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6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 07:52

Sans vouloir interrompre la quiétude des vacances des lecteurs du blog, je réponds à plusieurs questions relatives à ce qui se passe chez nous et, surtout, par-delà les statistiques concernant les pertes et le temps perdu, en Ukraine/Europe.

 

Effectivement, l’été que nous sommes en train de vivre est inédit. A tel point que la phrase prémonitoire de Vladimir Bukowski « J’ai vécu votre futur et je vous dis que ça ne marche pas » (L'Union européenne, une nouvelle URSS ? 2005) ne résonne pas du tout curieusement pendant ce curieux mois d’août.

Curieux ? Essayons voir.

Tout d’abord chez nous. En laissant de côté les 15.000 hectares brulés (et le manque cruel de Canadairs), en laissant de côté les urgences des hôpitaux qui ferment à 20 heures par manque de personnel (et un mépris institutionnalisé pour les généralistes de ville – cf leurs consultations à 25 €), en laissant de côté ce qui se passe, tous les jours de la semaine dans les « territoires perdus de la République » notre attention s’est focalisée sur ce qui se passe à l’Assemblée Nationale. Ce qui se passe depuis que 79 députés, dûment élus par le peuple, jouent aux clowns et transforment l’amphithéâtre en champ de foire. En soulignant, fortement, qu’ils sont là pour « être pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour » Tout cela pour défendre les pauvres qui les ont élus et qui les découvrent. Ils ont quand même réussi (une partie d’entre eux) à remettre sur le devant de la scène ce qui les caractérise, un antisémitisme patent qui leur colle à la peau et dont ils sont incapables de se défaire. C’est la fameuse résolution visant à condamner Israël pour avoir mis en place « depuis 1948 (?!) » « un système d’apartheid systématique d’oppression et de discrimination avec l’intention de maintenir le contrôle d’un groupe ethnique-national-racial sur un autre » Signé par 35 députés de Nupes dont 21 communistes, y compris leur secrétaire général que l’on s’évertuait pendant la campagne pour les élections présidentielles de nous présenter comme quelqu’un de sérieux, de modéré, et d’une culture républicaine. Certains (la majorité de la classe politique ?) ont été surpris par le caractère clairement antisémite de ladite résolution. On ne devrait pas l’être car l’antisémitisme est bien ancré avec ses racines dans la gauche en partant de 1789, de la « Terreur » qui n’épargne pas les juifs, ensuite des philosophes de gauche Fourier (« le juif, parasite qui infeste…), Proudhon et Auguste Blanqui, jusqu’à Jean Jaurès (avant de devenir Dreyfusard…). Mais parler de « race » (juive, sans doute, qui oppresse la « race palestinienne ») on revient au temps de l’Allemagne nazie sous la signature de Monsieur Fabien Roussel. Et pendant que l’on perd son temps avec des ignominies sans nom, notre pays, il y a quelques années 5ème puissance économique mondiale est devenu sixième et maintenant septième.

Mais il y a pire. On ment. La facture énergétique, étant passée de 27 milliards d’euros au second semestre 2021 à 48 milliards au premier semestre 2022 (soit 21 milliards de plus) « le journal de référence » titre Le prix de l’énergie fait plonger le déficit commercial français à 71 milliards d’euros au premier semestre 2022 – (Le Monde, 05.08.22). On occulte le déficit structurel (50 milliards d’euros, exactement la moitié de celui de 2021) pour instiller, subliminalement, « voilà ce que nous coûte la guerre de l’Ukraine »

Regardez le résumé des puissances économiques du monde :

Le PIB mondial total est env. 100.000 Milliards $ ; au pro-rata des populations Israël (le blog s’appelle France-Israël) fait 40% plus que l’Europe, 25% mieux que la France (2,9% du PIB mondial, l’Allemagne 4,3 !), 8 fois mieux que la Russie, 5,5 fois mieux que la Turquie et seulement 20% moins bien que les Etats Unis. Ceux qui nous disent que nous nous trouvons sur une spirale descendante ne semblent pas avoir tort. Mais l’Assemblée Nationale a d’autres priorités et comme si le fait que la dette totale (publique + retraites fonctionnaires + « hors bilan ») dépasse 4.000 Milliards d’euros n’est pas suffisamment effrayant, on vote des augmentations du pouvoir d’achat, inflationnistes, bien sûr (car ne résultant pas d’une productivité accrue ou d’une production de valeur en augmentation). Et on continue à nous parler de voitures électriques (hors de prix) en oubliant qu’un programme visant à convertir le transport à l’électricité - sans programme en avance pour disposer d’une production d’électricité idoine n’est rien d’autre qu’un vœux pieux. On me dira que notre Président s’est engagé dans sa campagne présidentielle à mettre en marche un programme visant la construction de 14 réacteurs EPR (1.570MW) jusqu’en… 2050.

Mais on veut que la moitié du parc automobile actuel (plus de 20 millions) soit transformé en électrique jusqu’en 2035 ! Des calculs simples (puissance consommée par voiture moyenne) conduisent à évaluer à 5 ou 6 réacteurs nucléaires le nombre nécessaire pour assurer le fonctionnement du parc électrique. En plein essor de la construction de réacteurs nucléaires en France (années 70/80) avec une filière (qui n’existe presque plus aujourd’hui) on mettait entre 5 et 7 ans pour un groupe de PWR de 900MW. La construction d’un EPR en Finlande a pris 18 ans… celui de Flamanville commencé en 2007 sera mis en marche (on espère) en 2023 soit après16 ans …

Ainsi va la vie dans notre beau pays depuis quelques dizaines d’années. On parle, on promet et puis on passe aux affaires courantes.

L’affaire courante actuelle s’appelle l’Ukraine. Rappelez-vous, pendant sa campagne électorale pour la présidence des Etats Unis, M. Biden a tenu des propos durs au sujet de la Russie - « Poutine sait que, lorsque je serai président des États-Unis, ses jours de tyrannie et ses tentatives d’intimider les États-Unis et les pays de l’Europe de l’Est sont terminés. » (9GAG – The Planet, 2019).

Curieux, non ? M. Poutine a pris peur mais… cela ne l’a pas empêché de lancer son opération spéciale et tenter de « dégommer » le gouvernement de Kiev en trois jours en occupant une grande partie de l’Ukraine. Au cours de la crise avec l’Ukraine en 2014, M. Poutine avait déclaré qu’il avait « 1,2 million de soldats armés de l’armement le plus sophistiqué du monde » et que, s’il le voulait, « ils pourraient être à Kiev en deux jours ». Depuis 2014, l’armée russe a été renforcée, n’est-ce pas ? Comment se fait-il que nous soyons maintenant, pratiquement, six mois après l’« opération spéciale » et il n’y a pas de perspective visible pour un gouvernement ami de la Russie à Kiev ?

M. Poutine a également déclaré (25.02.22) que son objectif dans la guerre était de « démilitariser et de dénazifier l’Ukraine ». Six mois après, la démilitarisation a manifestement échoué car des armes occidentales se déversent, tous les jours, dans le pays. Et si la dénazification signifie établir un régime conforme, projeter une sphère d’influence ou, comme certains le suggèrent, détruire la démocratie en Ukraine, l’échec de la Russie est total. La haine et l’hostilité des ukrainiens envers la Russie vont bien durer des décennies.

Corrompus, mal dirigés et sous-motivés, les militaires russes ont été repoussés de Kiev par des Ukrainiens beaucoup moins bien formés et équipés. Tous les gains russes dans le sud-est de l’Ukraine ont été accomplis en pulvérisant le territoire à distance, puis en prenant en charge les décombres pratiquement, totalement, dépeuplés.

Mais… Les agresseurs potentiels ne pourront s’empêcher de remarquer les coûts élevés que la guerre a imposés à la Russie en termes de pertes humaines, de pertes économiques et d’isolement international. L’économie kléptocratique de la Russie était déjà en déroute depuis une dizaine d’années, et la guerre de Poutine, même si elle s’arrête, d’une façon ou d’une autre, aliénera probablement les clients et les investisseurs éventuels au moins aussi longtemps qu’il sera aux commandes — et probablement beaucoup plus longtemps.

Les agresseurs potentiels peuvent également noter que même si Poutine peut s’accrocher à ses gains territoriaux en Ukraine, il devra les reconstruire, les subventionner pour les gouverner. Ils auront du mal car les forces russes semblent enclines à commettre des actes brutaux qui accroissent l’hostilité à l’égard des occupants étrangers. Ils n’ont pas tenu en Afghanistan (pays de moins de 10 millions d’habitants) ils ne tiendront jamais en Ukraine (pays de 45 millions d’habitants. (International Affairs Forum, 05.08.22)

Ce que la Russie de M. Poutine fait en Ukraine, au vu et au su du monde entier (sauf d’une majorité de russes qui n’ont que la censure de M. Poutine comme source d’information vu le régime totalitaire qu’il a mis en place) ne fait aucun doute quant au fait qu’il s’agit de la destruction d’un peuple, de sa culture, de son patrimoine et de sa langue, ce qui est une preuve supplémentaire de l’intention de la Russie non seulement de briser une nation, mais de détruire tout ce qui en fait une nation. Et le mot pour cela est « génocide » (selon la définition de l’inventeur du mot, R. Lemkin, 1946). Mot que les dirigeants de l’Europe n’ont pas le courage de prononcer ni celui de dire à leurs peuples que ce de quoi il s’agit aux confins de l’Europe préfigure le futur que     M. Poutine (la Chine, la Turquie, l’Iran aussi) voudrait nous préparer.

Et si on place nos espoirs en l’Europe, la poétesse roumaine Ana Blandiana nous avait avertis : Il est évident que dans le choc implacable des civilisations, l’Europe va perdre non pas parce qu’elle n’a pas de ressources, mais parce qu’elle n’a pas la foi. Et je ne parle pas seulement de la foi en Dieu, bien que ce soit évidemment ce dont il s’agit, mais simplement du pouvoir de croire en quelque chose. L’affrontement entre celui qui croit fermement en la vérité de sa foi, aussi aberrante que puisse être cette vérité, et celui qui doute de la vérité de ses idéaux, aussi brillants soient-ils, se terminera toujours par la victoire du premier. (Discours Docteur HC, Cluj – 2016)

 

 

 

 

 

 

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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 18:24

 

Bonjour,

Les vacances continuent, on est fatigué, je me suis dit qu’au lieu de mettre en ligne quelques textes avec des sujets qui le méritent, pour une fois, je mettrai seulement des énoncés : des brèves de comptoir.

Au bon jugement des lecteurs, quelques brèves de comptoir : pour réfléchir à ce que l’on voit, l’on entend et l’on prévoit …

 

La France Insoumise (Nupes) à présenté le 13 juillet (c’est dire si c’était important) une résolution :     

Parmi les députés signataires du projet de résolution - le Président de la  Commission Finances M. Eric Coqurel, vaillant  défenseur, il y a quelques années, d’un assassin palestinien qui a assassiné deux diplomates à Paris (un Américain et un Israélien) condamné à vie dans une prison française : 

 

On apprend qu’au Myanmar (pas nombreux les gens qui savent où se trouve ce pays dirigé par des militaires après un essai de démocratie qui n’a pas duré longtemps) on vient de pendre 3 (trois) condamnés. J. Borell, au nom de la Commission Européenne vient d’annoncer des « protestations fermes »,.  Les gazettes nous apprennent  que l’Iran  a pendu cette année (jusqu’ici) 251 condamnés. Aucune « protestation ferme » de la Commission de Bruxelles. Curieux, non ?

 

Mme van Leyden, Présidente de la Commission Européenne va en Israël pour mettre sur pied et signer un MOU concernant la livraison par Israël (en partie via l’Egypte) de qques 10% de quantités nécessaires de gaz à l’Europe –Les Echos, 15.06.22- (aussi pour recueillir un titre de Docteur HC).           

Et pour montrer que l’attitude de l’UE face à Israël est en train de changer, annonce la reprise des rencontres annuelles du Conseil d’association avec l’UE (le Conseil-UE -  Israël) –qui  ne s’est pas réuni depuis 2013- cette année. 28 ministres des affaires étrangères donnent leur accord illico mais ... Monsieur J. Borell (l’homme - dont le premier  voyage, après avoir été mis en charge des affaires  externes de l’Europe, a été  pour Téhéran et qui, ensuite, a tenté de faire adopter un texte condamnant le plan de paix de Trump qui a conduit aux Accords Abraham) a réussi à le retarder sine die. « La semaine dernière (19.07.22), un haut fonctionnaire européen a déclaré au Times of Israel que Borrell hésitait à reconvoquer ce forum majeur en raison de la mort de la journaliste d’Al-Jazeera, Shireen Abu Akleh en mai. Borrell était réticent à l’idée d’un Conseil d’association avec Israël, mais il s’est ravisé sous la pression des États membres de l’UE.

 

The strong will do what they can and the weak will suffer what they must, as Thucydides wrote many centuries ago on the harsh nature of wartoujours juste, regardez l’Ukraine !

 

Israeli tech M&As and IPOs reach record $82.4 billion in 2021

 

New York demande à l’OMS de changer le nom de la variole du singe, jugé stigmatisant.

 

M. Macron (après avoir cajolé M. Poutine pendant des mois, conférence de presse hier (Bénin) : « La Russie est l'une des dernières puissances impériales coloniales" en décidant "d'envahir un pays voisin pour y défendre ses intérêts" a-t-il dénoncé. La Russie a lancé une offensive contre l'Ukraine, c'est une guerre territoriale qu'on pensait disparue du sol européen, c'est une guerre du début du XXe, voire du XIXe siècle. Je parle sur un continent qui a subi les impérialismes coloniaux.

 

https://www.timesofisrael.com/worlds-largest-er-opens-in-israel-raising-bar-for-tech-and-scale-in-emergency-med/

 

Et pour sourire (vu l’identité des genres) :

 

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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 07:54

Des lecteurs me font remarquer que tout en écrivant, beaucoup, sur l’Ukraine je n’ai pas beaucoup écrit ni sur la France ni sur Israël. C’est vrai, je n’ai pas d’autre excuse que mon sentiment que l’on décide de l’avenir de l’Europe à ses confins, en Ukraine. Mais… vox populi, vox dei, je fais amende honorable, je jetterai un coup d’œil sur les trois sujets, la France, Israël et l’Ukraine.

