussi pour le réacteur de Nahal Soreq. Je travaille aussi à mi-temps au Technion où je suis chargé de créer un « hodoscope » (Wikipédia) comme accessoire pour une thèse de doctorat devant démontrer que la demi-vie du méson de Yukawa était bien (démontrée en théorie) de 3,14𝞵sec. 17 ans après je retrouve, professionnellement, le destinataire de l’équipement.
Des relations avec une société française amène l’ingénieur avec lequel on travaillait, de faire en sorte que je sois invité pour soutenir une thèse de 3ème cycle (doctorat) à Orsay. Uzia Galil m’encourage de l’accepter. Nous voilà dans le pays dont la langue est celle, maternelle, de ma femme. Mais, vu la modicité de la bourse et le fait que nous étions trois (notre fils avait 10 ans) j’ai dû commencer par trouver du travail.
Embauché, comme chef de laboratoire, par une grande société de Radio &Télévision qui voulait créer une division d’électronique professionnelle. Je commence par former une équipe. Un jeune ingénieur (JH- Ecole Française de Radioélectricité) m’aide. Nous nous voyons encore, de temps en temps, après plus de 60 ans. Et les premiers travaux : des fréquencemètres pour les « tirs au Sahara » (les essais nucléaires de l’époque, j’ai disposé d’une habilitation « secret défense ») et/ou des voltmètres de 250KVolts pour l’EDF-Renardières. Mais au bout de moins de trois années (IA, Gemini) « Premier multimètre numérique au monde Digitest, Une innovation française (1967). Pourquoi est-il célèbre ? Le Digitest, commercialisé par la société française Schneider Électronique (plus tard rachetée par Honeywell), occupe une place légendaire dans l'histoire de l'instrumentation : il est largement considéré comme le premier multimètre numérique portable et compact au monde réussissant l'exploit de miniaturiser l'électronique nécessaire pour tenir dans un boîtier à peine plus grand qu'un multimètre analogique de l'époque. Son look "industriel vintage", souvent gainé de gris ou de noir avec une façade épurée, en fait aujourd'hui un objet de collection très prisé des amateurs d'électronique ancienne. Martin Birnbaum a travaillé pour Schneider Électronique notamment sur le Digitest, le premier multimètre numérique au monde construit avec des transistors et un circuit LSI (64/67).
Admis pour préparer une thèse de Doctorat (Professeur Tubiana – Gustave Roussy, Montrouge) j’ai continué de travailler pour Schneider RTV et sa filiale Schneider Électronique jusqu’en 1976. J’ai aussi l’opportunité (non recherchée) de gérer une grève des plus de 200 salariés dont les conditions matérielles sont, pourtant, meilleures que dans d’autres entreprises. Je comprends que les motivations ont, en réalité, un substrat politique car je suis aidé par la municipalité communiste (Choisy-le-Roi) à y mettre fin. A l’époque, Schneider Électronique devient le premier exportateur français d’appareils de mesure numériques et la reconnaissance pour ce que l’on construisait comme appareils est venue des représentants qui commercialisaient les produits, Honeywell aux Etats Unis et Philips en Europe.
1977 – après une courte période pendant laquelle j’ai agi comme conseil pour des sociétés importantes (Hewlett-Packard, Schlumberger…) j’ai accepté de travailler pour le groupe allemand Hartmann & Braun qui souhaitait fournir des produits pour la construction des centrales nucléaires françaises. D’un autre côté, leur filiale française perdait de l’argent et ils étaient à la recherche d’un Gérant. Un peu connu dans le milieu industriel, j’ai commencé par réorganiser la société (siège commercial à Paris, siège industriel à Metz) et pendant trois ans j’ai partagé mon temps, chaque semaine, entre Paris et Metz, en utilisant l’A4 qui venait d’être mise en fonction. J’ai eu la chance d’embaucher SR, autant pour sa connaissance des langues (allemand, russe, anglais) que pour son sérieux, sa discrétion et sa maturité. Dès la deuxième année la filiale a arrêté les pertes. Par la vente de nouveaux produits l’activité commerciale s’est redressée et SR qui devait recevoir les rapports des TC, chaque fin de semaine à 16h00, y a été pour beaucoup. Mais il fallait pénétrer le marché voulu par H&B qui était, à l’époque, le monopole d’un constructeur français. (IA, Gemini) Dans une centrale nucléaire de type PWR (Pressurized Water Reactor) de conception Westinghouse, le nombre de capteurs de pression varie selon la puissance de la tranche (900 MW, 1300 MW ou 1450 MW) et les spécificités du site. Cependant, on peut estimer qu'il y a plusieurs centaines de capteurs de pression et de pression différentielle pour l'ensemble d’une l'installation. La filiale de H&B, Schoppe & Faeser en fabriquait ; les capteurs Schoppe & Faeser (souvent abrégés S&F) sont des références historiques dans l'instrumentation des centrales nucléaires, particulièrement pour les paliers 900 MW et 1300 MW en France et sur les designs Westinghouse en Europe. Un fabricant français (Contrôle Bailey) fournissait, seul, des capteurs à Framatome. J’avais réussi à convaincre la direction technique de Framatome qu’ils se devaient d’avoir deux fournisseurs, comme redondance, pour leurs plannings de construction des centrales nucléaires. Pas facile mais …de 1977 à 1980 la filiale française de Hartmann & Braun que je dirigeais a réussi à en fournir pour plus d’une douzaine de centrales nucléaires que j’ai visitées pendant leur construction. J’ai ainsi participé, petitement, à l’une des principales aventures technologiques du pays pendant les « 30 glorieuses » Et en troisième année la filiale était bénéficiaire, à la satisfaction de mes mandants. Mais on a fait mieux.
La France (collaborant avec l’Allemagne et l’Italie) avait décidé de construire un surrégénérateur (consommant de l’uranium et produisant du plutonium). (IA, Gemini) – Superphénix -Son système de contrôle-commande était une prouesse d'ingénierie pour l'époque, car il devait gérer les spécificités d'un fluide caloporteur complexe (le sodium) et des cinétiques de réaction très rapides. La société que je dirigeais a réussi le concevoir et obtenir sa fourniture dans la cadre d’un appel d’offres auquel avaient répondu tous les « grands » de l’époque. La France avait, à l’époque, une avance de plus de 45 ans par rapport aux études actuelles sur les réacteurs de 4ème génération (comme le projet ASTRID). Arrêté plus de 20 ans après, dans un des premiers actes absurdes imposés par des politiciens irresponsables en train de sacrifier le « nucléaire civile » du pays. Et 25 ans après, un de mes petits-fils (master réseaux informatiques) participe au démembrement du surrégénérateur et trouve, à Creys-Malville, des appareils fournis par la société gérée par son grand-père…
Et nous sommes en 1980. Le Président d’Elscint (le doctorand pour lequel j’avais conçu l’hodoscope 17 ans avant) visant 10% du marché mondial d’imagerie médicale électronique et connaissant la difficulté de pénétrer le marché français due, essentiellement, au monopole dont disposait la CGR, filiale de Thompson, me propose le poste de vice-président de la société, en charge avec les 8 filiales en Europe et, surtout, celle de PDG de la filiale française.
J’accepte, à partir de janvier 1981 (mon contrat prévoyait un préavis, de part et d’autre, d’un an) en dépit des demandes répétées de H&B d’y rester. En me séparant difficilement de l’emploi précédent et de l’équipe que j’avais autour de moi. Dont les principaux membres m’ont suivi : RU depuis et pendant une vingtaine d’années, AC une quinzaine et SR depuis la fin de ses études universitaires jusqu’au moment de faire valoir ses droits à la retraite. SR, pendant 37 ans, mon « mur de ricochet » qui m’a aidé, chaque fois, à voir plus clair au commencement de chaque nouveau projet.
Connaître les produits, comprendre les circonstances présentes dans chaque pays, surtout en France, créer une unité d’études et fabrication d’un équipement particulier cela prend du temps. Pourtant on réussit à, petitement, ouvrir la porte du marché français et voilà Elscint qui installe trois scanners à Rayons X (à Chaumont, à Grenoble et à Hôtel-Dieu à Paris – inauguré par Shimon Peres, futur PM et Président d’Israël !), plusieurs Gamma Caméras et une dizaine d’équipements de radiologie numérique. Exploit technique aussi, vue la technicité des équipements, le tout sous la responsabilité de MS qui m’a suivi pendant plus de 20 ans après Schneider Électronique. Et, dans la foulée, on installe le premier scanner à Rayons X du Département de l’Oise, à Sarcelles et, depuis, je me targue d’avoir maintenu l’amitié des promoteurs du Centre d’Imagerie Paris-Nord, J-L. B et A.K, de si longue date.