 

A tout seigneur, tout honneur, commençons avec notre Président et bien sûr la France.

On le croyait occupé avec ses interventions (à peine déguisées) en faveur de M. Poutine, ses discussions avec M. Erdogan (promu négociateur en chef pour sortir

         M. Erdogan (Turquie, membre de l’OTAN, alliée de M. Poutine et de l’Iran)

 les 23 millions de tonnes de céréales de l’Ukraine assiégée par M. Poutine), le Sud-Ouest du pays en flammes (juste à temps pour se souvenir que l’on ne dispose que d’un parc de 11 avions Canada Air achetés en 1995, et depuis, rien ou presque !), l’Assemblée Nationale devenue un champ de foire grâce aux clowns de la LSI, mais, tenez-vous bien, il a trouvé le temps, toutes affaires cessantes, d’avoir un « déjeuner de travail » avec M. Mahmoud Abbas, Président depuis 17 ans (élections prévues tous les quatre ans) d’une Autorité Palestinienne en faillite, dont la corruption et l’irresponsabilité ont fait que même certains pays arabes (UAE, Bahreïn, Maroc, etc.,) ne lui accordent qu’un soutien du bout de lèvres. Pourquoi faire ? Tout d’abord par esprit d’équité : il avait reçu le Premier Ministre israélien dix jours plus tôt, il se devait de recevoir un palestinien ! Les gens qui savent disent qu’il rêve de remplacer les Etats Unis comme principal intervenant dans le conflit israélo-palestinien (remarquez, on dit de moins en moins « conflit israélo-arabe »)

Sans doute, après ses échecs au Liban et Mali il voudrait bien faire quelque chose qui pourrait faire de lui un bon candidat au Prix Nobel. Ce qui est curieux c’est qu’il puisse caresser ce genre de rêve tout en laissant le Quai d’Orsay dérouler, tranquillement, sa politique anti-israélienne. Se souvient-on de la fameuse résolution de l’ONU (approuvée par la France) qui niait la relation des juifs avec le Mur de Lamentations et qui a nommé l’endroit d’après le nom de la jument de Mahomet ? C’est loin mais, voilà, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU vient d’adopter plusieurs résolutions anti-israéliennes pendant sa session qui a pris fin le 8 juillet. 21 pays (Israël, US, UK, Autriche, Bulgarie, Brésil, Canada, Cameroun, Colombie, Croatie, Allemagne, Guatemala, Hongrie, Liberia, les Iles Marshall, Micronésie, Nauru, Macédoine du Nord, Pays Bas, Palau et Togo) ont voté contre mais pas la France. Et notre Président recevait le Premier Ministre Israélien avec des signes de complicité amicale qui ont laissés pantois les commentateurs des médias !

Bon, passons aux choses sérieuses. La France danse au-dessus du volcan de la dette (Malcolm Lowry me pardonnera l’emprunt). Mais pendant les trois tours d’élections notre Président n’a pas trouvé utile d’en parler, surtout que le « quoi qu’il en coûte » fût toujours en place. Jusqu’à son interview du 14 juillet quand il a commencé à nous parler des temps difficiles que nous allions traverser, tout en glissant sous le tapis les questions relatives aux finances du pays.

Pourtant, au cours des derniers mois, les finances françaises se sont encore considérablement détériorées (suivez l’augmentation du taux de l’argent). Naturellement, aucun des deux programmes qui faisaient rêver certains de nos concitoyens (RN et LSI) n’a la moindre chance d’être mis en œuvre car ils plongeraient les finances françaises dans les abysses et, partant, la zone euro en général, dans une nouvelle crise de la dette souveraine.

La France se trouve aujourd’hui enlisée dans la dette, bloquée dans une politique pour laquelle les moyens lui manquent et avec la perspective d’être accusée par les pays du Nord de l’Europe de contribuer sérieusement à une éventuelle crise de la dette de la zone euro. Eh oui, chaque fois que notre pays se trouvait dans une situation financière difficile, par exemple après les réformes socialistes de M. Mitterrand de 1981 à 1983, il dévaluait. Mais cette option n’existe plus (sauf de sortir de l’euro) et la France ne pourrait rien faire d’autre que se décharger sur Bruxelles. On aura droit à un régime de surveillance comme celui de la Grèce en 2018.

On me dira que je noircis le tableau. Je laisse de côté ce que l’on sait (et on a, de plus en plus, le courage de le dire) la situation catastrophique de l’enseignement qui consomme, bon an, mal an, 7% du PIB (160 milliards d’euros en 2020) pour produire (entre autres) tous les ans 140.000 élèves sortant du primaire sans savoir lire ou écrire, la situation non moins catastrophique du système de santé (jadis le « meilleur au monde ») avec des urgences qui ferment à 20h00 dans presque tous les départements, la situation inadmissible de l’entretien des infrastructures transport ou énergie (la moitié du parc nucléaire en maintenance) et, cerise sur le gâteau, l’inflation que nous sommes en train d’alimenter (comme dans les années 60/70) avec de revenus indépendants de la capacité de production de valeur du pays. Avec un déficit de la balance commerciale de plus de 100 milliards d’euros ! Mais on nous promet de réindustrialiser le pays. L’industrie française (rien n’est fait pour changer ce qui suit) qui croule sous des charges sociales et des impôts de production sans commune mesure avec les pays équivalents de l’Union, doit créer des ressources pour payer des dépenses publiques qui correspondent à un surplus de 2 millions de fonctionnaires (créant un déséquilibre structurel entre notre pays et l’Allemagne, par exemple). Je laisse de côté le coût annuel d’une immigration non maîtrisée, consommatrice de PIB, comme de parler du régime des retraites déficitaire dont l’équilibre nous est promis - après 2020, après 2030, maintenant 2035 ! Et on nous dit que la « high tech » chère à M. Macron, sera la panacée.

Pour ce faire, notre Président a reçu à Versailles (?!) 180 dirigeants étrangers d’entreprises car, dit-on, la France est le pays le plus attractif de l’Europe. Et on met en exergue l’investissement de 5,6 milliards d’euros (sur plusieurs années) de STM Electronics à Grenoble.

La France, pays de 68 millions d’habitants. Israël (9 millions d’habitants) constate 25,6 milliards de $ d’investissements dans la high-tech et des « mergers & acquisitions » de 22 milliards de $ en 2021.

Pays de 68 millions d’habitants qui a inscrit 25 « licornes » (sociétés dont la capitalisation boursière dépasse 1 milliard de $) dans la liste des 1.170 existantes aujourd’hui. Israël en a inscrit 85 (localisées en Israël ou aux Etats Unis) avec une valorisation totale de plus de 250 milliards de $ et tout porte à croire qu’elles seront 100 à la fin de l’année.

Pays de 68 millions d’habitants qui pendant les 30 dernières années (encore plus pendant les 10 dernières années) s’est laissé distancer dans le classement, par exemple, du PIB/habitant. Regardez le tableau du FMI pour 2021 :

La France en 23ème position, Israël 19ème – qui l’eut cru il y a dix ans ?

L’explication est simple : depuis 40 ans les élites (de droite et de gauche) ont eu mieux à faire que de s’occuper de la gestion du pays. Et vas-y, les délocalisations, vas-y, l’import de main d’œuvre bon marché (immigration) et vas-y, prendre des sous chez d’autres (car la dette ne coûte rien), vas-y, les reformes sociétales (il y a urgence pour apprendre aux gosses, par exemple, qu’ils peuvent se sentir filles s’ils sont garçons et vice-versa !). Le tout, avec la conviction que nous sommes les plus intelligents au monde et prodiguons des conseils à la planète entière.

Et même, maintenant, au seuil d’une tragédie annoncée, la France semble inconsciente, et est en train de distribuer (par une loi !) du pouvoir d’achat en augmentation, sans travailler davantage ni produire davantage mais, et pour l’instant encore, financé toujours par la dette publique.

Pendant ce temps, notre Président n’a rien d’autre à faire que de recevoir Mahmoud Abbas ou cajoler M. Poutine. Devenu sujet de rigolade pour la TV russe :

Et puis l’Ukraine. Dans deux jours cela fera cinq mois depuis que la Russie détruit, systématiquement, des villes, des villages, des infrastructures industrielles : quand ils les occupent (s’ils les occupent) il n’y a plus rien debout et leurs conquêtes ne valent plus rien. Même des valeurs négatives si l’on pense les reconstruire.

La Russie avait invoqué la menace potentielle posée par l’OTAN. C’était sa justification pour l’invasion de l’Ukraine. Mais prendre l’Ukraine n’a pas résolu le problème de l’OTAN. Au contraire, il a amené les Russes (sans posséder l’Ukraine) à la frontière de l’OTAN du Nord de la Suède à la Baltique et à la mer Noire. L’intention de la Russie n’était pas claire. La menace potentielle de la Russie, en revanche, était, elle, claire. La Russie n’avait peut-être pas l’intention de s’opposer à l’OTAN à sa nouvelle frontière occidentale, mais il était tout à fait possible que le succès militaire en Ukraine lui donne l’occasion et la confiance de frapper directement l’ennemi déclaré de la Russie, l’OTAN. Si Moscou avait balayé l’Ukraine avec sa première frappe des blindés, la Russie serait considérée comme une grande puissance, une puissance qui devait être apaisée, pas résistée. « La Russie s’attendait à vaincre l’Ukraine rapidement et, possiblement, à occuper une grande partie du pays. Au lieu de cela, ses gains territoriaux sont étroits et vulnérables à la contre-attaque. Et le territoire conquis lui-même est dévasté. La Russie a frappé le sol avec des frappes aériennes et d’artillerie incessantes. L’infrastructure physique dans ces régions est détruite et la population est tuée ou chassée.

Occuper ces conquêtes sera coûteux, car une présence militaire ou policière importante sera nécessaire pour empêcher les révoltes. (L’Ukraine était un foyer de résistance aux nazis et aux soviets.) La reconstruction, afin d’extraire toute valeur économique de ces espaces, sera un autre drain. La plupart des pays du monde ne reconnaîtront pas ces conquêtes comme un territoire russe. Cela signifie que les investissements et le commerce seront minimes. Les entreprises seront également dissuadées par les infrastructures en ruine. Pas plus que les gens économiquement productifs se déplaceront dans de telles régions conflictuelles. Seuls les vieux et les fragiles resteront probablement.

La guerre est un désastre pour la Russie. La valeur de ses acquisitions territoriales est faible, probablement négative, étant donné la nature dévastatrice de ces espaces en raison des bombardements russes et des limbes politico-économiques qui en découlent, ils tomberont dans des conquêtes non reconnues. Ces réalités conseilleraient à la Russie d’arrêter la guerre, et il semble y avoir une certaine dissidence au Kremlin autour de ces points»(https://www.19fortyfive.com/2022/06/the-ukraine-war-is-bleeding-russia-dry/24.06.22)

Et pendant que l’on supposait que le dictateur russe était censé souffrir d’une litanie de cancers divers et d’autres maladies raccourcissant sa durée de vie, M. Poutine et son régime ont commis d’innombrables atrocités, assassinats, actes de sabotage et des opérations visant à subvertir la démocratie là où ils pouvaient avoir accès. Les bombardements chimiques et/ou radiologiques en Syrie, les crimes de guerre en Ukraine, en Tchétchénie, en Géorgie, (jadis) en République tchèque et en Allemagne, au Royaume-Uni (assassinats politiques), aux États-Unis et dans de nombreux autres pays. En suivant les protocoles établis pendant l’existence de l’Union Soviétique de triste mémoire.

Devant ce qui se passe en Ukraine, les grands esprits de l’Europe avec Monsieur Macron à leur tête, cherchent une porte de sortie pour M. Poutine car « la Russie ne doit pas être humiliée » Et ils sont prêts, presque à se désengager des promesses faites (« jusqu’au bout », « armes modernes », « aides financières » et j’en oublie). Dire ça aux ukrainiens qui n’arrêtent pas de le constater et de le clamer « les Russes ont pour objectif précis de détruire notre culture dans le cadre de notre identité, qui distingue l’Ukraine de la Russie », (Olha Honchar, cofondatrice du Museum Crisis Center d’Ukraine).

 

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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 12:09

Presque cinq mois et ça continue ... M. Poutine (qui semble ne pas savoir qu'il perd -ou va perdre) la guerre fanfaronne en lançant aux "régimes occidentaux" des défis (à ne pas suivre). Lawrence Freedman (Prof au King's College, Londres) vient de publier dans le New Statesman une analyse d'étape tellement complète et lumineuse qu'il m'a semblé utile de la mettre en ligne (traduction MB-Reverso).

 

Dans mon premier article après le début de la guerre russe en Ukraine, j’ai fait valoir que Vladimir Poutine avait fait une énorme bourde et que la Russie ne pouvait pas gagner. Je suis arrivé à ce jugement en partie parce que Moscou n’avait apparemment pas atteint ses objectifs immédiats, malgré l’avantage de la surprise le 24 février. J’ai été prudent sur la façon dont le choc des armes se déroulerait parce que j’ai supposé que les Russes apprendraient bientôt à s’adapter aux tactiques et aux capacités ukrainiennes. (Dans  mon deuxième article, que j’ai écrit le 27 février, j’ai été plus impressionné par l’incompétence militaire russe et j’ai cherché à expliquer pourquoi cela continuerait à affecter ses performances opérationnelles.)

J’ai cru que Poutine allait échouer parce que cette entreprise a été lancée sur la base d’un point de vue illusoire que l’Ukraine était un pays dépourvu à la fois d’un gouvernement légitime et d’une identité nationale, et donc s’effondrerait rapidement. Le premier jour, il s’attendait à faire tomber le gouvernement ukrainien et à le remplacer par une marionnette. Même si ce plan avait réussi, les Ukrainiens auraient probablement continué à lutter contre une occupation russe. Mais nous pouvons imaginer comment, si le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait été tué ou enlevé, les Russes auraient demandé à un gouvernement docile d’inviter leurs forces à éliminer les usurpateurs « nazis » à Kiev – bien que l’invitation aurait été rétrospective. C’est ce qui s’est passé en décembre 1979 en Afghanistan : l’Union soviétique a retiré un dirigeant à Kaboul et en a inséré un autre, qui a ensuite demandé l’intervention militaire russe qui était déjà en cours.