1983 – j’ai l’opportunité de plaider (accompagné d’un diplomate, Conseiller Commercial, EG) devant le Directeur du Cabinet de Pierre Bérégovoy (nommé ministre de la Santé en mars 1983) le besoin impérieux de la France de s’équiper en scanners à Rayons X (moins d’une douzaine dans le pays) situation, en large mesure, crée par le monopole de la fourniture d’équipements d’imagerie médicale détenu par la CGR. Six mois plus tard, la France lance un plan d’équipement de 24 scanners (en affectant 8 à chacun des trois constructeurs retenus, CGR, Siemens et Elscint). J’entretiens de bonnes relations avec deux professeurs de médecine, un chef de service à l’Hôtel-Dieu (J. Ecoifffier) et l’autre à Bichat (M. Laval-Jeantet). Des discussions approfondies avec le premier le fait me proposer de reprendre la possibilité d’acquérir mon doctorat avec une thèse relative à l’emploi de gamma caméras utilisant comme source, non pas des isotopes radioactifs, mais les générateurs de Rayons X présents dans tout cabinet de radiologie. Deuxième admission en septembre 1983.
(IA, Gemini), Elscint, alors en pleine ascension mondiale, a voulu réaliser une opération stratégique majeure concernant la CGR (Compagnie Générale de Radiologie), qui était la branche d'imagerie médicale du groupe français Thomson.
Les négociations de 1983 entre Elscint et Thomson (pour le rachat d'actifs de la CGR) constituent un moment clé de l'histoire industrielle franco-israélienne, marqué par des personnalités de premier plan et une médiation financière de haut niveau via la Banque Edmond de Rothschild dirigée par l’ancien conseiller industrie de G. Pompidou, Bernard Esambert.
Voici les rôles précis des protagonistes :
Les négociateurs d'Elscint (Israël)
- Avraham Suhami : Fondateur et PDG d'Elscint à l'époque. C'était le "cerveau" visionnaire qui voulait transformer Elscint en une puissance mondiale capable de détrôner General Electric. Pour lui, l'alliance avec CGR était le levier pour conquérir l'Europe et stabiliser ses positions aux USA.
- Dan Tolkowski : Ancien commandant de l'armée de l'air israélienne et figure majeure du capital-risque. Il siégeait au conseil d'administration d'Elscint et apportait une stature stratégique et politique indispensable aux négociations internationales.
- Martin Birnbaum : Un cadre dirigeant d'Elscint, souvent impliqué dans les opérations financières et le développement international du groupe.
Du côté de Thompson – Jacques Fournier (un des deux frères fondateurs de Carrefour) Directeur Général de Thompson.
Pourquoi cette négociation est-elle restée célèbre ? C'était une alliance "contre nature" pour l'époque : une entreprise de haute technologie d'un petit pays (Israël) qui venait au secours d'une branche sinistrée d'un géant nationalisé français. L'accord de 1983 prévoyait que CGR produise du matériel pour Elscint, tandis qu'Elscint apportait son avance technologique en imagerie numérique. Tous documents signés et paraphés, (à la demande de son Directeur de cabinet, Louis Schweitzer) je suis allé les déposer en main propre à Laurent Fabius, ministre de l’Industrie à l’époque, sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay d’où il partait en Chine pour un voyage de douze jours. Refus de vente à Israël a-t-il décidé ; CGR vendu, deux ans plus tard, à Général Electric. On me demande d’accompagner un groupe de trois dirigeants d’Elscint dans un « road show » auprès d’institutions financières en Europe. Entre autres, au plus prestigieux hôtel de Suisse, le Baur au Lac à Zürich où nous expliquons les raisons pour lesquelles on va changer de cotation du NASDAQ vers la NYSE, principale bourse mondiale. Anecdote : je quitte l’hôtel en oubliant de payer la note et … SR reçoit quelques jours après un coup de fil, gêné, de l’hôtel… tout est réglé !
(IA, Gemini) Au début des années 1980, Martin Birnbaum occupait un rôle clé au sein de la filiale française, Elscint France S.A., aussi en tant que responsable technique et inventeur.
D'après les archives de brevets et les registres technologiques de l'époque (notamment pour l'année 1982), son rôle se définit ainsi :
- Inventeur : Martin Birnbaum est répertorié comme l'un des principaux inventeurs pour Elscint France. Il a travaillé sur des dispositifs de traitement d'image, essentiels pour la radiologie de l'époque.
- Expertise en Imagerie : Il a notamment déposé des brevets concernant des procédés et dispositifs de composition et de recopie d'images. Ces technologies permettaient de transférer les images numériques obtenues par les scanners CT sur des supports physiques ou des films radiologiques.
- Développement Local : Son travail démontre que la filiale française ne se contentait pas de la vente, mais participait activement à l'amélioration technique des systèmes d'imagerie produits par le groupe.
Martin Birnbaum était l'un des piliers techniques d'Elscint en France, garantissant que la technologie des scanners (gamme Exel) reste à la pointe de l'innovation en matière de restitution d'image (Formax). Martin Birnbaum a joué un rôle technique essentiel au sein de la filiale française d'Elscint (Elscint France S.A.). (IA, Gemini) Le FORMAX d’Elscint est un appareil multiformat (également connu sous le nom de « multi-imager ») utilisé en imagerie médicale dans les années 1980 et 1990.
Avant l’ère des hôpitaux entièrement numériques et des réseaux DICOM, les images médicales provenant des scanners CT, IRM et échographes devaient être imprimées sur un film radiographique physique pour que les médecins puissent les examiner. Le FORMAX était l’équipement responsable de cette tâche. Il a été pendant des années considéré le meilleur au monde, RU n’y a pas été étranger et je suis fier d’avoir inventé pour lui des bases de temps de durée variable nécessaires pour que les images sur les films radio soient de dimensions différentes selon les décisions des médecins.
Janvier 1984 – je vais avoir 51 ans et il me souvient l’aphorisme de mon père « après 50 ans il faut travailler pour soi-même, non pas pour les autres ». J’informe le PDG d’Elscint que j’ai décidé de quitter la société. Elscint réalisait en Europe, à mon arrivée, un chiffre d’affaires d’un peu plus de 5 millions de $. L’année de mon départ le chiffre d’affaires a été multiplié par 11 dont 90% en France. Et je reprends ma passion de motocycliste (en achetant une BMW) : résultat d’un compromis avec Marie à laquelle j’avais dit que je voulais apprendre à piloter des petits avions - ce dont elle ne voulait pas entendre parler.
Les années passées pour contribuer au début de la deuxième aventure remarquable du pays (l’installation des scanners à Rayons X, moins d’une douzaine en 1981, 1.407 aujourd’hui + 1.277 IRM !) ont été particulièrement éprouvantes : sur 12 mois entre 1982 et 1983 j’ai pris 90 fois l’avion (le Concorde aussi) pour des voyages à l’étranger, aussi près qu’à Londres et aussi loin qu’à Pékin, San Francisco ou Mexico. Aussi en Allemagne de l’Est (1982, avant la chute du mur) où j’ai pu voir ce qui restait de Dresde après les fameux bombardements anglo-américains. Quatre années dans un environnement intellectuel constitué de gens (mes collègues) dotés tous de doctorats ou brevets d’ingénieurs et qui étaient ce que l’on trouvait de mieux dans un pays qui était troisième au monde pour la densité ingénieurs/1.000 habitants (Israël, 3ème après l’Allemagne-5, Russie-4,5 et Israël-4, France-3,5).