La survie de Zelensky et de son gouvernement fut le premier échec majeur des plans russes. Leur récit a été encore miné lorsque ceux qui étaient censés être libérés ont montré un manque d’enthousiasme pour l’occupation. Cela a envoyé un message vital aux partisans de l’Ukraine en Occident que les Russes seraient confrontés à une résistance sérieuse. Zelensky a rapidement développé son propre récit puissant sur la nécessité d’avoir plus d’armes pour vaincre les Russes (« Je n’ai pas besoin d’un voyage, j’ai besoin de munitions »). Depuis quatre mois, son message est clair et cohérent : il a besoin de plus d’armes et de meilleures munitions.

J’ai également noté dans ce premier article que la « victoire » est davantage un concept politique que militaire. Le 25 mars, lorsque le ministère russe de la Défense a déclaré qu’il se retirait du nord de l’Ukraine pour se concentrer sur la région du Donbass, cela exigeait une nouvelle définition de la victoire russe, qui serait inévitablement moins ambitieuse que la définition originale, mais aussi plus ambiguë. L’ambiguïté n’a pas été dissipée. L’objectif le plus cohérent avec les opérations récentes est de conquérir Lougansk, Donetsk et Kherson, en vue de leur éventuelle annexion et russification. Mais non seulement ils sont d’une certaine façon de réaliser cela (avec une grande partie de Donetsk encore aux mains de l’Ukraine et la position russe à Kherson fortement contestée), il faudrait également une reddition ukrainienne explicite pour qu’il serve de base pour une déclaration de victoire. Ça ne viendra pas.

En revanche, Zelensky a été clair sur ce qu’il entend par victoire politique. Au minimum, les forces russes doivent se retirer à la position du 23 février. De préférence, les enclaves de Donetsk et de Lougansk seraient renvoyées en Ukraine. La Crimée devrait être en jeu en principe, même si, politiquement et militairement, ce serait plus exagéré.

Pour mettre tout cela hors de portée de l’Ukraine et sceller les gains de la Russie, Poutine pourrait offrir un cessez-le-feu sur la base de la répartition actuelle des forces. Ce pourrait être un habile stratagème de propagande, bien que l’offre serait rejetée. La perspective militaire pour les Russes, par conséquent, est d’un conflit saccadant, (bégaiement) durable pendant un certain temps sans conclusion définitive. Cela imposera de lourdes exigences aux forces russes, car elles devront faire face à une insurrection croissante dans les zones occupées et à une longue file d’attente pour se défendre contre les forces ukrainiennes. Ils espèrent qu’ils obtiendront peut-être encore une conclusion négociée, non pas parce que l’Ukraine capitulera, mais parce que ses bailleurs de fonds occidentaux se lasseront de la guerre et des coûts élevés qu’elle impose à leurs économies.

En cela, comme avec sa stratégie initiale sur le premier jour de la guerre, Poutine a sous-estimé la résilience de ses adversaires. Depuis la visite du chancelier allemand Olaf Scholz, du président français Emmanuel Macron et du Premier ministre italien Mario Draghi à Kiev le 16 juin, puis par le Conseil européen, les réunions du G7 et de l’OTAN qui ont toutes donné lieu à des déclarations retentissantes de soutien à l’Ukraine. Les engagements ont maintenant été pris au point où une défaite ukrainienne ressemblera à une défaite de l’Otan.

Néanmoins, nier une victoire russe n’est pas la même chose qu’une victoire ukrainienne. Une guerre prolongée signifie des difficultés persistantes et une reprise retardée, en plus du risque de déclin du soutien international et de la pression de compromis. Prudemment, les pays occidentaux se préparent pour le long terme. Ils peuvent également noter les problèmes de développement de l’économie russe. Mais ils préféreraient que cela ne se transforme pas en un test d’endurance compétitif. C’est pourquoi, en plus du renforcement du soutien politique à l’Ukraine, il y a eu une augmentation du soutien militaire. De nouveaux équipements vitaux arrivent après une période difficile au cours de laquelle les forces armées ukrainiennes ont senti leur manque de puissance de feu. Cela suffira-t-il à renverser la vapeur?

La bataille dans le Donbass a été difficile, les Ukrainiens reconnaissant de lourdes pertes alors qu’ils tenaient obstinément le terrain. Stratégiquement, cette défense était logique, car les Russes ont également payé un prix élevé pour prendre des quantités relativement petites de territoire. Tout autre progrès a été retardé, ce qui était important en raison du temps qu’il fallait pour que l’équipement de l’Ouest atteigne les lignes de front. Kyiv a également utilisé ses pertes pour exhorter les donateurs à agir plus rapidement (bien que cette poussée comportait des risques, car elle pouvait encourager l’opinion que les Ukrainiens perdaient et ne pouvaient pas soutenir la lutte).

Cette étape de la guerre est maintenant presque terminée, avec les Russes maintenant à Lysychansk, cherchant à compléter l’occupation de Lougansk. Stratégiquement, la campagne de Lougansk a été importante pour les Russes pour trois raisons. Premièrement, pour soutenir la revendication russe à la région du Donbass. Jusqu’à présent, après des semaines d’efforts, cette campagne a permis à la Russie de prendre un peu plus du pays en plus de ce qui a été saisi les premiers jours de la guerre. Le deuxième objectif était de piéger les forces ukrainiennes. Igor Girkin, qui, comme il a été mentionné dans un article précédent, a une responsabilité dans toute cette tragédie, mais a également été très critique (d’un point de vue nationaliste dur) de la conduite de la guerre russe, est resté en contact avec les développements dans le Donbass. Il a signalé récemment qu’à la suite de son évacuation prudente, les forces ukrainiennes ont préservé « la majeure partie de leur main-d’œuvre expérimentée », en poursuivant ainsi : « Créer un « chaudron » avec une destruction complète du groupe ennemi Severodonetsk-Lysychansk n’a pas été réalisé malgré tous les efforts et les pertes très sensibles (au total plus d’un mois et demi) ».

Le troisième objectif était de soutenir le discours du Kremlin selon lequel l’élan de la guerre se dirigeait vers la Russie, de sorte que le soutien occidental à l’Ukraine serait futile et coûteux. Jusqu’à présent, cela n’a pas eu l’effet escompté.

Dans ses commentaires, le général américain à la retraite, Michael Ryan, a souligné que la Russie fait maintenant face au choix important de se concentrer sur Donetsk ou de consacrer plus d’efforts à la défense de Kherson, où l’Ukraine a fait ses propres avancées. L'armée russe a fait des progrès à Lougansk en adoptant des tactiques beaucoup plus prudentes que celles exposées dans les premières semaines de la guerre. Elle a utilisé l’artillerie, la principale zone d’avantage comparatif de la Russie, pour battre les positions ukrainiennes jusqu’à ce que les défenseurs soient trop faibles pour s’y accrocher. Il y a peut-être encore des zones dans le Donbass où les Russes pourraient chercher d’autres gains, mais les zones évidentes sont bien défendues.

Dans cette deuxième étape de la guerre, les forces russes n’ont pas pu compter autant sur la manœuvrabilité en raison des pertes de véhicules blindés. Ils ont cherché à compenser leurs pertes avec des véhicules des réserves, y compris, comme on l’a largement rapporté, des chars d’époque qui étaient utilisés dans les années 1960. La production de nouveaux réservoirs pourrait être interrompue en raison du manque de composants clés, comme les micro-puces, qui proviennent de l’Ouest et qui sont maintenant sanctionnées.


La Russie semble également manquer de stocks d’armes de précision, comme en témoignent certaines de ses récentes frappes à longue portée. Il est probable, par exemple, qu’ils n’avaient pas l’intention de l’attaque mortelle sur le centre commercial de Kremenchuk, et avaient plutôt une cible proche à l’esprit, qu’ils ont également échoué à détruire. Cela a démontré, outre l’inexactitude de ses armes, la négligence générale de la Russie en ce qui concerne les dommages collatéraux et leur incapacité à assumer la responsabilité des erreurs (comme toujours, suggérant que pour une raison quelconque, les Ukrainiens ont fait cela à eux-mêmes). À l’occasion de la réunion du G7, celui-ci a contribué à accroître le soutien à l’Ukraine, rappelant aux dirigeants pourquoi il est important que la Russie échoue.


Leur réaction aux pertes de troupes passées a été de se démener pour trouver plus de soldats là où ils le pouvaient. Une option pour Poutine serait d’annoncer une mobilisation générale, mais il a été réticent à le faire parce qu’il sait à quel point un tel mouvement serait impopulaire. Il y a des signes de lacunes dans l’appel actuel des conscrits, même s’ils ne sont pas censés être envoyés au front. Au lieu de cela, le but est d’encourager les conscrits, et toute personne ayant une expérience militaire, à passer un contrat avec l’armée, souvent pour une récompense financière. Il y a des preuves anecdotiques que beaucoup de ceux qui ont été au cœur des combats ont cherché des moyens de se retirer de leurs contrats.


Selon l’analyste militaire Michael Kofman, les commandants russes sont de plus en plus dépendants des forces de combat de première ligne des enclaves dans le Donbass, des mercenaires du Wagner Group, des bénévoles et des bataillons de la Réserve avec des militaires récemment engagés. Les combats pour Severodonetsk ont été en grande partie entrepris par des unités de Lougansk, qui semblent avoir terriblement souffert dans le processus, et peuvent maintenant comprendre qu’ils sont utilisés comme chair à canon par les Russes. Kofman suggère que d’autres unités sont utilisées pour des manœuvres offensives, les plus aptes étant déplacées « autour du champ de bataille pour tenter des avances localisées ».

Le problème ukrainien est différent. Sans doute ont-ils subi de lourdes pertes, bien qu’on ait trop insisté sur le fait que Zelensky se plaignait de perdre 100 à 200 hommes par jour. C’était au plus fort de la bataille de Severodonetsk, alors que l’artillerie russe prenait un lourd tribut. Il n’a pas laissé entendre que les pertes de ce genre étaient routinières. Comme c’est souvent le cas au début d’une guerre, ce sont leurs unités les plus expérimentées qui ont le plus souffert et il faudra du temps pour les remplacer. Mais la mobilisation de l’Ukraine ne manque pas de personnel et la motivation reste élevée. Contrairement aux Russes, ils se battent pour leur patrie. Il serait encore imprudent de jeter les réservistes dans des batailles pour lesquelles ils sont mal préparés.

Dans la première étape de la guerre, l’Ukraine s’est appuyée sur les systèmes de l’ère soviétique, complétés par des fournitures occidentales d’armes antichars et de défense aérienne. Il y a de nouveaux approvisionnements d’anciens systèmes, comme les chars T-72, qui sont bien connus et qui ont été fournis par d’autres pays de l’ancien Pacte de Varsovie, que les Ukrainiens peuvent mettre en service rapidement.

Dans le domaine critique de l’artillerie, leurs problèmes ont été des pénuries de pièces et de munitions, avec des rapports de dépassement de dix pour un. Ils utilisent de vieux systèmes soviétiques avec des obus d’artillerie de 152 millimètres. La norme de l’OTAN est de 155 mm. D’autres pays de l’ancien Pacte de Varsovie ont fouillé dans leurs stocks, mais on ne sait pas encore dans quelle mesure on peut en trouver davantage. C’est pourquoi les Ukrainiens insistent tant sur la nécessité de pièces d’artillerie modernes. De leur point de vue, les pays de l’OTAN ont réagi tardivement. Les systèmes ont été identifiés, la formation est en cours, et les premiers éléments ont maintenant atteint les premières lignes où leur impact commence à se faire sentir.

Des systèmes tels que les obusiers français Caesar montés sur camion, qui peuvent monter des attaques puis s’en éloigner à grande vitesse, et le système de roquettes d’artillerie à haute mobilité M142 US (Himars), actuellement avec une portée de 70 kilomètres (les munitions de rechange ont une portée plus longue, bien qu’elles n’aient pas encore été fournies) commencent à avoir un impact. Ceux-ci ont non seulement deux fois la portée des anciens systèmes, mais une précision plus grande. Les drones continuent de jouer un rôle important dans le repérage des cibles. Une nouvelle capacité importante que les États-Unis fourniront est le NASAMS, un système avancé de missiles sol-air, qui devrait réduire davantage la menace des avions et des missiles russes.

Les deux parties doivent donc s’adapter. C’est une simplification exagérée, mais les Russes semblent devenir une armée du XXe siècle alors que les Ukrainiens deviennent une armée du XXIe siècle. Le processus d’adaptation ukrainien prendra plus de temps, mais la perspective est d’une force beaucoup plus compétente.

Le stade actuel de la guerre est mieux compris comme transitoire. Les Russes explorent les possibilités d’avancer, mais se préparent à défendre, tandis que les Ukrainiens se préparent pour les contre-offensives. J’ai généralement essayé d’éviter les prédictions parce que la guerre est une affaire incertaine, les erreurs tactiques peuvent faire une différence substantielle quel que soit l’équilibre sous-jacent des forces, et tout semble prendre plus de temps qu’il ne devrait. Je n’ai pas non plus de connaissance particulière de l’esprit des commandants supérieurs russes ou ukrainiens.

Je me limiterai donc à trois points concernant la prochaine étape de la guerre.

Premièrement, une priorité pour les deux parties est maintenant d’éliminer la capacité ennemie.

Une partie de la frustration pour l’Ukraine jusqu’à présent a été son tir limité de contre-batterie, qui a miné sa capacité à traiter avec l’artillerie russe. Avec l’arrivée des nouveaux systèmes d’armes, ils devraient pouvoir frapper l’artillerie russe. Les cibles les plus précieuses, cependant, peuvent être les dépôts de munitions russes, et il y a eu des rapports réguliers au cours de la dernière semaine de ces coups. Avec le temps, cela dégradera l’efficacité de l’artillerie russe.