Quelques tentatives pour me retenir, demande de collaborer avec mon remplaçant, rien à faire, je quitte Elscint en avril 1984 en acceptant de rester comme conseil pendant quelques mois, pendant la mise en place de mon remplaçant. Et Uzia Galil (qui m’avait embauché 20 ans auparavant et avait contribué à la création d’Elscint) me traite de « traître » mais on garde une relation suivie jusqu’à son décès en 2021. Et chaque fois quand il passe par Paris il vient dîner à la maison puisqu’entre autres, il sait qu’il y aura du bon fromage 😀
Quelques mois avant, j’avais dit à Marie que j’aimerais créer une (des) société(s), gérer et développer pour une éventuelle opération « capitalistique » ultérieure. Tout en ajoutant que je devrais mettre « sur la table » la totalité de nos économies de l’époque et que la probabilité de la réussite n’était pas de 100% (une certitude). Bien qu’elle sût, déjà, ce que voulait dire une vie soumise à des aléas, sans repères fixes, elle me fait confiance. Je créé la holding CECE (Constructions Et Commerce Électronique) avec un capital de 450.000 F., siège rue de France à Vincennes et je rachète à Elscint une de ses sociétés (DMS-Montpellier, acquise trois ans plutôt) en payant 2.000.000 F. financés, pour l’essentiel, par un prêt accordé par le CIC dont j’étais client depuis une dizaine d’années (prêt remboursé en moins de cinq ans). Et mon doctorat ? Mes nouvelles occupations ne me laissant pas le temps pour préparer la thèse … pour la deuxième fois j’abandonne un rêve qui m’aurait tant plu de réaliser.
Réputée pour ses produits, DMS est sollicitée (ministère de l’Industrie,1986) pour assurer un transfert de technologie en faveur d’un Institut de recherche de l’académie des Sciences de l’Union Soviétique. SR m’assiste pendant la négociation des conditions matérielles de l’opération, sa connaissance du russe (bien meilleure que la mienne) jouant tout son rôle. Occasion, au cours de moult voyages à Moscou, de connaître un jeune couple d’ingénieurs avec lesquels on sympathise et on garde de relations amicales qui perdurent, depuis 40 ans. J’aide A.C. à créer MICA – qui deviendra « le spécialiste français de la colorimétrie » en associant un spectromètre à un calculateur (on ne parlait pas encore d’ordinateurs). Et qui a organisé des sessions de formation aux métiers des couleurs pendant une dizaine d’années à l’Abbaye de Royaumont pour les cadres supérieurs de sociétés comme Renault, Peugeot, et tant d’autres. J’ai fourni la moitié du capital nécessaire et disposé, donc, de 50% des actions. Les amis de Sarcelles avaient essayé d’entrer dans « le monde des affaires » en achetant une société de distribution de produits électro-médicaux : pompes portables d’insuline, chambres implantables pour la délivrance de drogues dures, enregistreurs médicaux. Se rendant compte de la difficulté de mener deux activités en parallèles, la Holding CECE leur rachète ladite société via une opération, un peu, compliquée (suggérée par J-Y. R dont l’amitié perdure, elle aussi, depuis 45 ans) car sans sortie de cash. Nous sommes seulement en 1986 et les choses ne se passent pas trop mal. En particulier, à Montpellier où j’avais noué des relations (presque) amicales avec le maire de l’époque, George Frèche (qui m’avait promis de m’ériger une statue dans la ville). Content de ce que nous apportions à la ville (emplois, réputation, taxes) il nous aide quand nous en avons besoin surtout via son Secrétaire Général de l’époque, J-F. Carenco dont j’ai suivi la carrière [préfet, nommé à plusieurs endroits jusqu’à l’Ile de France et, finalement, ministre des Territoires d’Outre-Mer (2022-2023), quand on s’est souvenu, tous les deux, du Montpellier des années 80]. Pendant deux ans « je me paye » un petit salaire, à peine ce qu’il est nécessaire pour le maximum possible de retraite CNAV.
Je regards ce qui se passe dans le monde des équipements électroniques pour la médecine. J’apprends que dans la trilogie technologique des années 85-90 dans un service de neuro-réanimation de l'époque (49 en France car à l’époque, il y a, annuellement, plus de 10.000 morts en accidents de circulation), on trouvait souvent deux technologies distribuées par Michel Frères et DMS : « DMS Doppler » : pour la mesure indirecte et non invasive du débit sanguin cérébral et/ou « Pompes et cathéters » pour la gestion des fluides et des traitements spécifiques.
Je fais appel à des amis américains et, rapidement, je suis en contact avec Camino (San Diego- plus tard rachetée par Medtronic) qui fabrique des équipements pour la mesure directe (invasive) de la pression intracrânienne (par fibre optique). Leur système utilisait un capteur de pression miniature placé directement à l'extrémité d’une fibre optique introduite dans la cavité intracrânienne. La pression déformait une petite membrane, modifiant la réflexion de la lumière, ce qui permettait une mesure extrêmement précise et stable, sans avoir besoin d'un système extérieur rempli de liquide.
J’obtiens la représentation pour la France et, dans la foulée, on investit 100.000$ dans la société avec laquelle on garde d’excellentes relations pendant plus de 5 ans. Michel Frères, avec deux médecins parmi ses salariés que j’avais fait embaucher, réussit à équiper avec des produits de Camino la totalité des centres de neurochirurgie de la France. Un autre domaine attire mon attention : le taux du désordre génétique qui varie d’une manière exponentielle en fonction de l’âge de la procréation des femmes et qui commence à poser un problème en France car il n’y a pas de structure existante pour des examens d’analyse chromosomique. Ce qui obligeait des femmes d’âge avancé, qui avaient les moyens, d’aller en Belgique ou Italie. Avec l’aide d’un groupe de biologues de Clermont-Ferrand (et J.K.) on crée « Chromoscan » et un équipement qui permet de déterminer, avec grande précision, l’existence (ou l’absence) de tous les chromosomes nécessaires pour la naissance d’un bébé normal. Un camarade de promotion (A.G.) me demande de l’aider dans le financement de sa société établie à Vienne (Autriche), je le fais, ce qui me donne la possibilité -pendant les deux années de contact, quand je vais le voir professionnellement- d’assouvir une autre passion : assister à des productions classiques à la réputée Wiener Staatsoper.
Et nous sommes en 1987. Des relations financières me mettent en contact avec une filiale du Crédit Lyonnais (la même qui avait financé les débuts de Vincent Bolloré et/ou Bernard Tapie) et la SDBO prend une participation de 15% dans la CECE par augmentation de capital : la mise de départ est multipliée par 22. Le Conseil d’Administration de la Holding me reconnaît des émoluments qui sont trois fois supérieurs à ceux obtenus chez Elscint. N'ayant pas pris des vacances depuis quelques années, je décide, avec l’accord de Marie, de partir pour six semaines, seul, aux Etats-Unis en laissant à Paris, un seul numéro de téléphone (celui d’un ami de longue date établi à Chicago) comme point fixe pour, éventuellement, des urgences familiales ou professionnelles. Et je demande à mon équipe de gérer la société sans attendre mon retour, et prendre les décisions idoines quelques soient les circonstances qui le demanderaient. J’aère mes neurones, en passant de ville en ville, pour voir un pays à nul autre pareil ce que l’on ne soupçonne pas en se trouvant seulement à New York, Chicago ou San Francisco. Je reviens à Paris et j’accepte (après avoir refusé pendant des années) que Marie ait un chien. Ce sera le premier, suivi de deux autres qui nous ont accompagnés pendant 37 ans.
Trois ans plus tard, la prestigieuse banque anglaise Baring Brothers (qui, dans un passé lointain, avait œuvré à la cession de la Louisiane aux Etats Unis) nous contacte et la Holding CECE cède, via un groupement ad-hoc, les trois sociétés (DMS, Michel Frères, Chromoscan) à Cambridge Instruments, société cotée à Londres. En parallèle, une société cotée à Zurich (Eichoff), représentante de Data Color en Suisse, nous contacte et MICA est cédée pour une valeur équivalente à 48 fois la mise initiale. La holding CECE se trouve en possession d’un montant de cash équivalent à presque 120 fois ma mise initiale. Marie ne s’est pas trompée en me faisant confiance. Ni la SDBO, ni les proches collaborateurs qui ont partagé le succès comme ils ont partagé les efforts pendant six ans de travail soutenu.