Pour leur part, les Russes sont également impatients de trouver le kit ukrainien entrant (y compris ses stocks de munitions) et de l’éliminer avant qu’il ne puisse faire trop de dégâts. Cela nécessite à la fois une bonne intelligence et des systèmes précis. Les Ukrainiens font de grands efforts pour dissimuler les armes et les munitions, les déplacer régulièrement et les distribuer en petits paquets. Mais quand vous n’avez que quelques pièces de longue portée, même si individuellement elles sont plus capables que leurs équivalents russes, la perte de quelques-unes pourrait faire une grande différence.

Deuxièmement, les tactiques ukrainiennes ne reproduiront pas celles des Russes en ce qui concerne la prise de territoire.

Les Russes ont avancé en détruisant les zones qu’ils veulent occuper. Certaines des régions que l’Ukraine souhaite reprendre ont déjà été détruites et dépeuplées, et ici les tactiques peuvent être similaires. Mais d’autres régions, y compris la ville vitale de Kherson, sont relativement indemnes, et les Russes ont basé l’artillerie là-bas. Bien que la ville soit à portée d’artillerie pour l’Ukraine, ils ne voudront pas détruire des zones civiles. Ils devront donc utiliser des tactiques différentes : tirer le meilleur parti de la précision de leurs nouvelles armes en se concentrant sur les lignes de ravitaillement, les bases et les centres de commandement; faire des avancées opportunistes; et utiliser des tactiques de guérilla dans la ville contre les forces d’occupation, laissant les troupes russes incertaines de l’origine de la prochaine attaque. Politiquement, Zelensky voudra montrer à son peuple et à ses donateurs que l’Ukraine peut récupérer le territoire perdu et commencer à porter la guerre aux Russes. Par conséquent, les rapports que l’Ukraine a été frappé à une base russe par l’aéroport dans la ville de Melitopol.

Une démonstration tangible de la différence que les nouveaux systèmes peuvent faire a été vue dans la bataille pour la petite île Snake dans la mer Noire, non loin du continent ukrainien. La Russie s’en est emparée au début de la guerre. Les Russes ont apporté des systèmes de défense aérienne sur l’île. Le 29 juin, après la destruction d’un remorqueur russe qui transportait des armes et du personnel, un missile et de l’artillerie ukrainienne ont détruit les systèmes de défense aérienne déployés sur l’île. Ce n’était pas vraiment une surprise. La vulnérabilité de l’île à la force d’artillerie était évidente depuis un certain temps et il était étrange que les Russes aient continué à y mettre des hommes et de l’équipement. Le 30 juin, les Russes se sont inclinés devant l’inévitable et ont annoncé une retraite de l’île, la décrivant, un peu boîteusement, comme un « geste de bonne volonté » (une revendication semblable a été faite lorsqu’ils se sont retirés du nord).

Troisièmement, il est peu probable que les Russes continuent de se battre s’il devient évident qu’ils seront probablement vaincus.

Une leçon de l’épisode de Snake Island, ainsi que le retrait de Kiev, est que les commandants russes peuvent reconnaître quand ils sont dans une position perdante et se retirer plutôt que de prendre des sanctions inutiles. Parce que nous avons traversé une période de lentes et grinçantes avancées de la Russie, il y a une tendance à supposer que l’Ukraine devra également surmonter une défense russe tenace, et que la troisième étape peut ressembler à la deuxième, sauf avec les rôles inversés.

Ce n’est pas aussi évident que cela peut paraître. Non seulement les tactiques ukrainiennes seront probablement différentes, mais s'ils commencent à être repoussés, les Russes devront décider combien ils veulent vraiment conserver leur territoire au détriment de la préservation de ce qui reste de leur armée. Si le commandement russe ne voit que des tendances défavorables, il pourrait considérer la nécessité à long terme de maintenir ses forces armées pour faire face aux menaces futures autres que l’Ukraine. La Russie ne peut pas se permettre de reculer d’un pouce à l’autre jusqu’à la frontière et de subir des pertes. À un moment donné, elle devra peut-être réduire ses pertes. Ce serait le moment où les commandants russes pourraient exhorter Poutine à engager des négociations sérieuses (par exemple, relancer les propositions antérieures sur une forme de neutralité en échange d’un retrait complet) pour fournir une couverture politique pour leur retrait.

Quant à savoir si nous en arriverons ou non à cette étape, c’est une autre histoire. Le défi pour l’Ukraine est de prendre de l’élan, au point où il n’y a pas de moyen facile pour les Russes de renverser la vapeur. C’est difficile parce que les Ukrainiens devront avancer par des moyens qui n’impliquent pas uniquement des attaques directes sur les positions russes. Au cours des prochaines semaines, nous devrions savoir si l’Ukraine peut commencer à prendre l’initiative et à imposer ses propres priorités à la Russie plutôt que l’inverse, et dans quelle mesure les Russes sont en mesure de répondre à l’amélioration constante des capacités ukrainiennes. Si les forces ukrainiennes prenaient de l’élan, la situation pourrait évoluer en leur faveur très rapidement. Les Ukrainiens peuvent-ils gagner? Oui. Les Ukrainiens vont-ils gagner ? Pas encore clair, mais la possibilité ne devrait pas être écartée.

Lawrence Freedman (Prof Emérite « War Studies » au King’s College, Londres), New Statesman

 

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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 07:47

130 jours de guerre, plus de 40 fois plus que les trois jours annoncés par M. Poutine en lançant une « opération spéciale » destinée à conquérir Kiev, « dégommer » le gouvernement « illégal, formé de nazis drogués » et pour lancer la dénazification et la démilitarisation de l’Ukraine. Et ce n’est pas demain la veille de son arrêt. Que s’est-il passé

Réflexions sur une guerre pour détruire

Tout d’abord les faits. Le plan de bataille de l’armée russe étant simple - utiliser l’artillerie lourde, les fusées et les bombardements pour tout détruire et faire fuir les habitants-  les résultats sont là :

  1. Mesurée en superficie, la quantité de logements détruits équivaut à 5% des maisons et appartements du pays. Jusqu’à 105 000 véhicules ont été détruits, et la guerre a ravagé quelque 14 % des routes de l’Ukraine. L’Ukraine a perdu plus d’un cinquième de ses établissements de santé. (Kiev School of Economics, 08.06.2
  2. L’industrie lourde ukrainienne du Sud et Sud-Est du pays est pratiquement intégralement détruite (acier, charbon, chimie, transport, etc.,) conduisant à une crise mondiale de certains produits (engrais,  par exemple) tandis que son agriculture est empêchée d’exporter des dizaines de millions de tonnes de céréales conduisant à une crise mondiale de l’alimentation ; ce qui suggère fortement que ce que Moscou cherche à accomplir par ces destructions est le démantèlement, pur et simple, de l’Ukraine en tant qu’État national fonctionnel quel qu’en soit le coût ; il s’agit d’une stratégie qui se reflète dans l’anéantissement des infrastructures, l’élimination de l’industrie, les attaques qui ont ciblé les sites culturels et/ou de santé, l’exode massif intentionnel des Ukrainiens et la démoralisation de la population ukrainienne restante
  3. L’armée russe aurait perdu, à ce jour, cependant :
  4.  
  5. Elle aurait «consommé» env. 25% de ses effectifs totaux car le nombre total des soldats (décédés ou blessées) retirés des effectifs engagés en Ukraine  se trouve à un minimum de 75.000 (Le Point 17.06.22)
  6. La Russie qui détenait, déjà, 14% du territoire de l’Ukraine (Crimée, une partie de Donbass) n’a réussi, à ce jour, qu’á ajouter encore env. 4% du territoire de l’Ukraine qui se voit dépossédée (temporairement ?) de, presque 1/5ème de son territoire (T. Radakin, Chef d’Etat Major des Armées Britanniques).

La Russie est en train de perdre. Après plus de quatre mois de guerre, les fronts ont peu bougé en Ukraine ce qui fait que, probablement, l'armée russe a changé ses objectifs comme ses angles d'attaque : occuper intégralement la Donbass semble être la victoire « d’étape » qui permettrait à M. Poutine de faire une pause. Négociations ? Cessez-le-feu ?

A moins que la guerre ne soit prolongée, pour le Kremlin, le statu quo risque d’être inacceptable. Non seulement l’armée russe n’a pas atteint la plupart de ses objectifs, mais l’Ukraine continue de se rapprocher militairement, économiquement et politiquement de l’Occident. De plus, si elle est équipée d’armes modernes de l’OTAN - artillerie, chars, avions de chasse, missiles antinavires, l’Ukraine semble pouvoir repousser les envahisseurs russes en quelques mois, sinon en quelques semaines. Et puis, le réservoir de soldats ukrainiens (quel qu’en soit leurs grandes pertes -200/jour) recrutés dans une population entièrement disposée à défendre sa patrie, dépasse largement les capacités de « mobilisation » déguisée de la Russie.

Même si l’aide de l’Occident, qui n’est pas à la hauteur des besoins ou des promesses faites, ralentit, les Ukrainiens limiteront probablement la  conquête russe au Donbass et dans le Sud. Je veux dire l’aide de l’Europe de MM Scholz, Macron et autres qui est loin de celle américaine : une vingtaine d’avions américains de transport militaire atterrissent tous les jours sur l’aérodrome polonais de Rzeszow chargés d’armes de pointe, contre lesquelles Moscou a peu de chances d’obtenir une avancée militaire efficace, d’autant plus que tous les experts mentionnent la pénurie de munitions de la Russie.

L’hypothèse, donc, d’une reprise des gains territoriaux de la Russie, en signalant au monde que M. Poutine a perdu, pourrait ne sembler pas être hors de portée pour l’Ukraine : la reprise de l’Ile des Serpents en Mer Noire est un exemple récent. M. Poutine aura, de plus, à « avaler » le fait que l’OTAN vient d’inviter la Finlande et la Suède à la rejoindre puisqu’elles l’ont demandé.

Mais l’Europe, et même une partie des Etats Unis commencent à être fatigués de la guerre en Ukraine, ainsi que des répercussions sur des économies chancelantes à peine sortie de la crise due á la pandémie. Des gens sérieux, parmi lesquels Henry Kissinger, Emmanuel Macron, ou John Mearsheimer sont en train  d’exhorter l’Occident à faire pression pour un règlement de paix, même s’il s’avère nécessaire de faire des concessions territoriales ukrainiennes – les territoires saisis par la Russie depuis le début de l’invasion.  De plus en plus  Paris, Rome, ou Berlin, plaident un faux conseil de réalisme politique. Pourquoi?

Parce que l’hypothèse qu’une victoire limitée récompenserait la Russie par des gains territoriaux obtenus par son invasion et conduirait à une paix durable. Mais si on se souvient  des déclarations de M. Poutine au cours des deux dernières années son but ultime n’est pas un réajustement limité des frontières datant de l’empire Austro-Hongrois mais l’abolition totale de l’État ukrainien et son absorption complète dans une Grande Russie revigorée militairement. Et personne ne demande aux promoteurs d’une paix des braves (?!) pourquoi M. Poutine oublierait la Moldavie ou les Pays Baltes ? Tout en se souvenant du Mémorandum de Budapest (1994) quand l’Ukraine a renoncé à ses armes nucléaires en faveur d’une garantie de la Russie (!), des Etats Unis et de l’Angleterre contre une éventuelle agression mettant en cause sa souveraineté. C’est dans ce contexte que M. Macron plaide pour que l’on n’humilie pas M. Poutine. Ce qu’il dit c’est que les conditions sévères imposées à l’Allemagne après sa capitulation en 1918 avaient été «une erreur historique» parce que la France voulait humilier l’Allemagne» et que cela a conduit au 39/45. Et il laisse entendre que si la Russie n’est pas traitée avec indulgence maintenant, elle commettra des crimes bien pires à l’avenir, tout comme l’Allemagne l’a fait pendant la Seconde Guerre mondiale. L’analogie de M. Macron me semble particulièrement hors de propos puisqu’elle suppose que la Russie a déjà perdu la guerre. Il est éclairant de regarder les résultats d’une enquête d’opinion  faites dans dix pays en Europe (8.000 personnes interrogées) :

 

Intéressant, non ? Pays qui ont eu affaire avec la Russie voisine et pays d'Occident qui vivent avec le rêve d'une paix parmanente intégrant la Russie.

J'ai laissé pour la fin l’acteur essentiel, M. Poutine. Que n’a-t-on entendu ? Irréaliste, paranoïaque, voulant restaurer l’empire russe (et/ou l’Union Soviétique), ayant autour de lui des nationalistes russes plus déterminés que lui et voulant, tout de suite, la disparition de l’Ukraine et la défaite de l’Occident. Ce que les commentateurs (comme les dirigeants politiques) laissent de côté c’est que M.Poutine, digne épigone de Joseph Staline, a construit un régime totalitaire sur les cendres démocratiques de la disparition de l’Union Soviétique. Et quand on parle de systèmes totalitaires, qui mieux qu’Hannah Arendt peut nous éclairer  sur le comportement du Chef? Trois  extraits de son livre « Le système totalitaire » (Seuil, édition 1972, p.162, 163, 277) :

Cette liberté qu’il prend par rapport à sa propre idéologie caractérise l’échelon supérieur dans la hiérarchie totalitaire. Ces hommes considèrent toute chose et tout le monde en terme d’organisation ce qui inclut le Chef qui pour eux n’est ni un talisman inspiré ni celui qui a infailliblement raison  mais la simple conséquence de ce type d’organisation ; on a besoin non de sa personne mais de sa fonction et, comme tel, il est indispensable au mouvement. Cependant contrairement aux autres formes despotiques de gouvernement où règne souvent une clique tandis que le despote joue seulement le rôle représentatif d’un souverain fantoche, les dirigeants totalitaires sont réellement libres de faire tous ce qui leur plaît et peuvent compter sur la loyauté de leurs proches, même s’ils décident de les assassiner. La raison plus technique de cette loyauté suicidaire, c’est que la succession à la charge suprême n’est réglée ni par l’hérédité ni par d’autres lois.  Une révolution de palais réussie aurait pour le mouvement dans son ensemble des résultats aussi désastreux qu’une défaite militaire. Il est dans la nature du mouvement qu’une fois que le Chef a assumé sa charge, toute l’organisation s’identifie à lui d’une manière si absolue que tout aveu d’une faute ou tout changement de titulaire, dissiperait le charme d’infaillibilité qui entoure la charge du chef et signifierait la perte de tous ceux qui sont liées au mouvement. Le fondement de la structure n’est pas la véracité des paroles du chefs mais l’infaillibilité de ses actes. …  Ce qui lie ces hommes c’est une croyance ferme et sincère à la toute puissance humaine. Leur cynisme moral, leur croyance que tout est permis repose sur la conviction solide que tout est possible…. Jusqu’à maintenant, la croyance totalitaire que tout est possible semble n’avoir prouvé qu’une seule chose, à savoir : que tout peut être détruit.

Si vous rencontrez M. Macron, offrez-lui le livre d’Hannah Arendt. A Monsieur Kissinger, aussi.

 

 

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 07:41

On vient de l'apprendre, les trois grands de l’Europe (MM. Macron, Scholz et Draghi) vont aller à Kiev pour rencontrer M. Zelenski. Le terrain est préparé… par la télévision russe : 

Et puis SEVERODONETSK - M. Poutine inflige des souffrances indicibles aux Ukrainiens tout en exigeant des sacrifices de son peuple dans le but de s’emparer d’une ville (100.000 habitants, il y en a plus de 30) qui ne vaut pas le prix payé, même pour lui. L’invasion russe de l’Ukraine qui visait à saisir pour contrôler le pays entier, est devenue une offensive désespérée et sanglante pour capturer une seule ville à l’Est tout en défendant des gains importants mais limités dans le Sud et l’Est, où la Russie a commencé à distribuer des passeports russes (?!) ce qui ferait que toute tentative ukrainienne de récupérer le territoire deviendrait "une agression contre la Fédération de Russie." Pervers, non ?

Au fait, que vont-ils dire aux ukrainiens, en se mettant à trois ? Quel est l’état actuel de la guerre ?

La désunion de l’Europe

Cato l’Ancien finissait chaque discours au Sénat romain par le libellé « la Cartage doit être détruite » Je prends le droit de commencer chaque texte concernant la guerre en Ukraine par « M. Poutine a (ou aura) perdu la guerre »

Je sais bien qu’en ce faisant je vais, sans doute, à l’encontre de la vulgate dominante qui, ouvertement ou d’une manière subliminale, nous propose d’admettre que la Russie ne peut pas perdre la guerre. Bigre.

Je garde mémoire des pertes russes en Ukraine qui s’accumulent : 110 jours après le commencement de la guerre elles sont, pour tout dire, impressionnantes et leur évolution pratiquement constante (à peu de choses près, autant de pertes par semaine aujourd’hui qu’au commencement de la guerre) :

A l’intérieur de la Russie, l’attitude envers la guerre change lentement – de plus en plus de militaires refusent d’être envoyés en Ukraine et plusieurs centres de recrutement militaire ont été incendiés dans tout le pays. Par conséquent, cela signifie que, dans le cadre actuel, la guerre ne peut pas être menée avec l’intensité avec laquelle elle a commencé. L’augmentation des pertes parmi les officiers subalternes russes affaiblira probablement davantage les capacités russes et entraînera d’autres problèmes de moral. Le ministère de la Défense du Royaume-Uni a déclaré le 30 mai que les forces russes ont subi des pertes dévastatrices parmi les officiers intermédiaires et subalternes à part une douzaine de généraux (!). La Russie n’a pas réussi d’atteindre ses objectifs en Ukraine en raison d’une mauvaise planification militaire, de problèmes logistiques importants, d’une faible disponibilité opérationnelle au combat et d’autres lacunes, qui ont miné son efficacité militaire. Les faits sur le terrain suggèrent fortement que ce que Moscou cherche à accomplir est le démantèlement pur et simple de l’Ukraine en tant qu’État national fonctionnel, même si l’effort prend des mois, voire des années. Cette poursuite stratégique se reflète dans l’anéantissement des infrastructures, l’élimination de l’industrie, les attaques qui ont ciblé les sites culturels, l’exode massif intentionnel des Ukrainiens et la démoralisation de la population ukrainienne restante. Le 27 mai, le ministère de la Culture a documenté 367 crimes de guerre contre le patrimoine culturel de l’Ukraine, y compris la destruction de 29 musées, 133 églises, 66 théâtres et bibliothèques, et même un cimetière juif centenaire. Ce cimetière à Hlukhiv, Sumy Oblast, qui est un lieu de pèlerinage pour les Juifs, a été frappé par deux missiles russes le 8 mai (Twitter, 27.05.22). Et il est devenu évident, pour le monde entier, que la Russie bombarde les musées, les archives et les théâtres non pas par accident mais d’une manière délibérée. Pour le monde entier, y compris les pays qui ne se désolidarisent pas d’elle, la Russie est maintenant perçue comme une puissance imprévisible et dangereuse qui ne mérite pas tant des négociations que de l’évitement.

Et puis l’économie. (https://project-syndicate.org) : Les données budgétaires récemment publiées par le ministère des Finances de la Russie suggère que M. Poutine peut difficilement se permettre de couvrir les coûts croissants de la guerre. Les données confirment, tout d’abord, que la guerre a été coûteuse, les dépenses militaires ayant augmenté de près de 130% le mois dernier, à 630 milliards de roubles (10,2 milliards de dollars), ou 6% du PIB annuel sur une base proportionnelle. Les données montrent également que la Russie a un déficit budgétaire de plus de 260 milliards de roubles en avril, soit 2,5% du PIB au prorata des chiffres annuels. Alors que les prix mondiaux du pétrole sont très élevés, la Russie a vendu son pétrole à un prix très avantageux pour les acheteurs – acceptant 70 $ le baril pour le brut ouralien ces dernières semaines, soit 30 % de moins que le prix du marché – tandis que la production globale devrait diminuer de 10 % cette année. Entre-temps, les revenus autres que les hydrocarbures ont chuté, de sorte que les taxes sur le pétrole et le gaz représentent plus de 60 % des recettes fiscales, comparativement à moins de 40 % il y a un an.

En face d’elle, la Russie a trouvé (à sa grande surprise ?) une Ukraine qui a l’avantage d’avoir de grandes réserves de main d’œuvre, une armée bien organisée et bien dirigée et il ne fait aucun doute qu’elle est prête à se battre. La nature même de l’invasion russe a engendré une volonté farouche de combattre. Ce dont l’Ukraine en avait besoin. Certes, elle a du mal a faire face au déferlement russe, surtout à son artillerie lourde (souvenons-nous en, le plan de bataille est simple – tout détruire, faire fuir les habitants en vie et conquérir le terrain – la terre brulée vieux concept de l’armée russe depuis la guerre contre Napoléon). Certes, elle ne dispose pas, réellement, d’armes lourdes que des pays européens lui ont promis. Alors ?

Il semblerait que tout ce qu’on peut espérer c’est que la combinaison de revers militaires et de sanctions punitives amène, finalement M. Poutine à modérer les objectifs poursuivis, pour qu’un cessez-le-feu significatif devienne réalisable. Certes, M. Poutine pourrait cyniquement utiliser le cessez-le-feu pour gagner du temps en négociations de mauvaise foi, comme il l’a fait avant le début de l’invasion. Si cela est, Kiev et ses partenaires devraient se préparer à un conflit de longue durée. Quant à espérer un accord de paix…

Aucun accord de paix ne peut se fonder sur l’erreur (« historique et fondamentale » -E. Macron) de M. Poutine. Il a lancé la guerre en s’attendant à ce que l’Ukraine soit incapable de la faire, en croyant que l’OTAN et l’Europe n’arriveraient pas à former un front uni et en calculant mal la puissance économique que les États-Unis pourraient rassembler contre la Russie ou la quantité massive d’armes qu’elle était prête à fournir (un programme de 50 milliards de $ approuvé, déjà, par la Chambre des Représentants et par le Sénat).

Un accord de paix qui fournirait à M. Poutine une sortie « élégante » serait incompréhensible pour les 45 millions d’ukrainiens, vu la destruction de la moitié de leur pays, le nombre de leurs morts et l’avenir sombre d’une reconstruction prenant un siècle.

De son côté, M. Poutine ne peut accepter la paix car elle montrerait son incompétence en lui assurant une mauvaise place dans l’histoire du pays.

C’est dans ce paysage borné par deux impossibilités contradictoires que trois apôtres (ils étaient quatre à l’origine… mais à Munich ils n’étaient que deux, la France s’y trouvait déjà) ont décidé d’aller à Kiev. Pourquoi ?

Les trois (MM. Macron, Scholz, Draghi) vont, donc, voir le Président Zelenski.          

- M. Macron qui ne veut pas humilier M. Poutine.ne pas humilier M. Poutine ? Si un cessez-le-feu (ce pourquoi il plaide) arrive demain ceci veut dire que tout ce que la Russie a obtenu sera parti pour toujours : c’est ce qui s’est passé quand M. Sarkozy a réussi à « arrêter » la guerre en Géorgie… mais deux morceaux (Ossétie) ne sont jamais revenus à la Géorgie, c’est ce qui s’est passé en 2008, c’est ce qui s’est passé en 2014 quand M. Hollande/Mme. Merkel ont obtenu un cessez-le-feu et les accords de Minsk – la Crimée + une partie du Donbass sont restés à la Russie… Alors, les ukrainiens n’en veulent plus et leur lutte pour pousser les russes autant que faire se peut vers les frontières vise cela ; M. Macron veut « sauver la face » de M. Poutine mais il s’agit d’une illusion. Il n’y a pas de de sortie élégante qui ne mènerait pas à un abîme pour M. Poutine. Il ne peut parvenir à un accord de paix tant qu’il n’aura pas démontré – de façon convaincante – que ses échecs initiaux ont été recouvrés. Il doit non seulement paralyser l’armée ukrainienne, mais aussi s’emparer d’une partie importante de l’Ukraine. Et il doit le faire d’une manière qui élimine la guerre économique à laquelle il fait face – autant dire mission impossible !

- M. Scholz qui n’envoie pas d’armes lourdes (bien que promises, urbi et orbi) et retarde tout, autant que faire se peut, en jouant le deuxième violon avec    M. Macron ; au grand dam d’une partie du monde politique allemand et, surtout, de ses partenaires dans la coalition de gouvernement ; pendant trente ans, les Allemands ont fait la leçon aux Ukrainiens sur le fascisme ; lorsque le fascisme est arrivé, c’est les Allemands qui l’ont financé et les Ukrainiens sont morts en le combattant ; on ne sait pas qui va gagner la guerre en Ukraine, mais une nation a déjà subi une immensurable perte de prestige : l’Allemagne ; les dirigeants politiques et commerciaux de la plus grande économie d’Europe n’ont pas seulement tardé à fournir aux Ukrainiens l’aide dont ils ont désespérément besoin, mais pour ce qui est de leurs relations avec la Russie, ils ont été dénoncés comme étant au mieux naïfs - et au pire complices ; la crise du leadership allemand s’est aggravée lorsque Olaf Scholz  a affirmé tenir sa promesse d’envoyer des armes en Ukraine, mais le tabloïd Bild a révélé qu’il avait secrètement refusé tous les équipements lourds demandés par Kiev ; après que Scholz eut rayé les chars et l’artillerie de la liste, une aide d’un milliard d’euros avait été réduite de plus des deux tiers ;

- et M. Draghi qui a concocté un plan de paix (que personne ne lui a demandé) et qui suppose que l’Ukraine accepte de renoncer aux territoires actuellement détenus par la Russie de M. Poutine…

Et ils se mettent à trois pour tenter de convaincre l’Ukraine à accepter la destruction de la moitié du pays, de récompenser l’agresseur pour l’ignominie de ses agissements et, éventuellement, d’attendre quelques années pour qu’il recommence. Ce que cela veut dire c’est que les trois grands de l’Europe font mine de ne pas comprendre que géopolitiquement la Russie n’a pas réussi à prendre le contrôle de l’Ukraine ou à diviser l’OTAN. Le fait politique est que M. Poutine a échoué. Il ne peut pas atteindre ses objectifs stratégiques. Il vient de subir l’élargissement de l’OTAN (Suède et Finlande) en une force solide qu’elle n’a pas eue depuis très longtemps

Ce faisant, de plus, ils certifient la désunion de l’Europe : d’un côté, les pays de l’Est et les pays baltiques, tous vent debout contre la Russie (dont, tous, ont connu le joug pendant plus de 50 ans) et de l’autre, l’Europe de l’Ouest (sans l’Espagne socialiste) pour laquelle la vieille lune du Général (l’Europe de l’Atlantique à l’Oural) est encore de mise pour faire pièce aux Etats Unis.

Alors ? Les guerres ne se terminent que de deux façons : quand une partie impose sa volonté à l’autre, d’abord sur le champ de bataille, puis à la table des négociations, ou quand les deux parties adoptent un compromis qu’elles jugent préférable au combat. En Ukraine, aucun des deux scénarios ne peut se concrétiser actuellement. Le conflit, par l’incapacité de la Russie et le réveil d’une population ukrainienne que rien ne laissait entrevoir, est devenu une guerre d’usure. Sur le plan diplomatique, les Ukrainiens ont peu d’intérêt à accepter l’occupation russe de larges pans de leur territoire. M. Poutine, n’a guère intérêt à accepter quoi que ce soit qui pourrait être jugé comme une défaite.

La conclusion incontournable est donc que cette guerre se poursuivra — et que j’aurai, encore, l’occasion d’écrire que M. Poutine a (aura) perdu la guerre.