Mais les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Une filiale du Crédit Lyonnais nous propose d’entrer au capital de la holding, moitié emprunt convertible, moitié rachat d’actions. Occasion pour trois membres de l’équipe (disposant d’actions de la société) de pouvoir financer intégralement l’acquisition de leurs maisons, deux en banlieue parisienne et une à Paris. Occasion pour les amis de Sarcelles de récupérer, avec un plus, la valeur cash de la société qui leur a été achetée quatre ans auparavant. A la recherche de nouvelles activités on décide, sans connaître, ni les produits ni les marchés, de créer une holding, CPF (Cosmétiques et Parfums de France) et de racheter deux sociétés produisant des parfums (Molinaro - à la Sanofi - et Weill) et deux sociétés produisant des cosmétiques. Le temps de comprendre (bien que des procédures de « due diligence » aient été effectuées) que les comptes des sociétés de cosmétiques (une appartenant à la BNP) étaient travestis et, bref, deux ans après, on a cédé les sociétés produisant des parfums et liquidé les deux autres. Le résultat (pour moi) la perte de (presque) la totalité des gains précédents. Cela n’a pas affecté le sort de l’équipe que j’avais refusé d’entraîner, capitalistiquement, dans la nouvelle aventure. Équipe caractérisée par la loyauté et le respect réciproque de ses principaux membres qui m’ont suivi en me faisant confiance.
Début des années 1990, un nouveau marché s’ouvre en Europe – la Russie. Je crée « Médiation » et avec l’aide d’amis russes (le couple rencontré des années avant) on part pour la fourniture d’équipements industriels à utiliser pour le lavage aseptisé des objets textiles employés dans les hôpitaux. Les maladies nosocomiales faisant des ravages à l’époque, la fourniture d’équipements français et italiens a été l’objet des activités de Médiation.
Je viens de dépasser la soixantaine, je cède Médiation à d’autres intérêts et je décide de « lever le pied ». Encore une année et je fais valoir mes droits à la retraite en décidant de prendre le temps pour réfléchir avant d’entreprendre une autre activité. Entre temps (1995) je commence à voyager (pendant ses vacances) avec Clément, mon premier petit-fils, tous les ans, pour des durées de 10/15 jours, en visitant une partie des pays du monde jusqu’à ses 18 ans. Six ans après je fais la même chose, pour la même durée, avec Paul, mon deuxième petit-fils. J’ai tenu à ce qu’ils connaissent le monde, tellement différent de celui qui était le leur et de voir, par eux-mêmes, autant que possible et de plus près, les grandes différences sociales. Combien de jeunes français ont-ils connu à 13 ans le Machu Pichu, le Lac Titicacca, les Galapagos, les Chutes de Niagara ou le Cap de La Bonne Espérance ?
Notre fils, Michel (1997), ayant quitté la médecine à laquelle il avait consacré presque 20 ans, se trouvant à la tête d’un groupe de presse éditant 7 magazines avec autant de sociétés, me demande de l’aider dans la gestion de l’ensemble. Avec l’aide de SR on réussit à intégrer les sept sociétés en une et par une fusion inversée la société 1633SA absorbe l’ancienne holding CECE en récupérant son « tax loss carry forward » relatif à la perte évoquée. Trois ans après, j’apporte mon expérience à une négociation avec deux filiales financières de la même banque qui prennent une participation de 15 millions de francs (moitié rachat d’actions, moitié emprunt convertible) ce qui donne la possibilité à Michel (et à son associé de l’époque) de matérialiser le résultat de beaucoup de années de travail. De là et jusqu’en 2015 je fais partie du Conseil d’Administration de 1633SA et j’aide (complémenté de SR) Michel dans la gestion de son groupe. Dernière action : suivi d’une négociation pour la cession du groupe à Mathieu Pigasse. Qui ne se fera pas.
Avec Marie, un accord depuis, pratiquement, quand on a commencé à travailler tous les deux, faisait que l’on ne discutait pas des sujets liés au travail de chacun. Ce qui nous laissait la possibilité d’avoir des discussions, souvent, acerbes car nos options politiques étaient diamétralement opposées. Et en 2004 (mode qui commençait à se faire jour) elle m’a suggéré de créer un blog. Tout en acceptant de lire les textes que j’écrivais avant leur publication (ce que mon fils a accepté de faire après le départ de Marie). Ce fut « France-Israël, amour-haine » que je vais arrêter après 22 ans pendant lesquels j’ai mis en ligne quelques 450 textes (équivalant quelques 2.200 pages) lus par plus de 25.000 lecteurs uniques (selon les statistiques du portail). Un tiers (la moitié ?) de ces textes témoignaient, à mon grand désespoir, du déclin irréversible du pays. Je savais de quoi je parlais, rien de substantiel n’est venu contredire mes extrapolations.