 

 

 

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3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 14:24

A suivre ce qui se passe en Ukraine, au jour le jour, on perd – d’une certaine manière - la vue d’ensemble. On a compris, à présent, que la guerre en Ukraine, en réalité, préfigure la guerre en Europe. Même plus, l’Europe est en guerre. Avec le courage de la Pologne et des pays baltes qui, comprenant les enjeux, assurent un partenariat d’aide évident à l’Ukraine et avec l’esprit de Munich (pour faire simple) des deux plus grands pays de l’Europe, l’Allemagne et la France. Et nous sommes 100 jours après que tout a commencé. Un bilan ?

La barbarie en marche

Pour une fois je commence par la conclusion, évidente depuis des semaines : une mauvaise armée a reçu l’ordre de faire quelque chose de stupide. En clair, occuper deux tiers de l’Ukraine en quelques jours, « dénazifier » une grande partie de ses 45 millions d’habitants, la démilitariser et empêcher son adhésion à l’OTAN et/ou à l’Union Européenne. Comment ? En utilisant le concept de base des armées russes depuis le 19ème siècle - tout détruire sur son chemin à l’aide de la force brute de l’artillerie lourde (et depuis la deuxième guerre mondiale) les bombardements et les fusées, visant, surtout, les infrastructures immobilières civiles pour faire fuir les habitants ou les ensevelir dans les décombres.

Le résultat ? Rien ne parle mieux que la comparaison de la situation au commencement de la guerre avec celle d’aujourd’hui, 100 jours après :

Regardez les prises de terrain en Ukraine de l'armée russe au 25 février et la situation actuelle, 100 jours après. En ayant présent à l’esprit qu’entre les deux dates l’armée russe a perdu :

Tout ça pour ça ? Avant le commencement de la guerre, la Russie détenait indirectement (par supplétifs commandés - une partie de la population russophone ayant créé deux républiques fantoches au Donbass) et directement (après avoir occupé et puis annexer la Crimée) environ 15% (Crimée et Donbass presqu’en totalité) du territoire de l’Ukraine. 30.000 morts (soldats) plus tard et, grosso-modo, probablement 60 à 70.000 blessés (soit la moitié des 200.000 soldats lancés dans une guerre pour laquelle ils n’étaient pas préparés) la Russie détient, aujourd’hui, environ 20% du territoire de l’Ukraine.

Depuis que j’ai commencé à écrire sur la guerre en Ukraine (l’Europe en guerre) je n’arrête pas de dire que M. Poutine a perdu sa guerre. Je précise que, par rapport aux objectifs imposés comme buts de guerre à ses armées, il n’a -pratiquement- rien obtenu. Et pourtant, des voix en Europe (et pas des moindres) s’efforcent de nous convaincre que (a) l’Ukraine ne peut pas gagner la guerre et que (b) il faut trouver une sortie honorable pour M. Poutine (pour la Russie) pour leur éviter « l’humiliation »

Cela étant, la Russie continue. Ce qui est incompréhensible c’est qu’elle continue de ruiner la viabilité économique des régions qu’elle a capturé. L’armée russe vient de détruire l’usine de production d’engrais « azotés » à Severodonetsk le 31 mai ce qui a provoqué la diffusion de fumées toxique d’acide nitrique. L’usine était une ressource économiquement importante pour Severodonetsk et la région de Lougansk et il aurait été prudent de l’épargner et de prendre le contrôle des capacités de production car l’Ukraine est un des grands producteurs d’engrais. Ils ont fait de même en détruisant l’aciérie d’Azovstal à Mariupol, qui avait une importance industrielle considérable pour l’Ukraine et aurait pu être exploitée économiquement par les occupants russes. Ce qui paraît imbécile ce n’est que la conséquence du concept de base de l’armée russe « tout détruire sur son chemin à l’aide de la force brute de l’artillerie lourde »

La Russie continue mais le temps presse pour une nouvelle offensive car l’armée ukrainienne tentera de maintenir/accroître l’avantage obtenu à ce jour et d’aller de l’avant. L’Ukraine agira, probablement, rapidement dans les prochaines semaines, car le moral de la population est excellent. Certes, chaque semaine de statu quo détériore la situation économique de l’Ukraine et pourrait causer des milliers de morts civiles. Mais elle est en train d’obtenir (de ses partenaires occidentaux) des armes de plus en plus lourdes et efficaces auxquelles la Russie n’a pas grand-chose à opposer, à l’exception de fusées hyper barriques ou des missiles de croisière (qui coûtent 1,5 millions d’euros pièce). En clair, la Russie n’a peut-être aucun moyen d’accroître considérablement sa pression militaire sur l’Ukraine. Car pendant ce temps, les pertes s’accumulent, et à l’intérieur de la Russie, l’attitude envers la guerre change lentement – de plus en plus de militaires refusent d’être envoyés en Ukraine, et plusieurs centres de recrutement militaire ont été incendiés dans tout le pays. De plus, l’élément humain affecte, déjà, les capacités de l’armée russe : remplacer les, environ, 100.000 soldats sortis de la guerre (morts et blessés) avec quelques 20.000 mercenaires syriens, le groupe Wagner ou des tchétchènes ne fait qu’augmenter l’insubordination parmi les troupes et, partant, l’inefficacité opérationnelle de l’armée. Un rappel : la perte d’environ 1.400 chars d’assaut veut dire la perte de 6 à 7.000 tankistes. Et si la Russie a encore des tanks (surtout en prenant ceux de la Biélorussie soumise à M. Poutine pour les amener en Ukraine) elle risque de manquer de tankistes.

De plus, pour augmenter le nombre de soldats en Ukraine la Russie devrait décréter une mobilisation ce qui l’obligerait à changer le nom de son opération militaire spéciale actuelle en guerre contre l’Ukraine. Mot proscrit par M. Poutine.

Et puis l’économie. En partant de la conclusion qui figure dans le commencement de ce texte on peut, sans risquer de se tromper beaucoup, que ce n’est pas toujours dimanche en Russie. Surtout si on se souvient que plus de 1.000 sociétés étrangères (et pas des moindres – comme Renault qui employait plus de 150.000 personnes ou McDonald -30.000 personnes) ont déjà quitté la Russie et que les 70% des produits de consommation courante qui venaient de l’étranger viendront de moins en moins. Plus de la moitié (50,2%) des entreprises étrangères ont déjà annoncé leur retrait du marché russe, 21,2% ont réduit leurs opérations actuelles et retenu de nouveaux investissements. (Kyiv School of Economics). De plus, des branches entières de l’industrie manufacturière (automobile, aviation, exploitation minière, y compris la fabrication de tanks) sont en train de s’arrêter faute de composants (surtout électroniques) venant de l’Ouest – Prof. N. Zubarewitch, Université de Moscou, 19.04.22.

Non, ce n’est pas toujours dimanche pour cette pauvre Russie que M. Poutine, sujet sans doute, à un rêve de grandeur, vient de se transformer, rapidement, en paria de la communauté mondiale des pays développés. Ce qu’elle sera pour les années à venir.

Et c’est dans ce paysage sombre, que M. Poutine s’est créé tout seul, qu’une partie de l’Europe vaut lui sauver la face ! Pour ne pas l’humilier.

D’un côté, le Chancelier allemand qui, tout en protestant en public de sa solidarité avec l’Ukraine, a retardé/réduit les fournitures d’armes (mais il a livré de fusées anti-char datant de1970 –stocks de l’Allemagne de l’Est avant la réunification) mais promet d’en livrer en juillet des armes lourdes …

D’un autre côté, le positionnement de la France, qui appelle encore à la négociation avec la Russie, n'est-il pas celui déjà pris pour les accords de Munich, avec la suite que l'on sait ? En clair, qu'attend réellement notre Président d'une négociation dans laquelle l'une des parties n'a aucune demande légitime ? Entre l’Ukraine agressée et la Russie qui détient illégalement une partie du territoire de son voisin quelle est la ligne de partage à laquelle la France voudrait arriver ? Il ne nous l’a pas encore dit. Curieux, non ?

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2 juin 2022 4 02 /06 /juin /2022 15:29
En suivant, au jour le jour, ce qui se passe en Ukraine on oublie, il me semble, le pourquoi du comment. Car, enfin, ce que M. Poutine a fait, par delà le crime pire qu’une erreur, restera non seulement une tâche indélébile sur la réputation de la Russie mais, partant, pourra changer le comportement des pays qui voudraient disposer d’une arme nucléaire ou celui des pays qui en ont et qui ne voudront pas en renoncer. Même si des « assurances » leur sont données par de grandes puissances nucléaires.

By Steven Pifer | June 1, 2022 Bulletin of Atomic Scientists (thebulletin.org)

On June 1, 1996, two trains arrived in Russia transporting the last nuclear warheads that had been deployed in Ukraine when the Soviet Union collapsed. That concluded the process in which Kyiv gave up what was then the world’s third-largest nuclear weapons arsenal—exceeding Britain, France, and China combined. The Ukrainian government did so in large part because of Russia’s assurances that it would respect Ukraine’s sovereignty and territorial integrity, and refrain from the use of force against Ukraine.

Twenty-six years later, Russia is more than three months into a massive invasion of Ukraine. This has understandably led Ukrainians to question the wisdom of giving up those nuclear arms, and Vladimir Putin’s war has dealt a blow to future efforts to arrest nuclear proliferation.

Ukraine’s path to denuclearization. When the Soviet Union collapsed at the end of 1991, Ukraine found itself with about 4,400 nuclear warheads on its territory—1,900 strategic and 2,500 non-strategic or tactical warheads—as well as the SS-19 and SS-24 intercontinental ballistic missiles (ICBMs) and Blackjack and Bear bombers to deliver the strategic warheads. Russia quickly arranged the transfer to its territory of Ukraine’s non-strategic weapons, which was completed in May 1992. But the strategic weapons remained.

The government of then-newly-independent Ukraine was inclined to become a non-nuclear weapons state. Ukraine’s July 1990 declaration of state sovereignty said that the country would not accept, produce, or purchase nuclear arms. But, before giving final assent to their removal, Ukrainian officials set out a number of questions to be addressed. First, nuclear weapons were viewed as conferring security benefits, and Kyiv sought guarantees or assurances for its security after they were gone. Second, Ukrainian officials wanted compensation for the value of the highly-enriched uranium contained in the warheads. Third, as a successor to the Soviet Union for purposes of the 1991 Strategic Arms Reduction Treaty (START), Ukraine would have to eliminate the ICBMs, ICBM silos, bombers, and other nuclear infrastructure on its territory—but Kyiv was unsure how to cover the costs of doing so given its uncertain economic prospects.

Ukrainian and Russian officials negotiated in bilateral channels on these questions in 1992-1993. They kept US officials apprised, in part because Kyiv hoped the United States would join in providing security guarantees or assurances. Washington agreed to do so, but insisted on the term “assurances” instead of “guarantees,” as the latter implied a commitment of military force that US officials were not willing to provide to Ukraine in the event of a violation of its sovereignty or territorial integrity.

In September 1993, following a meeting between Ukrainian President Leonid Kravchuk and Russian President Boris Yeltsin, the two sides reported that the issues over the transfer of the strategic nuclear warheads to Russia for their elimination had been resolved. However, this agreement collapsed within days.Fearing Kyiv and Moscow alone might prove incapable of reaching agreement, US officials subsequently decided to engage more directly. The United States was also concerned about the entry into force of START after the Russian government had conditioned it on Ukraine acceding to the Non-Proliferation Treaty (NPT) as a non-nuclear weapons state. Russian officials welcomed US participation, because they understood that Washington shared their goal of getting the nuclear weapons out of Ukraine. Ukrainian officials also welcomed US participation, believing they would have support from the United States on certain issues.

Following trilateral discussions in Kyiv in mid-December 1993, US officials saw the possibility of coming to closure and invited Ukrainian and Russian officials to Washington in early January 1994. Negotiations there produced the Trilateral Statement, signed by Kravchuk, Yeltsin, and US President Bill Clinton on January 14, 1994, in Moscow.

Terms of the deal. The Trilateral Statement reflected a number of points, including Ukraine’s commitment to accede to the NPT as a non-nuclear weapons state “in the shortest possible time,” agreement on the simultaneous “transfer of nuclear warheads from Ukraine [to Russia] and delivery of compensation [for the value of the highly-enriched uranium in the strategic nuclear warheads] to Ukraine in the form of fuel assemblies for nuclear power stations,” as well as the US commitment to provide assistance to help Ukraine eliminate the strategic delivery systems on its territory as required by START.

The Trilateral Statement also contained the specific security assurances that the United States, Russia, and the United Kingdom would provide to Ukraine once it acceded to the NPT. Security assurances included commitments “to respect the independence and sovereignty and the existing borders” of Ukraine and “to refrain from the threat or use of force” against Ukraine. These commitments were later reflected in the Budapest Memorandum of Security Assurances signed in December 1994.

In addition to signing the Trilateral Statement, the three leaders exchanged confidential letters. These reflected Kyiv’s agreement that all remaining nuclear warheads would be transferred to Russia for elimination by June 1, 1996, and Moscow’s agreement to provide compensation to Ukraine for the non-strategic nuclear warheads that had already been removed.

In February 1994, Russian and Ukrainian officials met bilaterally and agreed on schedules for the transfer of the strategic nuclear warheads to Russia and the transfer of fuel assemblies to Ukraine. They also agreed on the compensation that Ukraine would receive—a debt write-off—for the value of the highly-enriched uranium in the non-strategic nuclear warheads. The first transfers began shortly thereafter.

In November 1994, Ukraine’s parliament—Rada—approved its instrument of accession to the NPT. That set the stage for Clinton, Yeltsin, newly-elected Ukrainian President Leonid Kuchma, and British Prime Minister John Major to receive Ukraine’s instrument of accession to the NPT and sign the Budapest Memorandum of Security Assurances on December 5, 1994. Ukraine and Russia completed the respective transfers of nuclear warheads and fuel assemblies a year-and-a-half later.

Russia’s betrayal and its consequences. In February 2014, however, Putin’s Russia—in a gross violation of its own commitments laid out in the Budapest Memorandum—used military force to seize Crimea from Ukraine and subsequently annexed it. Shortly thereafter, in March 2014, Russian security and military forces became involved in the conflict in Donbas in eastern Ukraine—a conflict that claimed approximately 14,000 lives prior to February 2022, when Russia launched a full-scale invasion of its western neighbor.

Had Ukraine kept nuclear weapons, its relations with the United States, Europe, and organizations such as the European Union and NATO would most likely not have developed as they have over the past 25 years, and Kyiv would have had a huge problem with Moscow—but the underlying facts of the case would have looked different. Consequently, Ukrainians understandably now look back and question the wisdom of giving up nuclear arms. Would Russia have acted as it did in 2014 and 2022 had Ukraine kept some of its nuclear warheads? Russia’s betrayal of its security commitments to Ukraine—not to mention the brutality of the war that the Russian military has waged—will almost certainly make Kyiv leery of any future agreement with Moscow.

Meanwhile, consistent with what US officials had told their Ukrainian counterparts at the time of negotiating the security assurances, Washington has provided significant military assistance to Ukraine, including anti-armor missiles, armored vehicles, heavy artillery, and large amounts of ammunition—an assistance package worth more than $4.5 billion since January 2021 alone. In addition, in May 2022, the US Congress passed another multi-billion-dollar package of military aid and economic support for Kyiv. The United States has also worked with the European Union and other states to impose major economic sanctions on Russia.

The war is a tragedy for Ukraine, which has suffered the deaths of thousands of soldiers and civilians and immense physical damage. But it is arguably also a disaster for Russia, which has lost many more thousands of soldiers, will suffer great economic pain as a result of Western sanctions, and faces a rejuvenated—and very likely soon to enlarge—NATO.

Non-proliferation efforts may turn out to be another important casualty of the war. Russia’s blatant disregard for its 1994 commitments to Ukraine has discredited security assurances in the toolkit of non-proliferation efforts. What Russia (which has the world’s largest nuclear arsenal) has done to Ukraine (a country that gave up its arsenal) likely will rank high in the mind of those in future countries who consider whether to acquire, or to give up, nuclear weapons.

 

 

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29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 17:27

L'invasion russe de l’Ukraine : des victoires tactiques mais un désastre stratégique. La presse française, pourtant, de plus en plus, semble partisane (comme l’Allemagne d’O. Scholz) d’une victoire de la Russie ou d’un pat. Les nouvelles sont rédigées avec des messages subliminaux « l’Ukraine reconnaît » la situation difficile dans le Donbass » (Le Monde), «l'armée russe confirme la conquête de la localité clé de Lyman» (Le Figaro). Curieux, non ?

Mais il n’y a pas que l’Ukraine. J’oubliais : ce soir, notre Président a un « dîner de travail » avec l’Emir du Qatar : Doha joue un rôle central dans le jihad mondial contre les États-Unis et le monde libre, tout en arrosant leurs dirigeants de cadeaux qu’ils sont heureux de recevoir. Grand propriétaire en France, en ayant parmi ses serviteurs Dominique de Villepin, c’est dire. Le Qatar dicte surtout la ligne éditoriale d’Al Jazeera, LE porte-parole du jihad mondial. « Le Qatar est un ennemi acharné de l’Occident et un danger pour Israël. Il est temps que nous voyions la lumière et agissions en conséquence ». CG-Israël Hayom 27.05.22.

 

En commençant sa guerre contre l’Ukraine (il est utile de le rappeler) Monsieur Poutine a martelé les raisons qui lui ont fait la  lancer, transformées en objectifs pour son armée : dénazifier l’Ukraine, la démilitariser, empêcher son admission en OTAN ou dans l’Union Européenne et surtout, pas d’OTAN dans les pays limitrophes, certains anciens du Pacte de Varsovie. De plus, « libérer » la population russophone du Sud de l’Ukraine oppressée comme elle était (selon lui) par les nationalistes ukrainiens et le gouvernement de nazis juifs, toxicomanes de surcroît, de Kiev. Trois mois après, Monsieur Poutine a l’OTAN à sa porte, virtuellement en Ukraine, et sur une autre frontière de plus de 1.300 km, la frontière avec la Finlande, et il a réussi, par son incompréhensible décision, à faire abandonner à la Suède ses 200 ans de neutralité. Et maintenant que les Suédois et les Finlandais sont en train de faire partie de l’OTAN, il a vraiment mis la Russie dans une bien pire position stratégique qu’avant l’invasion. Si ce qu’il a fait n’est pas la bourde la plus improbable qu’un dirigeant russe pouvait faire, on ne voit pas ce que l’on pourrait dire d’autre. Sauf que les dirigeants de deux pays de l’Europe tiennent à ce que l’on n’humilie pas M. Poutine et/ou la Russie, si d’aventure, on arrive à un cessez-le-feu préalable à une négociation.

Notre Président : …Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie… et il sera nécessaire de ne jamais céder à la tentation de l’humiliation. (Strasbourg, 09.05.22, Conférence “le Futur de l’Europe”). Et le Chancelier allemand, Monsieur Scholz dont la stratégie est de faire semblant de soutenir l’Ukraine en public tout en agissant, presque, contre l’aide en arrière-plan (refus de livraison d’armes lourdes, retards aux livraisons promises, etc.,). A tel point que l’on commence à se demander en Allemagne si son appartenance au « gang » Schröder, Merkel et autres qui, pendant des années ont suivi une politique de rapprochement avec la Russie comme « soldats » de M. Poutine n’est pas la vraie raison de ses agissements. Ne pas humilier Monsieur Poutine ?

Au cours des derniers mois, le siège de Marioupol, ville importante du Donbass, a vu la destruction la plus complète d’une ville européenne depuis le bombardement de Dresde. Et aussi de nombreux crimes de guerre - l’armée russe a rasé la totalité du parc de logements de la ville. Les combats auraient tué des dizaines de milliers de civils, et la plupart des habitants de la ville, près d’un demi-million, ont fui, alors même que des dizaines de milliers d’autres restent coincés dans des sous-sols et des bunkers sous des ruines sans accès à l’eau, à l’électricité ou aux soins de santé de base. Aujourd’hui, le Donbass appartient au passé parce la Russie l’a détruit industriellement. Ses villes et ses villages sont détruits et Marioupol n’existe plus. C’est à ne rien comprendre : la Russie détruit des régions avec une population russophone pour la défendre contre les nationalistes ukrainiens. Ne pas humilier Monsieur Poutine ?

Ce qui est remarquable c’est la nonchalance avec laquelle des pays comme la France ou l’Allemagne – tout en martelant leur « aide » militaire à l’Ukraine – regardent la destruction, systématique, des infrastructures, notamment immobilières, par la Russie en Ukraine. Comme si rien n’était.

Mais ceci explique en partie cela. Car, nous dit-on, pour éviter de « provoquer » la Russie - et donc d’éviter la perspective d’une éventuelle frappe nucléaire russe - nous devrions empêcher l’Ukraine de vaincre l’armée russe. De plus, instille-t-on, cette guerre est en réalité, une guerre entre la Russie et les Etats Unis. La preuve ? Ils viennent d’approuver des dépenses de 40 milliards de $ pour l’Ukraine. Nous, l’Europe, devrions limiter la quantité et le type des armes que nous envoyons, retenir des renseignements et faire pression sur le président Volodymyr Zelensky pour qu’il accepte des compromis. C’est ce que notre Président fait depuis le commencement de la guerre, ouvertement, c’est ce que l’Allemagne (pour des raisons tenant à l’histoire et à la fameuse Ost Politik) fait en cachette. Et si, dès que l’Ukraine donnait des signes de faire obstacle aux visées de M. Poutine, l’Europe se considérait, viva voce, solidaire de l’Ukraine, prête à l’aider, disposée (voir déclarations solennelles de Mme Van Leyden et M. Michel) à accepter, rapidement, l’Ukraine comme candidat à la rejoindre, en catimini les deux compères qui mènent la barque européenne (MM. Macron et Scholz) tiraient les freins. Notre Président inventait, pour les besoins de la cause, une « Communauté Européenne Politique » pour accueillir l’Ukraine (comme si l’actuelle n’avait rien de politique) et M. Scholz disait, ouvertement, qu’il n’est pas partisan pour l’accélération du processus de candidature de l’Ukraine.

Et pendant ce temps des gens meurent pour défendre leur liberté, pour maîtriser leur territoire et, surtout, pour vivre leur langue, leur culture et leur histoire. Et la Russie s’est arrogé le droit d’empêcher tout cela pour les 45 millions d’ukrainiens et pour le pays de 600.000 km2.

Mais il ne fait aucun doute que M. Poutine a perdu sa guerre, pour ne pas dire que l’Ukraine est en train de gagner. La Russie a perdu la bataille de Kiev et s’est retirée presque entièrement du nord de l’Ukraine le mois dernier. Cela signifie que même si la Russie obtient des gains territoriaux limités dans l’Est ou le Sud, elle aura payé un prix exorbitant que ces gains ne valent pas. L’Ukraine survivra en tant qu’État indépendant, il est devenu évident même pour ceux qui, en Europe, sont prêts, pour sauver leur tranquillité (et l’approvisionnement en gaz à bas prix) à s’accommoder du contraire. Même les efforts plus limités de la Russie dans l’Est se font attendre. L’offensive russe dans le Donbass semble s’enliser. L’Ukraine semble également passer à l’offensive, en particulier autour de Kharkiv. Et on nous répète, ad nauseam qu’il ne faut pas humilier Monsieur Poutine.

La Russie ? Les multiples axes d’attaque de l’enclenchement de la guerre suggéraient que l’armée russe visait à capturer rapidement la capitale de Kiev, déposer le gouvernement démocratiquement élu, et occuper peut-être, quelques deux tiers de l’Ukraine de l’Est. L’Armée russe a échoué. Ses forces ont atteint la périphérie de Kiev, mais ont reculé à fin mars. La poussée de l’armée russe vers Odessa s’est enlisée autour de Mykolaïv pendant trois semaines. En mai, les forces russes attaquant Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine située à seulement 30 km miles de la frontière russe, sont repoussées, n’étant entrées qu’à la périphérie de la ville. Regardez quelques chiffres concernant les pertes principales de l’Armée russe pendant les trois mois (au 29.05.22) depuis le commencement de la guerre :

Cette guerre est devenue un désastre pour la Russie : des dizaines de milliers de soldats tués et blessés (entre deux et trois fois plus que des morts), des pertes d’équipement majeures, l’isolement international, des sanctions qui infligent de réelles douleurs économiques, et un OTAN galvanisé, revigoré, réarmé (100 milliards d’euros pour son armée annoncés par l’Allemagne) qui accueillera bientôt la Finlande et la Suède dans ses rangs. Sans oublier ce qui se passe sur le plan économique et, partant, géopolitique. Et ce que nos dirigeants professent c’est  Ne pas humilier Monsieur Poutine ?

En faisant ce qu’ils font, MM. Macron & Scholz (principalement) semblent ne pas comprendre/admettre que seul l’échec peut persuader M. Poutine et les Russes eux-mêmes, de remettre en question le sens et le but d’une idéologie coloniale qui a appauvri et ruiné leur propre économie et société, ainsi que celles de leurs voisins, pendant des décennies. Ce fut ainsi pendant le 19ème siècle quand Alexandre II a tiré les leçons de la défaite de la guerre de Crimée. Le pays, qui s'étendait déjà sur 12,5 millions de km² et comptait 60 millions d'habitants, était handicapé par son fonctionnement archaïque. Des réformes structurelles (élections locales, collecte de l’impôt, etc.,) ont été mises en train par le tsar. Ou après la guerre russo-japonaise de 1904/5 quand Nicolas II crée une assemblée (douma) élue dotée de pouvoirs législatifs. Ou après la guerre de 14/18 quand elle est obligée de signer le traité de Brest-Litovsk par lequel elle cédait à l'Allemagne l’Ukraine, la Biélorussie, les Pays Baltes, la Finlande et la Pologne. Certes, après la révolution (1917) tout a été changé en corsetant l’expression des libertés (devenues « bourgeoises ») et en veillant à tout ce qui était essentiel (et pas essentiel) par le biais d’une police politique (Tcheka devenue KGB devenue FSB et dont M. Poutine a été un membre remarqué -si non remarquable).

Politique coloniale car, n’oublions pas, M. Poutine a fait que la Russie se trouve en Syrie, au Mali, en Amérique Latine. Si la guerre actuelle se transforme en conflit gelé par une sorte de compromis imaginé pour sauver la face de M. Poutine ceci ne mettra pas fin aux desseins d’agression russes ni n’apportera une paix permanente. Alors ?

Alors, notre Président, font savoir les gazettes, déclare « Avec le Chancelier Olaf Scholz, nous nous sommes aujourd'hui entretenus avec le Président Vladimir Poutine. Toute solution à la guerre doit être négociée entre Moscou et Kiev, dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. (France Info 28 mai 2022, 17h42). En clair, on s’en lave les mains… Après avoir dit, pendant trois mois, qu’il était absolument nécessaire de parler à M. Poutine, après avoir fait des promesses d’intervenir (mal prises par l’Ukraine), le Président de l’Europe jette l’éponge…
Et on met les freins pour tout ce qu’il faut à l’Ukraine pour tenir devant la soldatesque russe et à son artillerie. La peur de voir l’Ukraine «gagner» justifie le leitmotiv ne pas humilier Monsieur Poutine ».

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L’invasion de l’Ukraine par Monsieur Poutine semble n’être rien d’autre qu’un échec catastrophique pour la Russie. Peut-être que M. Poutine s’en rend compte maintenant, cherchant une solution pour sauver les apparences. Mais il y a peu de choses qui suggèrent que l’Ukraine est prête à accepter ce que les bonnes âmes qui dirigent l’Union Européenne lui demandent (des concessions territoriales concernant un territoire ukrainien, occupé illégalement par la Russie). Pourquoi l’Ukraine devrait-elle payer pour les erreurs de M. Poutine? Pour ne pas l’humilier ?

La trahison de l’Europe en marche, vous dis-je, je crois qu’il faut laisser humilier Monsieur Poutine car autrement rien ne changera.

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 08:37

La guerre qui devait durer trois jours dure depuis trois mois. C’est, je crois, le moment de crayonner les perspectives possibles pour son éventuelle fin en regardant, pour commencer, où nous en sommes aujourd’hui.