Arrêter le blog ? Oui, j’ai décrit pendant des années, le cœur lourd, la dérive déclinante du pays pour lequel je suis un « français de désir ». Je me suis approprié la langue (avec l’aide de Marie et, plus tard, de SR) car depuis longtemps j’ai eu comme « nourritures célestes » Rabelais et les classiques, les écrivains français d’Anatole France, Romain Rolland, Henri Barbusse à Céline comme ceux de la deuxième moitié du dernier siècle, plus de 2000 livres composant ma bibliothèque.
Et j’ai regretté, chaque jour, mon incapacité à faire part de ceux qui, voyant les choses comme moi, agissaient pour s’y opposer. Certains lecteurs du blog savaient « d’où » je parlais pour avoir connu une partie de mon cursus. Personne, ou presque, ne connaissait une autre partie m’ayant eu donné l’occasion d’apprendre les différences entre la vraie personnalité des gens et l’image donnée d’eux-mêmes. Oui, j’ai assisté sans faire quoi que ce soit à la destruction par la France de sa relation « amour » avec le pays qui m’a fait connaître le monde libre et auquel je suis attaché tout autant. La France (son Président actuel) qui s’est révélée adversaire d’Israël. La France, qui maintenant, après qu’Israël guerroyait sur sept fronts et qui confronte maintenant l’Iran qui se retrouve seul sur sept fronts, prône « une négociation franche » avec une théocratie terroriste. Qu’une partie de son intelligentsia ait contribué à son installation il y a 47 ans. La France qui par son Président déclare, urbi et orbi, à l’occasion du conflit direct entre l’Iran et Israël « « La France n’a été ni prévenue ni impliquée, tout comme d’ailleurs l’ensemble des pays de la région et nos alliés » Quel autre témoignage de ce que la France est devenue ? La France qui voudrait parler à tout le monde sauf à Israël car ce pays n’est plus son allié (le 7 juin 1961, De Gaulle a levé son verre « à Israël, notre ami, notre allié) ». Pays habité, entre autres, par de descendants de Rachi de Troyes (11ème siècle), (IA Gemini) Les gloses de Rachi comptent environ 3.500 mots de vieux français, constituant l'un des lexiques les plus riches pour comprendre la naissance de la langue française et, surtout, sa phonétique. Cette longue histoire a forgé un profond attachement des Juifs français au pays qu’ils ont aidé à construire.
On sait que j’ai connu la peur de la mort à 8 ans (pogrome de janvier 1941) et de nouveau à 11 ans (bombardement de Bucarest le 4 avril 1944), le monde « d’en bas » et ses contraintes à 15 ans, la faim (la vraie) à 17 ans, la joie et la fierté de construire une famille avec Marie à l’arrivée de Michel et, beaucoup plus tard, celle d’Anne et des garçons (et leurs diplômes, à tous les trois, dont je suis fier). Une certaine opulence plus tard, (qui nous a permis à Marie et à moi, d’aider non seulement nos parents proches mais tous ceux, dans le besoin, de notre cercle amical) ayant vécu dans trois pays (et vu, un, aller vers le haut d’une manière exceptionnelle et un autre, vers le bas d’une manière non moins exceptionnelle). Ayant passé à deux doigts du départ définitif ces dernières années.
Mais, oui, je me désole d’avoir vu le pays auquel j’ai contribué le plus par mon travail, se laisser détruire pour devenir la onzième économie mondiale après l’avoir connue troisième. Oui, je me désespère d’avoir assisté à la destruction de l’enseignement, du système de santé, de sa capacité à innover et à produire, de son rayonnement culturel jadis inégalé, de l’abaissement de sa langue, jadis joyaux du monde, transformée en un volapuk trivial en oubliant Platon (L'incorrection du langage n'est pas seulement une faute contre le langage même : elle fait encore du mal aux âmes). Le tout en acceptant l’installation sur son sol d’un autre peuple, venu d’ailleurs, avec des rites, mœurs et motivations autres que celles de ceux qui l’ont construit de Clovis à De Gaulle. A se demander, comme pour le bateau de Thésée, si la France est toujours la France.
Arrêter, car j’aimerais éviter que mes petits-fils lisent, dans des textes de leur grand-père, l’avenir noir qu’il présage pour leur pays, la France. Aujourd’hui je le fais, vous venez de lire le dernier texte que je mets en ligne.
Amitiés à vous tous,
Martin.
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