Trois mois et ça continue. L’armée russe est en train de connaître un fiasco militaire et moral en Ukraine. Mal dirigés, mal approvisionnés, mal motivés et mal équipés, les soldats échouent face à un ennemi considéré comme beaucoup plus faible. Ils ont dû se retirer de leurs positions près de la capitale de Kiev. Ils viennent de se retirer des environs de Kharkiv, deuxième ville de l’Ukraine et ont laissé l’armée ukrainienne arriver à la frontière des deux Etats. Et ce qui avait été prévu comme blitzkrieg s’est transformé en une guerre d’usure. Car l’armée russe s’est découverte être une armée « Potemkine ». Les causes ? La corruption systémique et le mensonge aux dirigeants civils et militaires qui est l’état normal des affaires dans une autocratie kleptocratique. Des équipements essentiels ont été volés, vendus ou tout simplement jamais fournis. La dictature de M. Poutine avait rétabli et réaffirmé les traditions soviétiques de ne jamais prendre d’initiative, d’attendre toujours les ordres, de faire le moins possible pour satisfaire les chefs et de ne pas prendre de responsabilités. L’obéissance et l’évitement des responsabilités sont allés si loin que, confrontés à des défenseurs ukrainiens acharnés et à des problèmes logistiques et toute sortes d’autres imprévus, les soldats et les commandants russes se sont retrouvés incapables de réagir.

Avant d’essayer de crayonner un avenir probable pour ce qui se passe en Ukraine (et en Europe), il me semble utile de faire le point sur la situation actuelle. Comme toujours, regardons les chiffres :

Que comprend-on quand on compare le total des pertes (24.02 – 17/05, colonne 17.05) avec les pertes du dernier des trois mois de la guerre (colonne ∆/30j.)? L’armée russe perd deux types d’équipements (les tanks et les drones) en nombre plus important que la moyenne des pertes depuis le commencement de la guerre. Les pertes des systèmes d’artillerie, les véhicules blindés, les véhicules divers sont quasi constantes tandis que beaucoup moins d’avions sont perdus. En clair (i) l’aviation russe n’est plus autant active car elle n’a pas la maitrise du ciel (qui semble être celle de l’Ukraine, avions, missiles Stinger, S-300), (ii) les diverses tentatives d’offensives pour conquérir du territoire utilisent toujours des tanks, cibles préférées des drones ukrainiens et des missiles anti-char (Javelin, NFL, Panzerfaust, et même Milan !) et (iii) l’utilisation des missiles de croisière (comptez 1,5 millions de $ l’exemplaire…) et de l’artillerie lourde conduit à la destruction systématique d’infrastructures immobilières sans faire de différence entre théâtres, hôpitaux, écoles, musées, immeubles administratifs ou d’habitation. Ce qui permet à l’armée russe de réduire ses pertes en soldats car ayant vu se réduire (morts, blessés, etc.,) ses forces de 25 à 30% des effectifs initiaux, elle se retire de certaines zones car incapable de maintenir sa présence (autour de Kharkiv, par exemple, où ne pouvant pas résister à une contre-offensive ukrainienne elle s’est retirée derrière la frontière des deux Etats !). Mais ce qui résulte, aussi, de la comparaison évoquée, c’est que tant que l’Ukraine est assurée d’une fourniture suffisante d’armes par les pays qui se sont déclarés solidaires d’elle, le poids de l’incertitude concernant l’issue du conflit pèse sur la capacité de la Russie de faire face à ce qui lui serait nécessaire pour continuer la guerre. Mais là …

 

« Les fabricants d’équipements russes relativement high-tech, qui ont travaillé en coopération avec des fournisseurs mondiaux et des entreprises technologiques mondiales souffriront le plus. Cela ne se fera pas rapidement, mais toute l’industrie liée aux équipements pétroliers et gaziers suivra également cette tendance.

Il y a beaucoup de composants importés et les fournitures de la Chine ne pourront pas tout remplacer, parce que l’équipement de haute technologie le plus avancé pour l’industrie pétrolière et gazière a été entièrement importé ou contenait une proportion très élevée de composants importés.

Je crois que beaucoup de gens seraient surpris d’apprendre que nous cultivons même des pommes de terre à partir de semences importées. E. Zubarewich, Professeur Economie Université de Moscou (Memri, 18.04.22).

Les sanctions économiques imposées au pays à la suite de son invasion ont eu déjà des effets dévastateurs, susceptibles d’être ressentis par les citoyens russes pour les décennies à venir, selon un rapport du 14 mars de la CNBC (www.cnbc.com). Selon ce rapport l’économie russe pourrait reculer de 30 ans au fur et à mesure que le rouble russe s’effondrerait (maintenu aujourd’hui artificiellement car, pratiquement, non convertible), certains estimant que le niveau de vie de la Russie pourrait être abaissé sérieusement pour les cinq prochaines années. Le tout conduisant à un décrochage total des perspectives russes et ukrainienne. Les Russes disent approuver la guerre dans les sondages, mais ils ne font rien en tant que citoyens pour aider leur pays à la gagner car ils la considèrent dans leur for intérieur, injustifiée. La société civile russe, telle que    M. Poutine l’a amenée à être, est largement, sans doute, contre l’injuste d’agression par lui décidée. Lorsque l’Ukraine émergera de la guerre défensive avec une société civile renforcée, la Russie sera plongée de plus en plus profondément dans l’abîme d’un régime autocratique. Les Ukrainiens apprennent qu’il faut se réunir en tant que citoyens pour résoudre les problèmes concernant l’intérêt supérieur du pays et que cela mène au succès. Les Russes constateront qu’il n’y a pas de grand bien dans une dictature diabolique et que le fait de s’unir en tant que citoyens mène à la prison ou pire encore.

Un mot encore. Les soucis de la Russie ne font que commencer. Economie fondée, essentiellement, par l’exploitation de ressources naturelles (pétrole, gaz, charbon, métaux rares, etc.,) elle est, cependant, d’une complexité plus grande que celles des pays occidentaux : important l’essentiel des produits high-tech nécessaires pour l’armement, par exemple, ou pour les voitures ou 70% des produits alimentaires (?!) l’économie russe est structurellement complexe. C’est le moment de se souvenir de Sénèque (1er siècle ap. JC) qui avait énoncé un concept valide pour nos jours. On le comprend en regardant la « courbe de Sénèque » qui dit « un système de plus en plus complexe se développe lentement dans le temps mais si des facteurs perturbateurs importants interviennent il va décliner à grande vitesse ».

L’économie russe qui, depuis le changement de régime, s’est développée constamment, va se voir (en partie) détruite d’une manière rapide suite à ce qu’elle endure, suite aux sanctions et aux pertes subies à partir de l’agression dictée par M. Poutine. C’est écrit sur les murs !

Bon, militairement et économiquement les choses ne se passent pas bien pour la Russie. Que faut-il en conclure ?

La raison nous commande d’accepter qu’il n’y a que trois perspectives possibles pour ce que l’on constate aujourd’hui : (a) la Russie gagne la guerre, (b) la Russie perd la guerre, (c) la Russie (et l’Ukraine) acceptent un « pat » (référence échecs) :

 

A. Rien ne peut faire croire à une telle éventualité mais, n’insultons pas l’avenir. Sortie exsangue de cette guerre, la Russie (surtout si M. Poutine reste en place jusqu’en 2036, comme la nouvelle constitution lui en donne le droit) n’aura de hâte que de pousser ses avantages : un climat de guerre (froide ? chaude ?) prenant comme otages les pays baltes, la Pologne ou la Roumanie, imposant à l’Europe (avec l’accord tacite de ses dirigeants, surtout allemands et français) un climat guerrier et utilisant tous les moyens possibles pour des chantages économiques (énergie, matières premières, import/export, etc.,). Mais, d’un autre coté, occuper l’Ukraine lui demanderait des ressources (personnel, équipements, armement, etc.,) dont elle ne dispose (et ne disposera) pas. Et si elle continue, comme aujourd’hui, de transformer les villes de l’Ukraine en désert, elle ne trouvera même pas la possibilité d’y rester. Le « génocide » qui s’ensuivra, car il y a quand même plus de 40 millions d’ukrainiens, ne pourra jamais être « digéré » par les 145 millions de russes qui seront réduits à vivre comme leurs grands-parents pendant la deuxième guerre mondiale. Bien sûr, le chantage nucléaire (déjà annoncé par M. Poutine et M. Lavrov) face à une Europe dont les penchants « munichois » se manifestent chaque fois qu’un danger sérieux se profile à l’horizon a de quoi, naturellement, nous faire peur : vivre en Europe sous la menace nucléaire d’une Russie aux abois, ce ne sera pas une partie de plaisir. Et espérer qu’une Europe armée militairement pourra s’opposer, frontalement, aux 6.000 engins nucléaires russes (auxquels on oppose, aujourd’hui, les 300 français) c’est prendre des vessies pour des lanternes, n’est-ce-pas ?

 

B. L’éventualité d’une perte de la guerre pour la Russie, curieusement, semble faire plus peur en Europe que celle de la trouver victorieuse. Mais rappelons-nous que M. Poutine a mal jugé l’état du pays qu’il agressait : il n’attendait pas d’être libéré par les soldats russes. Tant que la Russie sera considérée, à juste titre, comme ayant agressé un pays qui ne la provoquait pas, un voisin pacifique, lui infligeant des souffrances humanitaires massives et de nombreux crimes de guerre, l’indignation (presque) universelle sera un obstacle à toute politique étrangère russe à l’avenir, qui essayera de revenir à une forme, disons, d’impérialisme au moins visant l’horizon géographique proche. Et, ce que l’on voit déjà, la destruction de toute approche démocratique pour la société civile russe dans le cadre d’une économie de subsistance d’une effrayante permanence. Certes, il lui restera l’éventuelle aide des pays comme la Chine ou les « non-alignés » (Inde, Pakistan, Égypte, Brésil). L’Europe ? Elle était convaincue, au départ, que la guerre allait se terminer rapidement, avec une frappe foudroyante qui décapiterait le gouvernement ukrainien ou le ferait capituler, après quoi Moscou imposerait la neutralité à l’Ukraine ou établirait une suzeraineté russe sur le pays. Une violence minimale aurait conduit à des sanctions minimales pour montrer que l’Europe n’accepte pas le changement des frontières par la violence. Mais les choses s’étant mal passées pour la Russie, avec le courage que lui inspire une certaine pusillanimité, l’Europe    s’est trouvé, tout d’un coup, prête à faire front au  crime de              M. Poutine. Tout en se disant, face à cette éventualité (esprit de Munich) avec en pointe, Olaf Scholz et Emanuel Macron, qui (on se demande pourquoi) promeuvent une attitude, coute que coute, qui vise à sauver la face de M. Poutine pour que les choses s’arrangent. Pour ne pas humilier ni la Russie ni M. Poutine. Qui n’en a pas besoin, qui s’en fout comme d’une guigne de ce que ses deux défenseurs lui proposent. Et que l’Ukraine, par la bouche de V. Zelelenski reprouve ouvertement : « Macron voulait voir des résultats dans la médiation entre nous. Il ne les a pas trouvés de notre côté. Il ne les a pas obtenus de la Fédération de Russie et m’a suggéré certaines choses liées aux concessions sur notre souveraineté afin d’aider Poutine à sauver sa face. Je ne pense pas que ce soit très correct. Nous ne sommes pas prêts à aider quelqu’un à sauver quelque chose et à perdre nos territoires pour cela. » (VZ – interview avec RAI-Italie, Interfax-Ukraine 13.05.22)

 

C. Trouver les éléments possibles pour un « pat » ? Les difficultés majeures évoquées auxquelles la Russie aura à faire face pourraient dicter à M. Poutine soit (x) de clamer « victoire » en annexant les deux républiques fantoches du Donbass » et en décrétant un cessez-le-feu que l’Ukraine pourrait accepter, détruite à moitié (ou à trois-quarts) comme elle est, soit (xx) « céder » à l’insistance de multiples intervenants et faire une pause pour retrouver des ressources pour continuer la guerre. Tout en menaçant d’utiliser des armements dont personne ne dispose (comme il le dit à répétition).

oooo

Les « experts stratégiques » (ceux qui se sont trompés depuis le début de la guerre) ont de plus en plus le sentiment que l’Ukraine pourrait gagner la guerre. Ceci fournirait une raison à M. Poutine pour continuer la guerre. Car, par delà ce qui se passe en Ukraine ou, même en Russie, il s’agit de la place de ce pays parmi les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, statut de grande puissance, nucléaire de surcroît – un acteur, pour l’instant, incontournable dans les relations internationales. Mais, par-delà l’aspect « Orwellien » de l’attitude de la Russie (tout et son contraire pour quoi on a commencé, qui a promis quoi, qui a fait quoi) il lui sera impossible de ne pas constater que ce qu’elle demandait et en vertu de quoi elle a agressé l’Ukraine n’est pas obtenu. Réduire l’importance de l’OTAN, faire sortir plusieurs pays de la zone de confort « otanien » pour qu’ils se trouvent neutres ou dépendants de la Russie, etc.,) n’est plus de mise : Finlande et Suède (neutres depuis des lustres) viennent de demander l’entrée dans l’OTAN. l’Allemagne (tête de pont de la soumission de l’Europe à Monsieur Poutine via les fournitures d’énergie) qui décide de s’armer pour 100 milliards d’euros et qui a suspendu, sine die la mise en marche du fameux Nord-Stream 2. En espérant faire oublier que par sa « Ost Politik » et avec la contribution de Mme Merkel elle a amenée l’Europe dans une impasse.

Cette guerre a mis fin à beaucoup d’incertitudes. L’OTAN est unifiée, l’Europe de l’Est est plus engagée que jamais envers l’alliance. Une (très) éventuelle victoire de M. Poutine ne pourra être que pyrrhique car l’Europe est en train de se séparer de l’énergie russe, et les sanctions paralysantes sur la Russie réduisent sa capacité de créer de nouvelles crises. Un avenir meilleur pour l’Europe ?

 

 

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